The Sonics - "8"

Par Scred | le 24/04/2011 | Les autres articles sur le Rock

L'origine du monde
Lorsque l’on demande à Philippe Manœuvre quel est pour lui le groupe de rock ultime, sa réponse tombe sans la moindre hésitation : The Sonics. L’histoire du rock n’ roll est jalonnée de ces groupes météores, connus d’une poignée d’initiés qui célèbrent leur légende dans leur coin et parfois s’en servent pour faire avancer la cause lorsque les initiés en question sont également musiciens. The Sonics appartient à cette catégorie de groupes injustement méconnus qui ont pourtant exercé une influence décisive dans les coulisses de notre musique fétiche.
The Sonics - "8" The Stooges leur doivent tout, ils étaient là avant les Kinks, ont inventé la notion même de rock garage et donné à la saturation ses lettres de noblesse ainsi qu’un mode d’emploi qui tenait en une formule, tout à fond ! De Motörhead aux Whites Stripes en passant par Nirvana, tous ceux qui aiment le bruit et en font ont écouté et aimé The Sonics, et notamment leurs deux albums cultes « Here are the Sonics » (1965) et « Sonics Boom » (1966).

Enregistrés sur deux pistes avec un son à la limite du pirate, ces albums sont caractérisés par une sauvagerie peu courante pour l’époque. La voix de Gerry Roslie y est pour beaucoup, menant la danse à coups de hurlements possédés soutenus par une batterie d’une violence alors inédite. Mélange de reprises devenues pour les amateurs meilleures que les originales (« Do you love me », « Money », « Night time is the right time », « Good golly miss molly », etc) et de compositions infernales (« The Witch », « Psycho », « Strychnine »), ces deux chef d’œuvres (récemment réédités, je le précise) devraient constituer la base de toute discographie rock n’ roll digne de ce nom.

Voilà pour la petite histoire. The Sonics appartenait jusqu’à aujourd’hui au panthéon d’un rock n’ roll originel aux pochettes jaunies par le temps et la consommation intensive de cigarettes dans les pièces closes où des tarés dans mon genre passaient leurs disques en boucle. Jusqu’à aujourd’hui, ai-je dit. Car, croyez-le ou pas, The Sonics are back !

L’objet s’appelle « 8 » et comme son nom l’indique, il est composé de huit titres dont, ô joie, quatre nouvelles compositions ! Il aura juste fallu attendre une quarantaine d’années, une paille ! Vous allez me dire que c’est un peu léger mais on parle d’un groupe qui était censé ne plus exister alors quatre chansons, c’est déjà inespéré… Et quelles chansons !

« Cheap Shades » reprend les choses là où elles en étaient restées, du rock joué pied au plancher, plus basique tu meurs, avec toujours cette batterie ultra agressive et cette voix qui sature au moindre hurlement, le genre de hurlement qui annonce « Bad Attitude », un pastiche garage de « Can’t you hear me knocking » sous très haute tension. « Don’t back down » ferait pâlir d’envie Iggy Pop et annonce l’inquiétant « Vampire Kiss », une variation sombre et intense sur le « Peter Gunn Theme ».

Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, The Sonics nous offrent sur les quatre derniers titres de « 8 » des versions live de leurs plus grands classiques enregistrés chez nous, à l’Ubu de Rennes, à savoir « Cinderella », « Strychnine », « Don’t be afraid of the dark » et l’inévitable « Psycho ». Le son est brutal, incroyablement fidèle aux originaux malgré le temps qui ne semble pas avoir laissé la moindre marque sur la voix de Gerry Roslie. Le mot qui me vient à l’esprit, outre jouissif, est miraculeux. Le rock n’ roll n’est définitivement pas mort puisque The Sonics hurlent encore !

Cet album est indispensable, tout comme ses deux petits frères des années 60, si vous voulez prétendre connaître une partie de l’équation qui nous fait aimer cette musique de cinglés depuis si longtemps…
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