The Smiths - « Unreleased demos and instrumentals »

Par Scred | le 31/01/2011 | Les autres articles sur le Rock

Bootleg strikes again
La culture du bootleg chez les amateurs de rock existe depuis toujours… C’est même ce qui différencie les simples fans des érudits, collectionneurs obsessionnels de la moindre chute de studio, jamais satisfaits des enregistrements officiels de leur groupe favori, une catégorie de malades mentaux dont j’ai l’honneur de faire partie. Je pourrais vous parler pendant des heures des versions alternatives de « Hey Jude » tirées des sessions de l’album blanc, des « Vanilla Tapes » de The Clash ou encore du fameux live perdu de la tournée « Exile on Main St » des Rolling Stones !
The Smiths - « Unreleased demos and instrumentals » Généralement, plus la carrière du groupe en question a été courte, plus l’intérêt suscité par la découverte d’enregistrements inédits est grand. Et dans le cas des Smiths, on peut difficilement faire mieux… Pensez donc, quatre albums en quatre ans, un succès foudroyant à la hauteur du génie de Morrissey et de Johnny Marr et une tripotée de fans orphelins des deux côtés de l’atlantique, incapables de se consoler avec la carrière solo du chanteur binoclard, pourtant de grande qualité.

Nous sommes donc en présence du cas d’école, un groupe culte à la discographie qui compte plus de compilations que de véritables albums studio. Déjà gratifiés de plusieurs albums posthumes (dont les célèbres Troy Tate Sessions), The Smiths ressuscitent aujourd’hui avec cet album trouvable uniquement en vinyl (deux disques d’un joli bleu lagon) qui fait déjà beaucoup parler de lui sur internet et même dans la presse spécialisée, chose rare pour un pirate et qui en dit long sur les attentes du public…

Au programme, seize titres présentés en version démo couvrant toute la carrière des mancuniens, depuis « Reel around the fountain » tiré du premier album éponyme du groupe jusqu’à « Girlfriend in a coma » extrait du testament des Smiths, « Strangeways, here we come ». Les chansons ont par ailleurs le bon goût d’être proposées dans l’ordre chronologique de parution, de la plus ancienne à la plus récente, une prévention qui mérite d’être soulignée.

Le son est d’excellente qualité, nous sommes en présence de chutes de studio et non pas d’enregistrements pirates au sens propre du terme, et si la production est réduite au strict minimum, cela ne gâte absolument pas la force des chansons qui récupèrent au passage un petit côté live du meilleur effet. C’est flagrant sur des titres comme « The Hand that rocks the Cradle », le très ironique « Frankly, Mr.Shankly » (qui se retrouve agrémenté d’une trompette inattendue) ou encore la superbe version de « There’s a light that never goes out » que l’on retrouve ici dans sa première prise. La voix de Morrissey est toujours parfaite, aérienne, unique, quelques soient les circonstances.

On trouve également des prises presque abouties, telle celle de « The Queen is Dead » qui explose littéralement et renvoie le « God save the Queen » des Sex Pistols aux oubliettes de la révolte adolescente par sa violence et l’intelligence de son message, ou encore « Ask » qui vous donne l’impression que le groupe vient de débarquer dans votre salon. Cerise sur le gâteau, on découvre enfin sur cet album deux morceaux instrumentaux inédits de Johnny Marr qui préfiguraient le cinquième album des Smiths (intitulés « Untitled 1 & 2 » mais nous avons les titres, « I misses you » et « Heavy track »).

Au final, « Unreleased demos and instrumentals » ravira les fans avides de nouveauté tant par son contenu riche et éclectique que par sa qualité, une chose rare dans le petit monde du bootleg. On attend cependant avec impatience un coffret collector, une compilation, n’importe quoi, regroupant le reste des enregistrements rares de ce groupe mythique qui reste pour beaucoup (dont votre serviteur) l’un des groupes les plus sous-estimé de ces trente dernières années.
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