Shining ou l'éclat de la médiocrité

Par Peg | le 27/09/2014 | Les autres articles sur le Métal

Motocultor Festival 2014 - Jour 2 (épilogue)

Le set de Shining qui clôture cette deuxième journée ne fera pas l'objet d’un report. Nous nous contenterons de faire ici état d’une situation inacceptable, engendrée par un individu et, qui plus est, par un artiste dans un cadre professionnel.
Shining ou l'éclat de la médiocrité L'histoire du Metal regorge de groupes attaqués pour leur image souvent associée à des idées malsaines et noires par les profanes. Critiquées pour leurs codes et leurs références parfois sataniques et souvent morbides, ces musiques extrêmes sont paradoxalement écoutées, en général, par des personnes tout à fait saines d'esprit dont le niveau d'étude est supérieur à la moyenne. On peut émettre l'hypothèse que les passions engendrées par cet univers, peu attrayant pour les non-initiés, s'explique par l'imaginaire et la fantaisie véhiculée, le tout participant à un phénomène d'exorcisation des affres de ce monde. En effet, la puissance et la violence de ces musiques une fois canalisée apporte énergie et sérénité. Un plaisir et une émotion partagée en communauté qui drainent des valeurs positives. En attestent les études menées sur ce sujet, citons celles de Deena Weinstein par exemple, seul un petit nombre de connaisseurs me contrediront sur ce point. On pourrait même entendre qu'il est inutile de l'expliquer.

L'univers imaginaire est sublimé par des artistes qui ne cessent d’innover. Des backdrops illustrés aux crânes accrochés, du sang déversé aux cervelles décomposées, le contexte visuel est parfois tout aussi important que le jeu de scène. Il n'en reste pas moins que ces artistes sont là pour exercer leur métier et se comporter correctement, respectueux des acteurs de ce milieu et de leur public. Mais ce n'est pas toujours le cas, certains d'entre eux souffrant parfois de quelques petits soucis cognitifs...

Shining fait partie de ces groupes extrêmes classés Black Metal dont le frontman Niklas Kvarforth se taillade les bras jusqu’au sang et projetait des lames de rasoir depuis la scène. Des pratiques peu effrayantes au vu du nombre d'excentricités scéniques recensées dans ce style musical. Le vaillant frontman aura décidé ce soir-là d'y associer sa vision de l'héroïsme et du grandiose. Connu pour avoir l'attention touchante de cracher du Jack Daniel’s sur les photographes et leur onéreux matériel en début de set, le pauvre homme aura cette fois imaginé un scénario encore plus fraternel. A son arrivée sur scène, il s'agenouille face aux photographes dispersés dans le "pit", certains se trouvant déjà aux abris derrière de grosses enceintes. Le visage crispé, la bave aux lèvres ornées d’un rictus haineux, son majeur fermement dressé en direction d'un photographe, il se met à lui cracher au visage à trois reprises dont une additionnée de whisky. Tout en l'insultant plus que copieusement, il lui fait signe de s'approcher et l'attrape par la chevelure tout en le secouant contre la scène. Un confrère photographe bienveillant et courageux, le seul, devra se jeter sur lui afin de lui faire lâcher prise. A ce jour, quelques autres journalistes auront dénoncé son geste et exprimé leur indignation dans leur compte-rendu.

Ce comportement évidemment inadmissible pourrait provoquer l'envie de lui rendre la pareille en y mettant encore plus d'affection. Mais ne devrions-nous pas plutôt lui souhaiter d’embrasser pleinement le credo True Black Metal en s’appliquant à lui-même le fond de son discours : pousser la jeunesse au suicide. Au final, le choix de la pitié semble plus adéquat. Ce jeune homme de bonne famille, dont l’éducation reste manifestement inachevée, s'est en effet totalement ridiculisé.
Avouons-le, agresser physiquement une personne dont le but premier est de promouvoir son travail et contribuer à son succès est une formidable démonstration d'excellence. La presse web, ici concernée, est souvent une activité bénévole engagée. Elle apporte aux artistes une importante médiatisation, complémentaire aux rares magazines existants touchés par la crise de la presse papier.

A la lecture de ce texte, certains pourraient contester son impact constructif prétextant qu’il aura bien plus de vertus publicitaires qu’il ne suscitera de réflexion. Ainsi soit-il ! Ces faibles dommages collatéraux n'ont que peu d'importance...

Il va de soi que la production et les organisateurs du Motocultor Festival ne sont en rien responsables de cette mésaventure. Nos interlocuteurs sur place ont déploré pareil comportement. Les vrais acteurs de la musique, non pas les divas capricieuses, ceux qui permettent au public de vivre ces moments jugés fabuleux, sont de vrais professionnels, engagés et persévérants, évoluant dans un métier tout aussi difficile que passionnant.

Suite à cet événement, Actumusic s’engage à ne plus faire de promotion pour le groupe Shining sur son site ni sur son compte Facebook. Nous encourageons également nos confrères à en faire de même, et ce afin de ne pas avoir à réaliser à leur tour qu'ils passent un temps précieux à donner de la visibilité à un groupe qui salit leur travail. Nous laisserons les professionnels de la musique seuls juges de ce récit. Et enfin, aux passionnés de musique Metal, nous attirerons simplement leur attention sur le fait que l'image de leur communauté se voit associée à ce type de faits, contraires à leurs principes, offrant cette fois un argument indéfendable aux détracteurs de cette culture.


Peg/Blackstage
Co-Rédactrice en Chef
    Dîtes nous si vous avez aimé cet article.