The Kenny Wayne Shepherd Band - "How I Go"

Par Scred | le 05/08/2011 | Les autres articles sur le Blues

Retour de blues
Voilà sept ans que l’on attendait un nouvel album original du petit prodige de Louisiane, le dernier en date « 10 days out : Blues from the backroads » (2007) n’étant composé que de reprises… Sept ans, c’est long, et on pouvait légitimement se demander si le gamin surdoué qui avait tenu la dragée haute aux Rolling Stones sur scène alors qu’il n’avait pas encore de poil au menton ne se trouvait pas en panne d’inspiration.
The Kenny Wayne Shepherd Band - "How I Go" Première constatation, alors que Kenny Wayne Shepherd a bâti sa légende sur un quasi mimétisme avec son idole Stevie Ray Vaughan, il semblerait qu’il ait décidé de tuer le père, et ce malgré la présence sur cet album de Chris Layton à la batterie et de Tommy Shannon à la basse, rien moins que la section rythmique de Double Trouble qui a accompagné le génial guitariste au chapeau durant toute sa carrière !

Car en effet, on s’éloigne de plus en plus du pur blues texan sur « How I Go ». J’entends déjà les puristes s’écrier « Oh mon dieu, ils ont tué Kenny » ! Que nenni. Si c’est bien un nouveau visage que nous offre Kenny Wayne Shepherd sur cet album, on ne peut que se réjouir de l’évolution du jeune homme qui s’écarte enfin de l’ombre de son modèle, évitant ainsi de tomber dans la caricature.

Alors, il ressemble à quoi le nouveau Kenny ? A un rocker, définitivement. Dès l’ouverture de l’album, « Never lookin’ back » nous cueille au menton sans préliminaires avec un riff impitoyable évoquant d’autres texans qui, eux, n’ont jamais eu de problème de pilosité faciale si vous me suivez… Une impression confirmée par « Come On Over » qui enfonce le clou avec sa guitare lourde et acérée dans le plus pur style du révérend Billy Gibbons.

Contre toute attente, c’est avec une reprise des Beatles que Kenny Wayne Shepherd choisit d’enchaîner, le très sombre « Yer Blues », terrifiant moment de lucidité écrit par un John Lennon au bord de la rupture qui bénéficie ici d’un traitement au chalumeau. Rien à dire, le son est énorme, le solo final apocalyptique, on est probablement en présence de la meilleure version de cette chanson, mis à part l’originale bien entendu.

Après tant de tension, une ballade serait plus que bienvenue… Il n’y a qu’à demander ! « Show me the way back home » et « Cold » s’acquittent de la tâche avec élégance et subtilité. D’ailleurs, puisqu’on en parle, Kenny Wayne Shepherd n’est pas avare de délicatesse sur cet album avec un titre comme « Who’s gonna catch you now », superbe bluette acoustique qui sent le sud comme le charbon de bois d’un bon barbecue !

Mais bon, si Kenny Wayne Shepherd est si populaire, c’est parce qu’il reste avant tout l’un des bluesmen les plus talentueux de sa génération et il le prouve sur des titres comme « Dark side of love », réminiscence ultime de l’héritage Vaughan, tout comme l’instrumental « Strut » ou le très funky « Oh, Pretty woman » sans oublier la reprise tonitruante du « Backwater Blues » de Bessie Smith, mêlant intelligemment tradition et modernité avec son intro au piano semblant sortir tout droit d’un club de la Nouvelle-Orléans en pleine prohibition et l’explosion de décibels au moment où la Stratocaster de Shepherd vient dynamiter l’affaire.

Au final, « How I Go » fait mieux que combler les attentes des fans, il les surpasse. Avec un album aussi complet, Kenny Wayne Shepherd confirme son statut de chef de file de la nouvelle vague du blues américain et nous promet de bien beaux moments sur scène dans un avenir que l’on espère proche ! Album du mois, sans le moindre doute.
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