Twilight Hotel - "When the wolves go blind"

Par Scred | le 20/01/2011 | Les autres articles sur le Folk

Hantise
Putain de poussière… Elle s’insinue partout, vous remplit la bouche d’un goût de terre dégueulasse et fait crisser le moindre de vos gestes. Depuis combien de temps est-ce que j’attends sur le bord de cette route vide, paumée en plein milieu du désert ? Deux jours, deux mois, deux ans peut-être ? J’irai bien me reposer dans cet hôtel délabré, là-bas, mais quelque chose m’en empêche. Alors j’attends, me contentant d’écouter la musique qui s’échappe d’une fenêtre ouverte.
Twilight Hotel - "When the wolves go blind" Parfois, je me demande si tout ça n’est pas dans ma tête. Cette guitare lointaine qui résonne comme si elle me parvenait d’une autre époque. « When the wolves go blind » qu’ils chantent sur un tempo latino qui me rappelle que la frontière mexicaine n’est pas très loin… Foutue frontière, je l’ai traversée il y a une éternité on dirait et alors les loups n’étaient ni aveugles, ni sourd. Il a fallu ramper, se cacher, mais j’y suis arrivé.

J’ai dû la laisser derrière moi, elle, pour qui je suis arrivé jusqu’ici. « What do I know about love » ? Un saxophone fatigué me pose la question, sur un fond d’accordéon triste. Moi je connais la réponse… La première fois que je l’ai vue avec ses cheveux sombres comme des veines d’acajou, j’ai su que je pourrais traverser la mer à la nage pour elle. « Mahogany Veneer », c’est le nom que je lui ai donné et étrangement, le son délicat du banjo qui parvient à mes oreilles me rappellent sa voix… Que penserait-elle si elle me voyait maintenant, sur le bord de cette route poussiéreuse ?

Je me demande ce que je fais là, pourquoi je n’arrive pas à bouger de cet endroit pourri. Comme si elle lisait dans mes pensées, la musique me dit de lâcher prise, « Dream of letting go ». J’en rêve et pourtant c’est impossible. Cette ville que j’aperçois au loin me semble vide, abandonnée par Dieu et les hommes, « Frozen Town », et même si j’avais envie d’aller la voir, mes jambes refuseraient de bouger. Pourtant cette voix qui chante dans ma tête est douce et attirante mais autour de moi tout est ténèbres, « The Darkness », une impression de noirceur et de solitude renforcée par cette guitare aux échos lugubres.

Pourtant, il faudra bien que je sorte de ce piège à rats, que je m’envole comme cet aigle qui passe au dessus de moi à la recherche de sa proie, un « Golden Eagle » majestueux qui plane avec insouciance. Pas étonnant que les hommes de ce pays aient choisi cet animal comme symbole de leur puissance… Ici, on est le chasseur ou la victime. Et moi, pauvre et affamé, « Poor and Hungry » sur le bord de ma route, je ressemble plutôt au lapin qui va se faire dévorer par le rapace.

Si seulement je n’avais pas eu cet accident. La voiture que j’ai volé près de la frontière git à cinquante mètre derrière moi, c’est vraiment pas de chance. Ce qui est étonnant, c’est que personne n’a réagi lorsque je me suis planté. J’ai pourtant fait une bonne dizaine de tonneaux, c’est un miracle que je m’en sois sorti. M’en suis-je sorti au fait ? Je n’ose pas regarder l’épave, la seule fois où je l’ai fait j’ai eu l’impression qu’il y avait encore quelqu’un derrière le volant. Et comme j’étais seul à bord… « When I’m gone » raconte la chanson, mais moi, vais-je partir un jour ?

Je vais essayer d’aller dans cet hôtel, décidément. Le Twilight Hotel que ça s’appelle, peut-être pourront-ils m’expliquer ce qui m’est arrivé. Après tout, depuis que je suis là, je n’ai vu personne sur cette route, peut-être que c’est parce que c’est justement là, la fin de la route… Au moins, j’entendrai mieux la musique et je ne serais plus seul.
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