Slipknot - "(sic)nesses"
Malades Métal
J’aurais adoré vous parler du nouveau DVD de Slipknot avec des métaphores choisies parlant d’anatomie de l’horreur, d’assassins de masses consentantes et de serial killers de riffs mais malheureusement le cœur n’y est pas.
A l’heure où sort « (sic)nesses », l’avenir de Slipknot semble en effet plus noir encore que la pire des mises en scène macabre à laquelle le groupe ait jamais pensé… La disparition du bassiste Paul Gray a confronté le gang de Des Moines au spectre de la mort qu’il s’amusait à narguer à grands coups d’images morbides depuis le début de sa carrière et la confrontation a été douloureuse.Ainsi donc, comme Metallica le fît en son temps avec « Cliff’em all » en hommage au regretté Cliff Burton, Slipknot offre aujourd’hui à son public un dernier témoignage du passage de Paul « N°2 » Gray sur cette terre car même si l’objectif initial du DVD était de garder un souvenir de la tournée « All hope is gone », les circonstances font que l’on pense à tout à fait autre chose en regardant ces images.
Et notamment celles tournées par Shawn « Clown » Crahan, aussi inspiré une caméra en main que lorsqu’il martyrise ses percussions. Dans le documentaire désormais traditionnel qui accompagne chaque DVD de Slipknot (intitulé cette fois-ci « Audible visions of (sic)nesses »), Clown nous emmène une nouvelle fois au cœur de la meute, entrecoupant des scènes de concert filmées à l’arrache « comme si vous y étiez » avec des moments d’intimité en backstage, des délires au restaurant, en studio, dans le bus…
Le résultat est comme d’habitude bluffant de sincérité et de créativité, à mi-chemin entre un snuff movie et le travail de la Nouvelle Vague, et nous permet de découvrir quelques scènes cocasses autant que touchantes, à l’image de celle où le groupe au complet, maquillé et prêt à en découdre, attend un Paul Gray masqué qui téléphone à sa dulcinée, lui susurrant des « I love you baby » comme s’il ne s’apprêtait pas à déchaîner l’enfer une poignée de minutes plus tard.
Paradoxalement, c’est plutôt le paradis qui attendait le public du Download Festival ce 13 juin 2009 lorsque Slipknot monte sur scène et ouvre son concert par les quatre premiers titres de l’album « Spliknot » par lequel tout a commencé en 1999. L’enchaînement « (sic) »/« Eyeless »/« Wait and bleed » fait toujours des merveilles surtout lorsque l’on y ajoute l’ultra-violent « Get this » en point d’orgue ! Le groupe s’éclate visiblement, comme en témoigne Corey Taylor qui harangue la foule avec sa verve habituelle, insistant sur l’esprit de famille qui unit Slipknot à son public et qui donne à chacun de leurs concerts un vrai sentiment de communion.
« All hope is gone » étant à mon sens l’un des albums les mieux aboutis de Slipknot, on aurait pu penser qu’une plus grande place aurait été laissée aux nouvelles compositions dans la setlist du concert, or seules trois chansons y figurent (« Sulfur », « Dead Memories » et « Psychosocial »). Tant pis pour « Gematria » ou « Vendetta », le groupe a décidé de privilégier les classiques du calibre de « Before I forget », « People=Shit », « Surfacing » ou encore l’indispensable « Spit it out » afin de contenter un public de festivaliers forcément plus hétéroclite que celui qui se déplace habituellement à leurs concerts.
Ne nous plaignons pas, avec une trentaine de caméras braquées sur le moindre centimètre de latex recouvrant les masques de nos chers affreux, le spectacle est à la hauteur des attentes ! En dix-huit titres, Slipknot impose avec autorité et jubilation sa conception d’un métal à la fois extrême et accessible au plus grand nombre, mettant un point final à dix ans de carrière de la plus belle manière qui soit, la tête haute et les armes à la main.
Quid de la suite ? On espère fortement que le traumatisme de la mort de Paul Gray se transformera en source de motivation pour Corey Taylor et sa bande et qu’ils y puiseront la force pour trouver un successeur (et non un remplaçant) au regretté bassiste afin de commencer une nouvelle aventure faite de bruit et de fureur. En attendant ce jour, il y a fort à parier que ce « (sic)nesses » tournera en boucle sur les écrans et dans les cœurs des fans.
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