The Sex Pistols - "Never Mind The Bollocks (35th Anniversary Edition)"

Par Scred | le 04/10/2012 | Les autres articles sur le Rock

Toujours chargés
Je me souviens d’un jeune adolescent avec en poche une enveloppe offerte par ses parents, quelques billets pour Noël histoire de se faire plaisir… Direction le plus grand disquaire de Paris sur les Champs Elysées, objectif : jeter les premières bases d’une collection de disques rendue possible par l’acquisition récente d’un lecteur de CD. Et l’album des Sex Pistols fût l’un des premiers à atterrir dans mon panier. « Never Mind The Bollocks Here’s The Sex Pistols »…
The Sex Pistols - "Never Mind The Bollocks (35th Anniversary Edition)" Je n’avais pourtant jamais écouté la musique du groupe, tout ce que je savais des punks se limitait aux mecs étranges et bariolés qui traînaient place de la Nation, près de chez moi. Mais cette pochette presque fluorescente, le nom du groupe, les titres au dos du disque, tout concordait, il fallait que j’écoute ça, mieux, il fallait que J’AIME ça !

Plus de vingt ans après, c’est avec la même émotion que je redécouvre les douze morceaux qui composent le brûlot, enfin dignement remasterisés sous le contrôle vigilant du dernier des Pistols à en avoir encore quelque chose à foutre, l’ami Steve Jones. Car les Sex Pistols, c’est avant tout une vaste blague…

Composé à la hâte de clients d’un magasin de fringues londonien par son propriétaire s’improvisant manager, Malcolm McLaren, dans le but avoué de faire la promotion de l’établissement (« Sex ») qu’il tenait avec sa femme Vivienne Westwood, les Sex Pistols servaient de véhicule publicitaire et de moyen de diffusion des idées politiques du bonhomme. La grande escroquerie du rock n’ roll avait commencé…

Car personne n’avait anticipé l’importance de la musique des Sex Pistols, pas même eux… Entre un chanteur aux allures (en partie justifiées) d’échappé d’un asile psychiatrique et un bassiste incapable de jouer trois notes passant la moitié de ses journées une seringue dans le bras, le groupe était programmé pour exploser en plein vol. Seulement voilà, les Sex Pistols, à leur corps défendant, incarnaient leur époque d’une manière évidente.

Nihilistes, désespérés donc toxicomanes, excédés par le carcan idéologique de la société britannique de la fin des années 70, ils firent voler en éclat chaque tabou se présentant sur leur chemin, le langage, le sexe, l’avortement, la politique, la reine, le business de la musique, bien conscients que leur aventure serait de courte durée… Foutus pour foutus.

Le résultat, c’est que trente cinq ans plus tard, « Never Mind The Bollocks » est un passage obligé, un monument du rock n’ roll, un dictionnaire où chaque groupe débutant peut puiser les définitions de ce qu’est la liberté, la révolte, la sincérité d’une colère exprimée en trois accords maximum, tout le contraire de ce que les Sex Pistols voulaient en fait !

A part peut être Steve Jones… C’est donc avec tout cela en tête que le guitariste a retrouvé les bandes master des sessions studio des Pistols pour nous offrir aujourd’hui ce coffret essentiel contenant l’intégralité de ce qui pouvait être sauvé, l’album original d’une part remixé avec soin par l’intéressé, mais surtout le reste…

Il faut savoir que chaque titre présent sur « Never Mind The Bollocks » avait fait l’objet d’un minimum de prises par souci d’économie mais aussi parce que le groupe voyait avant tout cela comme un passe temps amusant, sans plus ! Du coup, outre les faces B des singles déjà trouvables sur différentes éditions, nous retrouvons ici des versions alternatives, des démos, des mixs bruts de décoffrage avec comme point commun une sorte d’énergie du désespoir suintant de chaque mot prononcé par Johnny Rotten, de chaque riff, de chaque roulement de batterie…

Cerise sur le gâteau, quelques versions (« Holidays In The Sun », « Body (Bodies) ») où l’on peut entendre Sid Vicious à la basse (le bassiste sur l’album original était en effet Glen Matlock ou Steve Jones lui même), ainsi qu’une prise terriblement inquiétante de « Submission » décrite par Rotten comme « plus chaotique et importante » que celle que nous connaissions jusqu’à aujourd’hui.

Figurent également dans le coffret une vingtaine de titres live témoignant d’un groupe hors de contrôle sur scène, un sentiment renforcé par les quelques vidéos qui accompagnent le tout, complétées par des interviews radio inédites ainsi qu’un livre richement illustré retraçant l’histoire des Sex Pistols, documents à l’appui.

Alors, certes, tout cela est profondément paradoxal. « Never Mind The Bollocks » en coffret luxueux, pas très « Anarchy In The UK » tout ça… Et bien vous savez quoi ? On s’en bat les couilles !
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