Van Halen - "A Different Kind Of Truth"
Hollandais Violent
Dans l’histoire mouvementée et chevelue du hard rock, on trouve toutes sortes de groupes majeurs, depuis les pères fondateurs (Led Zeppelin, Black Sabbath) jusqu’aux défricheurs, reprenant le boulot là où les autres l’avaient laissé pour créer une musique originale et différente (Iron Maiden, Metallica). Et puis il y a les monstres sacrés, symbolisant à la fois une époque et un style bien particulier… Dans cette catégorie, Van Halen fait figure de passage obligé.
En effet, le petit monde de la guitare électrique n’a plus jamais été le même après l’atterrissage du vaisseau spatial transportant à son bord la famille Van Halen. Véritable icône populaire, Eddie Van Halen n’a pas seulement inventé une nouvelle manière d’utiliser ses doigts sur les traditionnelles six cordes, il est devenu en l’espace d’une « Eruption » mémorable LE guitariste, faisant rentrer dans la légende le « Beat It » de Michaël Jackson, terrorisant le jeune Georges McFly dans « Retour Vers Le Futur », redéfinissant à jamais la notion de « Guitar Hero ».Voilà pour l’histoire. En six album (de « Van Halen » au mythique « 1984 »), la formation alors emmenée par le flamboyant David Lee Roth a fait mieux qu’imposer sa marque sur le petit monde du hard rock, il en a changé la face à jamais. Et puis bon, de querelles d’ego en divergences musicales, le chanteur est parti tenter sa chance en solo, laissant sa place au non moins excellent Sammy Hagar pour quatre albums moins marquants (si l’on excepte l’excellent « 5150 » (1986)) et plus récemment à Gary Sherone (ex- Extreme) sur le très discutable « Van Halen III » (1998).
On pensait l’affaire entendue, terminée pour de bon, d’autant plus que les rumeurs sur l’état de santé d’Eddie Van Halen depuis quelques années étaient tout sauf rassurantes, et ce même si le retour au bercail de David Lee Roth pour une tournée souvenir en 2007 avait pu laisser aux fans l’espoir fou que la machine Van Halen avait encore quelque chose sous le capot… Comme quoi il ne faut jurer de rien. Il s’est avéré qu’en fait de capot, Van Halen se préparait à faire exploser la chaudière d’une locomotive, et cette locomotive s’appelle « A Different Kind Of Truth ».
L’album est bel et bien la suite logique de « 1984 » pour plusieurs raisons, la première étant bien sûr la recomposition du line-up original du groupe avec David Lee Roth au chant, à l’exception du bassiste Michael Anthony, désormais remplacé par le propre fils d’Eddie Van Halen, Wolfgang. L’autre raison, et non des moindres, est que les titres composant ce nouvel opus proviennent tous de démos et d’archives enregistrées par le groupe pendant les années 70, réenregistrées et réarrangées afin de permettre une continuité fidèle avec l’héritage du Van Halen historique.
Et le résultat de cette opération digne du doc Frankenstein, c’est un disque atemporel, à la fois moderne grâce à une production impeccable, lâchant la bride à un Eddie Van Halen au sommet de son art, et parfaitement cohérent avec le son Van Halen, un mélange de blues électrique (« Tattoo », « Stay Frosty »), de riffs accrocheurs (« You and your blues », « Blood and Fire », « She’s The Woman») et de délires guitaristiques aux frontières de l’humainement possible (« China Town » et son intro d’un autre monde, « As Is », « The Trouble With Never »).
Si vous pensiez l’ami Eddie rouillé, ben fume ! Loin d’être daté, le son de la guitare du hollandais violent n’a pas pris une ride, mieux, il pourrait donner des leçons à un bon paquet de jeunes branlotteurs de manche qui tentent vainement de marcher dans ses frettes depuis plusieurs générations… Dire que « A Different Kind of Truth » est une réussite relève de l’euphémisme, nous sommes en présence d’une bombe atomique aussi excitante qu’elle est inattendue, et qui mérite amplement le titre envié de disque du mois !
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