Têtes Raides - "L'an demain"

Par Scred | le 07/02/2011 | Les autres articles sur le Rock

Toujours Red
J’adore les Têtes Raides… D’ailleurs, tout le monde devrait les aimer, c’est notre plus belle exception culturelle. Les Têtes Raides ne sont pas sexy, ils ignorent ce qu’est la mode, se foutent complètement de passer à la radio ou à la télévision… Pas commode dans le monde d’aujourd’hui ! Mais n’imaginez pas une seconde que les Têtes Raides sont déconnectées de l’actualité pour autant. Refusant catégoriquement de choisir entre chanson populaire, engagée, enragée, réaliste, surréaliste, entre punk et tango, entre comptines adultes et rock enfantins, les Têtes Raides sont absolument uniques en leur genre… Et ils sortent un nouvel album, chouette alors !
Têtes Raides - "L'an demain" Les Têtes Raides, c’est avant tout Christian Olivier, chanteur taciturne à la voix profonde et graphiste des Chats Pelés, le collectif qui illustre (entre autres) avec un talent enfantin les pochettes des albums du groupe depuis leurs débuts. Pour la première fois, c’est son visage seul qui orne la couverture de « L’an demain », la dernière livraison en date des Têtes Raides, qu’est-ce à dire ?

D’autant plus que la chanson qui ouvre l’album et qui lui donne son titre est une ballade sombre, une complainte à la poésie brute interprétée par Christian Olivier seul, à peine soutenu dans son voyage au bout de la nuit par le violoncelle d’Anne-Gaëlle Bisquay. Les Têtes Raides seraient-elles devenues « la » Tête Raide ? Que nenni. Même si le groupe a accueilli en son sein deux nouveaux membres à la batterie et à la basse, nous sommes toujours en présence d’une troupe unie, véritable cirque poétique toujours capable d’enflammer la piste aux émois.

Preuve en est, ce « Fulgurance » construit comme un lent crescendo, assez inhabituel pour les Têtes Raides qui évoque immédiatement les grands absents de Noir Désir dans la force du propos comme dans la tension des guitares… Quelle claque ! Mais tout le talent du groupe réside dans le fait d’enchaîner ce petit brûlot incandescent avec un tango tragi-comique, « Emma », jeune amazone échappée du « Cabaret des Nues » chantée en duo avec une Jeanne Moreau truculente qui savoure chaque mot qu’elle prononce. Un ovni.

Passant du coq à l’âne du moment que les animaux ne sont pas maltraités, les Têtes Raides pourfendent la « démocrature » (« Angata »), poétisent la connerie humaine en rockabilly (« J’m’en fous »), accordéonisent le temps qu’il fait et qui passe en couleurs (« Météo »), nous racontent des histoires de mécanos en métaphores filées (« Gérard »), parlent d’amour à leur manière (« Marteau Piqueur », « Pas à pas »), et nous offrent une plongée au cœur de la rue crue et cruelle (« Je voudrais »).

Voilà pour les bonnes chansons de « L’an demain ». Parlons un peu des excellentes maintenant, ce « So Free » qui pourrait bien servir de bande originale aux révolutions qui fleurissent en ce moment de l’autre côté de la méditerranée où Christian Olivier malmène une fois de plus son accent anglais inimitable, ou encore « Maquis », une réflexion sublime sur le boulot de chanteur à texte. Les musiques sont au diapason des textes, denses, variées, et produites à la perfection par les Têtes Raides eux-mêmes qui atteignent dans cet exercice une maîtrise assez insolente pour un groupe prétendument bohème.

Comme je le disais, tout le monde devrait aimer les Têtes Raides. Et ce n’est pas cet album superbe qui viendra me contredire. La preuve ? Il n’a pas été nommé aux NRJ Music Awards… Si ce n’est pas une preuve de qualité ça !
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