The Hot Rats - "Turns Ons"

The Hot Rats - "Turns Ons"
Un album de reprises est un exercice périlleux car il peut facilement tomber complètement à côté de sa cible.
La reprise en elle-même étant rarement supérieure à l’originale (à quelques exceptions près, Joe Cocker qui reprend The Beatles à Woodstock ou Jimi Hendrix s’appropriant Bob Dylan sont là pour me contredire), un disque composé uniquement de covers a de fortes chances de se retrouver finalement sur une étagère à prendre la poussière après une ou deux écoutes motivées par la curiosité.
Cependant, il serait dommage de réserver ce destin peu glorieux au « Turns Ons » de The Hot Rats, tant ce disque fait du bien aux oreilles de par l’originalité de certains de leurs choix de morceaux, un choix éclairé par l’excellence des goûts musicaux de Gaz Coombes et Danny Goffy qui mettent provisoirement leur carrière avec Supergrass de côté pour s’éclater un peu avec leur discothèque. Assistés par le producteur Nigel Godrich (qui a déjà sévi auprès de petits groupes locaux tels que U2 ou encore Radiohead), les deux compères ont ainsi virtuellement invité dans leur garage quelques sommités du rock anglais ainsi que quelques américains aussi incompatibles qu’improbables...
Pour commencer, les bonnes nouvelles... The Cure prend un sacré coup de jeune sur « The Lovecats », tout comme les Kinks avec « Big Sky » ou encore Roxy Music avec « Love is the drug ». Les influences de ces groupes se faisaient déjà fortement sentir sur la musique de Supergrass, The Hot Rats rentrent donc dans les pantoufles des glorieux anciens avec une facilité toute naturelle. Reprendre les Pink Floyd peut sembler mission impossible et pourtant la cover de « Bike », un classique un peu oublié par les jeunes générations, est parfaitement cohérente et pourrait bien ouvrir les oreilles de nombreux gamins qui pensent que le Floyd se résume à « Money » et « Another brick in the Wall ».
La connection Velvet underground/The Doors se fait également avec bonheur et « I can’t stand it » réveille les morts tout comme il faut tandis que « The Crystal Ship » les invite avec une énorme puissance de feu à aller se recoucher dans les vapeurs psychédéliques qui conviennent... A côté de ces quelques trouvailles on pourra regretter certains égarements, tel ce « E.M.I. » (The Sex Pistols) électro-acoustique qui ne sert à rien ou encore « Fight for your right (to party) », hymne fondateur des Beastie Boys qui se retrouve aseptisé avec une tentative de mélodie sur les couplets complètement ratée ! Heureusement, le « Queen Bitch » survitaminé emprunté à David Bowie vient vite faire oublier ces deux ou trois erreurs de casting...
The Hot Rats nous proposent donc avec cet album un charmant divertissement, une mine d’or pour les amateurs de blind tests ainsi qu’un joli cadeau pour les fans de Supergrass qui pourront, si ce n’est déjà fait, étoffer un peu leur culture musicale. Sorti de là, il est certain que ce disque ne changera pas la face du rock.
