Superheavy - "Superheavy"

Par Scred | le 12/09/2011 | Les autres articles sur le Rock

Blockbuster
Il en va des projets alternatifs des artistes légendaires comme des promesses des politiciens, y croire n’engage que ceux qui veulent bien les écouter. Traduisant la plupart du temps une envie sincère de la part des musiciens de changer d’air et de chercher l’inspiration en dehors de leur registre habituel, les disques qui résultent de ce genre d’expérience sont rarement à la hauteur des espérances de leurs auteurs.
Superheavy - "Superheavy" Et généralement, plus les artistes sont importants, plus la déception est grande. On se souvient du récent flop de Ben Harper avec son groupe Fistful of Mercy ou encore des albums médiocres des Nothing Hillbillies de Mark Knopfler, sans parler des Travelling Wilburys emmenés par Bob Dylan et George Harrison qui, s’ils n’étaient pas mauvais, n’étaient pas non plus inoubliables.

Les Superheavy quant à eux ne font pas dans la demi mesure au niveau du casting puisqu’ils regroupent en leur sein Mick Jagger, Dave Stewart, Joss Stone, Damian Marley (le fils de qui vous savez) et A.R. Rahman, compositeur de musiques de film indien à qui l’on doit notamment la bande originale de « Slumdog Millionnaire ». Du très lourd, d’où le nom du groupe certainement, un nom tiré du premier morceau né de l’improbable rencontre de tout ce beau monde sous le toit jamaïcain de Dave Stewart.

Or, que font des musiciens lorsqu’ils se retrouvent sans but précis dans un endroit paradisiaque? De la musique pardi, quoi d’autre ? Et c’est précisément ce qui fait le charme de cet album, construit comme une immense jam session sans réelle cohérence entre gens de bonne compagnie, avec en ligne de mire l’envie de composer de bonnes chansons sans trop se poser de questions quant à la couleur générale de l’objet final, à l’image du morceau titre, « Superheavy », qui mélange allégrement des éléments de ragamuffin apportés par Damian Marley, de soul avec les envolées de Joss Stone, et de bon vieux rock bien solide avec la guitare de Dave Stewart soutenue par un Mick Jagger au top.

On regrettera d’ailleurs que cette chanson soit presque la seule de l’album à explorer cette voie de fusion massive (« Rock me gently ») … En effet, le reste de « Superheavy » se compose de titres aux identités plus marquées, du reggae classique (« Miracle Worker », « Beautiful People »), du rock estampillé Rolling Stones (« I can’t take it no more », « Energy » qui tente quand même de bouger les lignes avec quelques phrasés ragga ça et là) et de la soul cherchant son chemin entre Massive Attack et la Motown (« World keeps turining », « I don’t mind »).

Il n’en reste pas moins que, chacun dans son style, les membres de Superheavy font le boulot… Mick Jagger s’éclate manifestement et se fend même d’une ballade très réussie (« Never gonna change »), Damian Marley fait honneur à l’héritage familial, Joss Stone a la bonne idée de ne pas sonner comme toutes les chanteuses de R ‘n B qui nous saturent les oreilles depuis quelques années et Dave Stewart en monsieur Loyal tient son rôle à la perfection.

Au final, cela nous donne un disque tout à fait honnête qui promet de bons moments une fois retranscrits sur scène, même si une fois de plus, on est loin de l’album mythique promis par le générique… A la place du film culte annoncé, on doit se contenter d’un blockbuster un peu tiède qui commence bien et finit en queue de poisson. Et comme toujours dans ce cas là, il est à craindre que « Superheavy 2 » n’arrange pas les choses…
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