Walter Trout - "Blues For The Modern Daze"

Par Scred | le 09/04/2012 | Les autres articles sur le Blues

Pierre Qui Roule
Comme chaque style musical, le blues possède ses héros et ses icônes, ses grandes figures historiques comme Robert Johnson, les trois Kings (BB, Albert et Freddie) ou John Lee Hooker, ses étoiles filantes (Jimi Hendrix, Steveie Ray Vaughan, Rory Gallagher) et puis les patrons, les John Mayall et autres Eric Clapton qui écument toujours les scènes du monde entier au moment où j’écris ces lignes, sans parler de la nouvelle vague, de Poppa Chubby à Joe Bonamassa… Ça fait du monde à la croisée des chemins tout ça !
Walter Trout - "Blues For The Modern Daze" Du coup, on parle peu des autres, les grands oubliés de la musique du diable, plusieurs générations de musiciens souvent cultes, connus d’une poignée d’initiés quand ils ont de la chance… Walter Trout fait partie de cette catégorie et comme beaucoup de ces bluesmen maudits, c’est une véritable injustice.

Il a pourtant tout vu et tout fait. Débutant sa carrière dans le New Jersey au début des années 70 sur les mêmes scènes qu’un petit jeune pas encore connu sous le nom de Bruce Springsteen, il se fait rapidement remarquer par un certain John Lee Hooker et intègre son band avant de jouer les mercenaires de la guitare pour une flopée d’artistes, pour finir par se faire recruter par Canned Heat puis par l’une de ses idoles, John Mayall soi-même.

Après plusieurs années de blues et loyaux services au sein des Bluesbreakers dans l’ombre de la légende aux cheveux désormais argentés, il se lance en solo sans rencontrer le succès, ce qui ne l’empêche pas d’enchaîner les albums (plus d’une vingtaine en comptant les lives), se fichant éperdument des ventes anecdotiques qu’ils génèrent car de son propre aveu, l’important est de jouer et jouer encore, d’écumer les scènes quel que soit l’importance du public, du moment que ceux qui se sont déplacés repartent avec le sourire.

Ce sourire pourtant, il ne me quitte plus depuis que « Blues For The Modern Daze » a atterri sur ma platine… Je ne vais pas vous dire que cet album marquera un tournant dans la carrière de Walter Trout car après une petite enquête, il s’avère que la plupart de ses précédents efforts discographiques recèlent cette étincelle de génie, quelque part entre exaltation et souffrance, qui font du blues une musique à part… Non, « Blues For The Modern Daze » n’a rien de particulier pour un mec comme Walter Trout. Juste un autre disque, une autre pierre qui roule dans la carrière du bonhomme, sauf que.

Sauf que cette fois-ci, il semblerait que les hommes de l’ombre de sa maison de disque aient décidé que c’en était assez de l’anonymat. Après avoir triomphé en première partie de son pote Poppa Chubby lors d’un passage remarqué à l’Olympia l’an passé, Walter Trout revient en Europe en mode conquérant, et ce malgré lui parce qu’au fond, il s’en fiche un peu. Il fait son truc, rollin’ and tumblin’…

Cependant, « Blues For The Modern Daze » n’a rien d’un album banal. Quand beaucoup de ses collègues affichent une fâcheuse tendance à la monotonie, l’ami Trout s’amuse en permanence à brouiller les cartes de son style. Allant d’un rock lourd et ultra saturé (« Saw My Momma Cryin », « The Sky Is Fallin’ Down ») au blues acoustique à tendance cajun (« All I Want Is You », « Pray For Rain ») en passant par des morceaux lents sentant à plein nez les faubourgs de Chicago (l’extraordinaire « Lonely », « Brother’s Keeper » ou encore « Blues For My Baby » qui évoque un certain BB King), Walter Trout propose à l’auditeur un voyage au cœur de tout ce que le blues peut offrir de meilleur, en quinze titres, excusez du peu.

Alors bon, il est fort possible qu’il n’en vende pas des camions, peu importe après tout. Ma seule certitude est que les petits chanceux qui jetteront une oreille sur cet album quasi parfait auront beaucoup de mal à en sortir. Et c’est là tout ce qu’il demande, Walter.
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