Rory Gallagher - "Notes from San-Francisco"

Par Scred | le 25/07/2011 | Les autres articles sur le Blues

California Dreamin'
On croit rêver… La plupart des albums posthumes qui ont vu le jour ces dernières années n’étaient, et cela se comprend, que des compilations de titres inachevés glanés dans les archives des grands disparus, avec bonheur parfois (Jimi Hendrix) ou pas (Queen, Michael Jackson). Rares furent les albums parus après la mort de leur auteur qui avaient été conçus comme tels à l’époque de leur enregistrement, les fameux « albums perdus » comme le « Smile » des Beach Boys ou le « Black Album » de Prince.
Rory Gallagher - "Notes from San-Francisco" Car c’est bien dans cette catégorie qu’il faut classer ce « Notes from San-Francisco ». En 1977, Rory Gallagher est à l’apogée de sa carrière et décide d’enregistrer le successeur de « Calling Card » (1976) aux Etats-Unis, sous la houlette du producteur californien Elliott Mazer, responsable entre autres du « Cheap Thrills » de Janis Joplin et du « Harvest » de Neil Young. Et là, tout va de travers.

Le guitariste irlandais se retrouve pris entre son désir de poursuivre son évolution musicale naturelle et le choc que l’arrivée du punk lui a causé, suscitant chez lui une envie d’un retour à une musique plus directe, plus épurée et plus simple, allant même jusqu’à remettre en question le groupe qui l’accompagne sur scène pour revenir à une formule de trio débarrassée de claviers et de cuivres.

Au final, après de longues séances de réflexions et de remixage intensif, Rory Gallagher décide purement et simplement de mettre le disque à la poubelle et de faire ses bagages pour retourner en Europe où il donnera naissance au génial « Photo Finish » (1978) où l’on retrouve certains des titres présents sur « Notes from San-Francisco », présentés aujourd’hui dans leur version originale.

C’est le cas du blues poignant « Fuel to the Fire », et des morceaux les plus agressifs de l’album, le puissant « Mississippi Sheiks » qui récupère un piano électrique au passage, « Overnight Bag », l’éblouissant « Cruise on out » joué à cent à l’heure et lui aussi augmenté d’un piano à la limite de l’épilepsie ainsi que de « Brute Force & Ignorance » qui sonne presque comme du hard rock avec son riff plombé tout en conservant la patte gracieuse et inimitable de Gallagher.

Terrain connu donc, tout comme le très stonien « Rue The Day » (« All down the line » n’est pas très loin) avec ses cuivres et son solo de slide qui donne envie de repartir en exil quelque part dans une certaine rue justement et le funky « B Girl », toutes deux parues en bonus sur la réédition de « Calling Card » il y a une dizaine d’années. Même chose pour ce « Wheels within wheels », sublime ballade que n’aurait pas renié Eric Clapton, déjà entendue sur la compilation du même nom mais présentée ici dans une version alternative légèrement électrifiée où Rory Gallagher se fend d’un solo à fendre l’âme qui justifie presque à lui seul l’écoute de l’album.

Trois inédits viennent compléter la tracklist déjà riche de ce « Notes from San-Francisco », l’héroïque « Persuasion » et deux blues rock compacts affichant une subtile couleur psychédélique, « Cut a Dash » et surtout « Out on the Tiles », un brûlot qui sent bon les vapeurs d’Haight Ashbury avec son riff à tiroir et le son de sa guitare à la fois cru et terriblement agressif.

Un mot rapide sur le second CD qui accompagne l’album, un live enregistré à San-Francisco au son tellement brutal que l’on se demande parfois si l’on est pas en train d‘écouter un concert inédit d’AC/DC (« Bullfrog Blues », « Country Mile ») où l’on retrouve les titres favoris joués par Rory sur scène à cette époque, les « Tattoo’d Lady », « Calling Card » et autres « Sea Cruise », soit douze titres pour prendre plein les dents le blues dynamite du guitariste irlandais, un délicieux bonus qui ne saurait cependant pas faire de l’ombre à l’album inédit qu’il accompagne.

Car au final, c’est cela que l’on retient de « Notes from San-Francisco », un véritable album que nous n’aurions jamais dû entendre mais qui, par la
grâce du frère du guitar hero qui se trouvait être également son manager, se retrouve aujourd’hui sur notre platine pour notre plus grand bonheur. Qu’il en soit remercié !

    Dîtes nous si vous avez aimé cet article.