The Black Crowes - "Live at The Fillmore 19/12/11"

Par Scred | le 18/04/2011 | Les autres articles sur le Rock

Plumes à Tifs
Par où commencer ? Cela doit être le troisième ou quatrième papier que je fais sur les Black Crowes et à chaque fois c’est la même chose… Comment vous expliquer que ces mecs là sont les meilleurs, mmh ? Comment vous raconter la classe immense qui habite chacune de leurs chansons au parfum de sixties légèrement fanées ? Comment, enfin, vous exprimer le chagrin qui me noue les tripes au moment de chroniquer ce qui est, peut-être, le chant du cygne de ces corbeaux psychédéliques ? Hein, comment ?
The Black Crowes - "Live at The Fillmore 19/12/11" En prenant les choses dans l’ordre sans doute. Pour ceux qui débarquent, petit rappel des méfaits… The Black Crowes est un groupe de rock sudiste américain mené à la pointe du shilom par les frères Robinson, Chris (chant) et Rich (guitare), pratiquant un rock n’ roll hésitant entre la soul, la country et le bon vieux hard vintage cher aux Led Zeppelin et autres Bad Company, sans oublier une fascination assumée pour certaines pierres qui roulent…

Auteurs d’une série d’albums tout aussi anachroniques qu’indispensables, les fumeux volatiles ont très récemment décidé qu’après avoir fêté dignement leur vingt ans d’existence avec une compilation de reprises de leurs propres titres en versions acoustiques, il serait bon de prendre quelques vacances à durée indéterminée, « indefinite hiatus » selon leurs propres termes, sans doute histoire de se refaire une santé.

En d’autres termes, exit les Black Crowes. D’où le chagrin du premier paragraphe. Mais voilà, les mecs ont beau passer la moitié de leur temps dans une autre dimension, ils n’en sont pas moins généreux avec leur public, comme en témoigne cette série de lives enregistrés au mythique Fillmore de San Francisco, haut lieu du rock chevelu s’il en est, pendant leur passage en décembre dernier sobrement intitulé « Say Goodbye to the Bad Guys Tour ». Tout est dans le titre, snif.

Cinq albums donc, qui mériteraient tous une attention particulière mais voilà, je manque de place et puis cela finirait par devenir un peu répétitif… Intéressons nous donc au dernier d’entre eux, enregistré le 19 décembre 2010, qui marquait également la fin de la tournée sur le sol américain. Autant dire que l’on pouvait s’attendre à toutes les surprises ainsi qu’à une bonne dose d’émotion, aussi palpable qu’une épaisse fumée de narguilé !

Et bien, on ne sera pas déçus… En vingt deux titres, les Black Crowes offrirent ce soir là au public californien ce que l’on peut qualifier de concert de rêve pour les fans de la première heure du groupe. Au programme, un premier set acoustique mélangeant quelques classiques du groupe (« Remedy » revisité à la sauce Grateful Dead, « She talks to angels »), des titres récents (« Oh Josephine », « Shine Along ») , des raretés publiées uniquement sur l’album de chutes de studio « Tall » (« Thunderstorm 6 :54 », « Tornado ») et une reprise bouleversante du « No Expectations » des Rolling Stones. Rien qu’avec ça, on avait de quoi être heureux, mais il ne s’agit que du début…

Une fois les guitares rebranchées, c’est un tout autre groupe qui investit la scène sur le « Space Captain » de Joe Cocker, rageur, transpirant le blues par toutes leurs plumes, les Black Crowes ressuscitent avec conviction un certain esprit du rock mort et enterré depuis un certain drame d’Altamont… Piochant allègrement dans toute leur discographie depuis le préhistorique « Seeing Things » jusqu’au récent « God’s got it » en passant par un medley gospel hallucinant entre « My Morning Song » et « Stare it Cold » sans oublier « Soul Singing » le bien nommé, le groupe entreprend de scotcher méthodiquement son auditoire avant de l’achever avec une reprise du « Midnight Rambler » des Rolling Stones tout à fait de circonstance.

A ce moment du concert, on pourrait considérer que la messe est dite… Plus d’une heure et demi de live, c’est déjà plus que beaucoup d’autres groupes aux habitudes de vie plus saines. Mais voilà, nos Bad Guys sont des vrais, des purs, des authentiques enfants du rock. C’est donc le moment qu’ils choisissent pour balancer un rappel où ils se font plaisir autant qu’à leur public en reprenant quatre titres des Rolling Stones (avec les deux précédents, cela fait six en tout !) et pas n’importe lesquels…

Du sérieux, du morceau pour les connaisseurs, « Torn & Frayed » et surtout « I just want to see his face » extrait de l’immense « Exile on Main St » pour commencer, avant d’embrayer sur le fameux « Can’t you hear me knocking », titre phare de « Sticky Fingers » trop souvent éclipsé par les « Brown Sugar », « Wild Horses » et autres « Bitch » sauf chez ceux « qui savent » ! Inutile de s’appesantir sur l’interprétation puisqu’elle est parfaite, inspirée, aspirée, gardez la fumée, expirez, ça va mieux merci ! Les mecs savent que la fin est proche et s’embarquent donc dans des improvisations hallucinogènes à rendre marteau Jerry Garcia lui-même…

Et ouais, la fin… Comme un clin d’œil, c’est avec « The Last Time » , un titre de 1965 qui sent le Vietnam autant que les gaz lacrymogènes des CRS que les Black Crowes terminent leur tour de piste. « Maybe the last time, I don’t know » dit la chanson… On espère que non. Ce serait trop con.



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