The Beach Boys - "The Smile Sessions"

Par Scred | le 03/11/2011 | Les autres articles sur le Rock

Bonnes Vibrations
Au risque de vous faire tomber de votre chaise, la grande rivalité qui fit rage dans les années soixante et donna naissance à tant de disques révolutionnaires ne concernait pas les Beatles et les Rolling Stones… En effet, pour être parfaitement corrects vis à vis de l’Histoire avec un grand hasch, au lieu de demander à votre nouvelle petite amie « t’es Beatles ou t’es Stones » afin de savoir à qui vous avez affaire, il faudrait plutôt dire « t’es Beatles ou t’es Beach Boys » ?
The Beach Boys - "The Smile Sessions" Petit retour en arrière. Nous sommes en 1966 et Paul McCartney est plutôt fier de son nouveau bébé, le bien nommé « Revolver ». Avec cet album, il en est certain, les Beatles n’ont plus d’équivalent et ont proprement flingué la concurrence à coups de mélodies imparables, d’innovations techniques, de trouvailles sonores. C’est donc avec stupeur qu’il encaisse la météorite « Pet Sounds » des Beach Boys, diamant psychédélique ciselé avec précision par Brian Wilson et ses garçons de la plage.

Furieux et vexé, il entraine les Fab Four dans un projet un peu fou, un concept album qui portera le nom imprononçable de « Sgt. Pepper’s Lonely Heart Club Band ». Certes, les Beatles l’avaient en eux, mais c’est bien en réaction à « Pet Sounds » que naquirent les aventures du sergent Poivre et de ses petits copains. L’histoire du rock s’écrit aussi comme cela.

A l’écoute de « Sgt. Pepper… », comme de bien entendu, Brian Wilson voit rouge et pas seulement à cause de la couleur de la pochette. Alors c’est comme ça… Wilson en est sûr, il peut faire mieux, aller encore plus loin. Ce sera « Smile », la symphonie psychédélique ultime, le disque que tous les freaks de la planète écouteront ébahis, le regard dans le vide et le cerveau planant à plusieurs kilomètres au dessus de la stratosphère. Il passe des semaines en studio, abîmé dans sa création et dans la masse de drogues qu’il absorbe pour stimuler cette dernière, et les journalistes commencent à saliver, on parle du meilleur album de tous les temps, on évoque une chanson, « Good Vibrations », de quinze minutes, la maison de disque imprime 400 000 pochettes et… rien.

Brian Wilson, à la limite de la rupture, annule tout du jour au lendemain. Il prétextera que l’album était « trop fort » pour lui et en voulut pour preuve l’incendie qui ravagea une partie de Los Angeles pendant l’enregistrement, déclarant que ce disque allait « mettre le feu partout ». Les enfants, sachez dire non à la drogue, j’insiste. Toujours est-il que « Smile » sera démembré, devenant « Smiley Smile », un album tout juste correct, afin de satisfaire Capitol Records qui commençait à manger son packaging en pleurant, et que le véritable « Smile » rejoignit la famille des grands albums disparus de l’histoire du rock. Jusqu’à aujourd’hui.

Car oui, enfin, vieux motard que jamais, « Smile » débarque sur nos platines à peine 44 ans après sa création ! On a failli attendre. La grande question, vous vous en doutez, est très simple : cela en valait-il la peine ? Et la réponse, je vous le donne en mille, est non. Forcément. Si « Smile » avait été si bon que cela, il n’aurait certainement pas dormi dans une cave poussiéreuse tout ce temps. Notez qu’il n’est pas mauvais non plus, peut-être est-ce une question d’époque ?

L’objet nous est proposé dans la version imaginée par Brian Wilson à l’origine, vingt chansons construites comme une symphonie Flower Power, avec une introduction (« Our Prayer », « Gee ») amenant au fameux « Heroes and Villains », véritable patchwork musical traversé de mille influences que nous connaissions déjà, avant de plonger plus avant dans les délires Wilsoniens (« Do you like worms (Roll Plymouth Rock) », « Cabin Essence », « Vega-Tables »), sans oublier le sublime « Surf’s Up », pour finir par le chef d’œuvre, probablement l’un des meilleurs singles de tous les temps, le génial « Good Vibrations ». Et comme Brian Wilson savait à peu près ce qu’il faisait, il clôt l’album par un « You’re welcome » faisant écho à la gratitude de l’auditeur encore rempli par ces « bonnes vibrations » au goût de soleil californien et de substances diverses.

Au final, il semblerait que les Beach Boys aient bien fait de ne pas opposer « Smile » au « Sgt. Pepper » des Beatles. Si l’album est définitivement intéressant à écouter et regorge de traits de génie, il n’arrive pas à la cheville de son modèle anglais. A vous de juger cependant, d’autant plus que « Smile » est proposé en version luxueuse avec pas moins de cinq disques de bonus, contenant nombres de prises de studio, de répétitions, de versions alternatives dont un CD entier consacré au travail sur « Good Vibrations » ! De quoi garder le sourire…
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