The Blues Brothers Band à l'Enghien Jazz Festival - 02/07/11

Par Scred | le 03/07/2011 | Les autres articles sur le Blues

Toujours en mission
Inutile de présenter les Blues Brothers… Depuis la sortie du film en 1980, le monde entier identifie en un clin d’œil les deux frangins habillés en croque-mort, costume, chapeau et lunettes noires ainsi que leur hit emblématique, la fameuse reprise de Salomon Burke « Everybody Needs Somebody to Love ».
The Blues Brothers Band à l'Enghien Jazz Festival - 02/07/11 Ce que la majorité des gens savent moins, c’est que derrière la farce initiée par John Belushi et Dan Aykroyd, alors comédiens vedettes du célèbre Saturday Night Live, se cache un véritable groupe composé des plus grand ténors de la soul music, réunis par les deux acteurs autour de l’amour du rythm and blues. La suite appartient à l’histoire… Devant l’accueil délirant du public, le groupe factice est devenu un véritable groupe et a commencé à enchaîner albums et tournées, jusqu’à la mort tragique en 1982 de « Joliet » Jake Blues, alias John Belushi, d’une malencontreuse overdose.

Depuis, sous l’impulsion de Dan Aykroyd et de quelques uns des musiciens originaux, le Blues Brothers Band donne régulièrement des concerts aux quatre coins du monde, poursuivant la mission qui leur a été assignée quelques trente ans auparavant par le révérend Cleophus James, mieux connu sous le nom de James Brown…

C’est donc à une sorte de messe païenne que je me rends en ce samedi soir autour du lac d’Enghien où une scène a été dressée à l’occasion de l’Enghien Jazz Festival qui a eu cette année la bonne idée d’inviter Steve “The Colonel” Cropper, “Blue” Lou Marini, seuls rescapés du groupe original, et le reste de la bande à se produire gratuitement pour les festivaliers…

Un troisième musicien historique figurait au programme, le trompettiste Alan « Mr Fabulous » Rubin mais malheureusement, ce dernier est décédé il y a moins d’un mois… C’est donc par cette triste introduction que commence le concert avec l’instrumental mythique « Green Onions » de Booker T & The MG’s, suivi du « Peter Gunn Theme », l’une des marques de fabrique du groupe. Et en quelques notes, c’est toute l’histoire du label Stax qui défile dans nos oreilles… « Blue » Lou Marini n’a qu’à se fendre d’un solo de saxophone pour ressusciter tout l’esprit d’une époque révolue où les lettres R ‘n B avaient encore un sens.

Arrivent alors sur la scène nos deux costumes cravates favoris, avec la traditionnelle mallette attachée par une chaine au poignet du remplaçant d’Elwood Blues, un certain Tommy « Pipes » McDonnell accompagné de son acolyte Bobbie « Sweet Soul » Harden sur la musique de « Gimme Some Lovin’ ». On aimerait bien leur balancer quelques bouteilles de bières histoire de respecter les usages mais la scène est un peu trop loin et je n’ai à disposition qu’un pauvre gobelet… Tant pis, le cœur y est !

Les deux Blues Brothers version 2011 s’en sortent admirablement, tant dans l’attitude que dans la performance vocale, s’employant à faire revivre les aventures de Jake et Elwood à travers un répertoire assez surprenant car en grande partie consacré au premier album du groupe, « A briefcase full of Blues », un disque rempli de pépites mais assez obscur pour ceux qui ne connaissent des Blues Brothers que le film… Des titres comme « Hey Bartender », « Groove Me », « Flip, Flop & Fly », « Shotgun Blues », « Messin’ with the Kid » ou encore « B Movie Box Car Blues », bien que géniaux, sont en effet connus des seuls initiés, fort peu nombreux dans l’assistance.

Mais qu’importe, le public est là pour s’amuser et arrive tout de même à raccrocher les wagons sur des morceaux comme « Knock on Wood » et « Hold On (I’m Coming) » avant que Steve Cropper ne dégaine la grosse artillerie en balançant l’intro de « Soul Man », le fameux « Sweet Home Chicago » et que Tommy McDonnell ne revêtisse le costume de Cab Calloway pour un « Minnie The Moocher » (« Mimi la tapineuse » en VF, j’en rigole encore !) repris en chœur par la foule !

C’est bien entendu avec « Everybody Needs Somebody To Love » que le Blues Brothers Band va clore sa performance dédiée une dernière fois avec émotion à la mémoire de Mr Fabulous (nous apprenons d’ailleurs qu’il s’agissait du premier concert du groupe depuis le décès du trompettiste) et renvoyer tout le monde chez soi avec à chacun (« You, you, you… ») sa petite dose de rythm and blues, délivrée par les derniers gardiens du temple, toujours en mission pour le Seigneur de la sweet soul music après toutes ces années… Que voulez-vous, la foi, ça conserve. Alléluia !
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