The Lords of Altamont - "Midnight to 666"

Par Scred | le 14/03/2011 | Les autres articles sur le Rock

Retour au front
J’étais embusqué depuis deux minutes dans les herbes hautes quand c’est arrivé… Une explosion sur la gauche, suivie d’une rafale de mitraillette, et l’enfer s’est invité à la fête. Pas moyen d’y échapper, je me suis redressé et j’ai arrosé au hasard, après avoir remonté le volume de mes écouteurs. Quitte à crever, autant le faire en musique.
The Lords of Altamont - "Midnight to 666" J’avais choisi « Midnight to 666 », le dernier album des Lords of Altamont, pour monter au front. Choix de circonstance… Dans cette jungle humide où chaque arbre peut dissimuler l’un des petits copains d’Hô Chi Minh, il fallait un son brut, propre à faire monter le taux d’adrénaline. Dès « F.F.T.S. », j’ai su que j’avais pris la bonne option. Des guitares hurlantes, un style direct où les Stooges croisent le fer avec le MC5 et les Cramps, tout était fait pour me donner la rage de survivre.

Le riff de « You’re gonna get there » me renvoie directement à un certain « Search and destroy » et me donne la feuille de route… Pas de prisonnier. J’aligne le petit malin qui pensait me faire don d’une provision de plomb, bien planqué qu’il était dans sa tour de reconnaissance, mais je connais le truc… Pan, dans la tête ! L’orgue de « Get in the car » me vrille les tempes alors que je me précipite à couvert pour éviter les représailles des collègues de ma victimes qui ont repéré d’où provenait mon coup de feu… C’est pas passé loin.

Vous perdez rien pour attendre les mecs, j’ordonne à ma couverture aérienne de balancer une bonne dose de napalm sur la zone et je trace ma route à coup de pétoire, dans un état second, « Getting High ». Bombardement réussi, plus de danger de ce côté ci. J’arrive haletant dans un village dévasté où quelques bicoques pourries tiennent encore vainement le coup. Prudence, chaque fenêtre est un danger.

« Save me (from myself) » et sa fuzz démoniaque me maintiennent en alerte avec leur rythme lent et oppressant… Bien m’en a pris, car une balle m’effleure le casque. Je réplique sans hésiter avec mon lance grenade et j’envoie mon agresseur au paradis des communistes aussi implacablement que The Lords of Altamont empilent les riffs de « Soul for sale » dans une parfaite imitation des Sonics. Mon âme à moi n’est pas à vendre et je le fais savoir en arrosant copieusement la dernière cabane du village où j’ai cru déceler un mouvement.

Erreur de jugement, le bâtiment était vide et j’ai attiré l’attention pour rien… C’est le moment de courir ventre à terre pour éviter la patrouille qui vient à ma rencontre. La reprise d’« I’m Alive » (Tommy James & the Shondells) me motive avec ses « baby, baby, babaaaaaay » hystériques, je suis encore vivant mais pour combien de temps ? La vache, encore des grenades ! Alors que je m’apprête à plonger derrière le mur en ruine de cet ancien temple perdu au cœur de la jungle, un souffle violent me repousse en arrière…

Une mine Claymore judicieusement placée a failli m’enterrer vivant, « Bury me Alive » comme dit la chanson. L’écho d’un harmonica sans âge me rappelle que mon existence ne tient qu’à un fil… Mais c’est ça qui est marrant non ? « Ain’t it fun » ? La reprise des Dead Boys explose dans mes écouteurs avec une puissance infiniment supérieure à celle qu’en avait fait Guns n’ Roses il y a une éternité déjà, dans un autre vie… Je m’arrête pour déguster un instant ce concentré de rage adolescente, cet orgue saturé qui arrache mes tympans et qui poursuit son travail de sape sur « Synanon Kids », erreur fatale.

Le mec devait me surveiller dans sa lunette de précision, il aura suffi d’une balle… Et meeerde, j’étais à un kill de ma série de victime, j’allais pouvoir utiliser l’hélicoptère d’assaut ! Deux leçons à tirer de cette aventure. D’abord, il faut d’urgence que je décroche de Call of Duty, ça commence à me monter à la tête… Ensuite, « Midnight to 666 » est un album magistral, un véritable concentré de rock n’ roll garage punk dans ce qu’il a de plus primaire et de plus libérateur. The Lords of Altamont signent avec cet album un vrai chef d’œuvre, fait de testostérone, de simplicité et de classe, enveloppé dans une pochette qui sent bon les Nuggets sixtisantes et pour une fois, il n’y a pas tromperie sur la marchandise !

Bon, faut que je vous laisse, ma partie va recommencer…
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