Stephen Malkmus and The Jicks - "Mirror Traffic"
Par Scred | le 17/08/2011 | Les autres articles sur le Rock Indépendant
Sous le Pavement, la plage
C’est toujours un plaisir de retrouver la voix légère et débraillée de Stephen Malkmus, tête pensante et front man des défunts Pavement. On aurait presque du mal à se souvenir que le garçon totalise aujourd’hui plus d’heures de route en solo qu’avec le groupe californien qui le mit sur le devant de la scène !
Il faut dire que la musique de Stephen Malkmus et de ses Jicks ne se promène pas à des kilomètres du rock Lo-Fi pratiqué à l’époque par Pavement. On retrouve à peu près tous les ingrédients du truc, les guitares volontairement crues, qui partent en vrille sur d’improbables solos faussement simplistes (« Senator »), l’atmosphère juvénile des paroles et des musiques qui évoquent des après-midi de glande intense, l’esprit perdu dans une fumée parfois clandestine (« Jumblegloss », « Long Hard Book ») et cette ambiance n’arrivant pas à choisir entre un dilettantisme assumé et une raffinement pop de toute première qualité.Prenez « Stick figures of love » par exemple. Cela commence comme une plaisanterie, une guitare presque trop fuzz pour être honnête jouant une mélodie enfantine, renforcée par sa petite sœur en acoustique… Et puis la voix arrive, relâchée, comme si le mec était en répétition, et l’on se prend en pleine figure une petite merveille d’efficacité pop rock, un truc immédiatement sympathique à l’oreille qui vous ensoleille la journée ! Ça a l’air tellement facile…
Des délires garages de « Tune Grief » et de l’excellent « Spazz » qui hésite entre lâcher les chevaux et rester avachi dans le canapé à se demander si le Jazz sert à quelque chose aux superbes moments de contemplation que sont « No One is (As I are Be), « Fall Away » ou encore « Share the Red » qui flirte dangereusement avec le Velvet Underground de la meilleure époque (celle de « Loaded », vous aviez deviné pas vrai ?), cet album est une jolie bulle de plaisir adolescent qui enchante et énerve un peu aussi.
Car c’est énervant, un mec bourré de talent comme ça qui refuse de devenir adulte histoire de conserver cette fraîcheur qui a fait du rock de Pavement la pierre angulaire du rock indépendant américain. D’autant plus qu’il le sait, le petit crétin, qu’il en est fier et qu’il en parle sur le génial « Forever 28 », sorte de manifeste maison renvoyant les Weezer, Cake et autres Nada Surf à leurs études…
Pour résumer, « Mirror Traffic » possède toutes les qualités que l’on pouvait attendre d’un disque de Stephen Malkmus, inventivité, raffinement, décontraction maximum et cette petite touche d’amateurisme habilement simulé qui vous donne l’impression d’être en présence d’une œuvre brute délivrée des contraintes du rock business alors qu’en réalité, hein ? Quel escroc tout de même ! Nous on adore.
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