The Black Crowes - "Croweology"

Par Scred | le 03/08/2010 | Les autres articles sur le Rock

Hippy Birthday
Le plus étonnant reste que cet album serait pratiquement passé inaperçu il y a vingt ans, et que personne ne songerait à le ressortir en CD aujourd’hui ».
The Black Crowes - "Croweology" Ainsi parlait Jean-Pierre Sabouret il y a… vingt ans ! Comme le temps passe. Votre serviteur avait quatorze piges à l’époque et la lecture de cette simple phrase écrite au sujet du premier album des Black Crowes, « Shake your money maker », par le journaliste de Hard Rock Magazine avait eu sur moi l’effet d’une bombe.

On comprenait tout, immédiatement, avec une toute petite phrase. On pigeait que les Black Crowes était un groupe crédible dans sa pratique d’un rock seventies qui fleure bon le patchouli et les cigarettes aux plantes, que la production musicale de l’époque était tellement riche qu’un groupe pareil pouvait y passer inaperçu, que c’était le bon temps et qu’avec ce disque, on pouvait rêver un peu en s’y replongeant à peu de frais… Tout ça dans une phrase, merci Jean-Pierre.

Vingt ans plus tard donc (ou quarante si l’on suit le même raisonnement), les Black Crowes sont toujours là contre vents et marées et nous offrent un sublime double album en guise de cadeau d’anniversaire, une « Croweology » selon leur propre terme où les plumitifs hallucinés revisitent leur discographie depuis ce fameux « Shake your money maker » de 1990 sous forme de reprises acoustiques de leurs meilleurs titres.

Et quand je dis « meilleurs », ce n’est pas un vain mot. La sélection des morceaux ressemble à s’y méprendre à la setlist d’un concert parfait, alternant les grands hits du groupe (« Remedy », « She talks to angels », « Soul Singing ») avec des titres plus rares mais faisant partie des chefs d’œuvre des Black Crowes (« Hotel Illness », « Ballad in Urgency », « Sister Luck ») sans oublier les classiques de scène, ces morceaux jamais sortis en single mais qui sont joués quasi systématiquement à chaque show des corbaques (« Wiser Time », « Girl from a Pawnshop »).

« Ben quoi, c’est juste un unplugged » entends-je au fond de la salle. Et bien non ! Oubliez ces albums insipides et mal produits par une chaîne musicale plus soucieuse du tiroir-caisse que de la réelle qualité artistique ! « Croweology » est un véritable album, enregistré comme tel avec le même souci de la perfection sonore, une perfection plus d’une fois atteinte sur ces vingt chansons dont une inédite, « She », une ballade aux accents Beatles mâtinée de country.

Pour le reste, les fans des Black Crowes y retrouveront leurs petits, entre un « Good Friday » où Neil Young télescope Pink Floyd dans une (southern ?) harmonie parfaite, une version jubilatoire de « My Morning Song » au final gospel digne d’une église de Brooklyn, l’incroyable solo d’harmonica ambiance Creedence de « Thorn in my pride » ou encore un « Welcome to the good times » gorgée d’émotion qui n’a jamais si bien porté son nom.

Chris Robinson, s’il n’est plus capable des mêmes acrobaties vocales qu’il y a vingt ans, les a avantageusement remplacées par un phrasé dégoulinant de soul et de blues à vous hérisser les poils et le groupe derrière lui est au diapason, un juste compromis entre l’exécution carrée et l’improvisation débridée. Ecoutez donc ce « Non-fiction » qui enterre sans scrupule la version originale parue sur l’album « Amorica » (1994) ou encore ce « Bad luck blue eyes goodbye » déchirant qui conclut l’album sur un bien triste mot, « goodbye ».

En effet, après la sortie de ce bijou, les Black Crowes ont décidé une fois de plus de se mettre entre parenthèses pour une durée indéfinie… Bah, après tout, quand on voit les albums qu’ils nous pondent après avoir pris l’air sur leur branche pendant quelques temps, on ne peut que saliver en pensant au prochain fromage qu’ils nous lâcheront lorsque l’envie leur prendra d’ouvrir à nouveau leur large bec !

D’ici là, ce « Croweology » sera tout à fait indispensable pour prendre son mal en patience.
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