The Doors – " L.A Woman (40th Anniversary Edition) "

Par Scred | le 06/02/2012 | Les autres articles sur le Rock

Opération Portes Ouvertes
Etrange affaire que cet " L.A. Woman ", pour un tas de raisons. Dernier album studio des Doors qui perdent leur " The " pour l'occasion, paru en 1971, il a largement contribué à la légende du groupe et de son chaman en chef, Jim Morrison. Enregistré en live en une poignée de jours dans des conditions de dénuement extrême, il referme la porte sur une aventure de quatre années (seulement !), précédant de peu la mort de Morrison, devenant par là même le chant du cygne de Mr Mojo Risin' et un objet de culte...
The Doors – " L.A Woman (40th Anniversary Edition) " L'autre aspect fondamental de ce disque réside dans le fait qu'il est probablement le seul véritable album du groupe avec " The Doors " (1967), avec qui il partage non seulement une certaine cohérence musicale mais aussi l'esprit avec lequel il a été enregistré, en direct, sans filet, juste une groupe entre quatre murs mettant leurs tripes sur la table et se foutant du reste... Et puis il y a le contexte.

On ne donnait plus cher de la peau des Doors en 1971, Morrison assurant à défaut d'assumer son rôle de clown triste du rock n' roll, bouffé et bouffi par l'alcool et la came, poursuivi par la justice et de plus en plus étranger à la musique en général. Se considérant comme un artiste, poète avant tout, le succès et les contraintes de la vie de musicien étaient devenus un fardeau de plus en plus lourd à porter. " L.A. Woman " est donc un petit miracle en soi...

Tournant le dos avec ostentation au rock psychédélique qu'ils avaient contribué à populariser, les Doors signent avec cet album un classique du blues américain, ni plus ni moins. La célèbre photo de couverture montrant le groupe aux côtés d'un Jim Morrison au visage mangé par la barbe, à des années lumières du sex symbol flamboyant des premiers temps, évoque plus Canned Heat que l'incarnation de Dionysos ! Quand au contenu, il est tout simplement étourdissant de noirceur et de fièvre… Du blues, point.

De " Cars Hiss By My Window " à la reprise du " Crawling King Snake " de John Lee Hooker en passant par " Been Down So Long " ou " The Changeling ", les Doors ont cessé l'espace d'un instant de rechercher la clef des portes de la perception pour se concentrer sur ce qui se passait dans la pièce où ils se trouvaient, quelque part au cœur de " L'America ". " Love Her Madly " rappelle au monde entier que la voix de Morrison n'a jamais été aussi puissante et suggestive quand " Riders On The Storm " met un point final à l'affaire d'une manière encore plus magistrale que le " The End " des Beatles sur " Abbey Road ".

Voilà pour l'album. Ce qui nous amène à en reparler aujourd'hui, c'est la réédition du chef d'œuvre sous l'appellation fantaisiste de " 40th Anniversary Edition ", fantaisiste parce que cela fait 41 ans que le disque est sorti et que d'autre part, nous avions déjà eu droit à une réédition dite des 40 ans en 2007 avec tout le reste du catalogue, réédition qui nous proposait deux titres supplémentaires (" Orange County Suite ", " (You Need Meat) Don't Go No Further ") en plus de la traditionnelle remasterisation.

Quoi de neuf en 2012 ? Un disque entier de chutes de studio, rien que ça. " L.A. Woman " ayant été enregistré live, il existe une foule de prises alternatives de chaque chanson, et c'est ce que nous propose cette nouvelle version, un petit tour en studio avec les Doors autour de titres mythiques comme si nous y étions, commentaires des intéressés inclus avant et après les prises. Tout n'est pas inoubliable mais on ne peut s'empêcher de frissonner à l'écoute de l'intro du morceau titre " L.A. Woman " où l'on entend clairement Morrison taper des mains en rythme tant le groove est prenant, de jubiler devant une prise inédite de " Love Her Madly " ou de se recueillir en découvrant la dernière prise existante de " Riders On The Storm ", la dixième, introduite par Morrison d'une phrase prophétique, " never be take 10 again "...

Deux inédits viennent compléter l'album, le très dispensable " She Smells So Nice " et une version lugubre du " Rock Me " de BB King. Au final, cela nous donne une édition luxueuse un peu mieux fournie que d'ordinaire, un minimum pour un album de cette classe sans qui les Doors auraient bien pu ne jamais acquérir le statut qui est le leur aujourd'hui. Mr Mojo is still risin'...
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