Rory Gallagher - "Irish Tour 74"

Par Scred | le 19/05/2011 | Les autres articles sur le Blues

Irish Strat
A un journaliste qui lui demandait quel effet cela lui faisait d’être le plus grand guitariste du monde, Jimi Hendrix aurait répondu avec malice : « Je ne sais pas, demandez cela à Rory Gallagher m’sieur » ! Dans le genre hommage, on a vu pire... De fait, Rory Gallagher méritait amplement ces louanges. Beaucoup moins connu que ses pairs, les Eric Clapton et autres Jimmy Page, il n’en était pas moins talentueux et populaire, notamment dans son Irlande natale, comme en témoigne ce DVD récemment réédité sobrement intitulé « Irish Tour 74 ».
Rory Gallagher - "Irish Tour 74" Support visuel de l’album du même nom dont il reprend partiellement la tracklist, ce film présente plusieurs avantages par rapport à son homologue vinylique. Si le disque retransmet parfaitement l’extraordinaire virtuosité et la générosité du guitariste irlandais, l’image met en lumière un autre aspect de la personnalité de Rory Gallagher, sa dimension terriblement attachante. On ne peut qu’être séduit par ce garçon aux allures de paysan, au visage enfantin, habillé d’une chemise à carreaux froissée et d’un jean hors d’usage, qui semble habité par la grâce dès qu’il touche sa guitare…

Parlons-en de cette guitare, une Stratocaster de 1961 usée jusqu’aux cordes devenue mythique, au sunburst effacé par le temps et les concerts. C’est une chose de l’entendre, c’en est une autre de la voir en action ! Et en pellicule s’il vous plait… C’est d’ailleurs un autre bonus de cet « Irish Tour 74 » en DVD, nous sommes quelques années après Woodstock et les concerts ne sont pas encore filmés en vidéo. Il en résulte une image, restaurée de surcroit, avec un grain très particulier, des couleurs qui explosent et l’impression de traverser le temps qui vous colle au siège.

Le film s’ouvre sur « Walk on hot coals », un blues rock tonitruant laissant la part belle aux improvisation d’un Rory Gallagher dégoulinant de sueur… La caméra s’arrête tour à tour sur chaque musicien, mettant l’accent sur la tension qui se lit sur les visages pendant tout le morceau. Nous sommes en 1974, les sixties sont mortes mais la nouvelle n’a pas encore traversé l’atlantique et l’ombre du psychédélisme plane encore sur ces quatre là!

On enchaîne sur un « Tattoo’d Lady » aux accents très Claptoniens (ou bien est-ce l’inverse, God lui même aurait déclaré que c’est Gallagher qui l’aurait ramené vers le blues…) avant de rentrer dans les chefs d’œuvre, les trucs pas croyables, les épiphanies musicales, tel ce « A million miles away » foudroyant. Tout y est, la passion dans l’interprétation qui se lit sur le visage de Gallagher, le son de sa guitare qui atteint le crunch parfait, sa voix chargée d’émotion et cette impression d’harmonie générale qui se dégage de l’ensemble, comme si le nombre d’or de la musique se cachait quelque part entre ces notes.

J’en fais trop ? Attends, je t’ai pas encore parlé de « Going to my Home Town » joué à la mandoline dans un mélange détonnant de Delta Blues et de tradition folk irlandaise, de « As the crow flies » avec ses envolées de slide et son harmonica qui vous transperce l’âme ou encore des missiles à tête chercheuse que sont « Cradle Rock » ou « Bullfrog Blues », qui font passer les morceaux les plus rock de Led Zeppelin pour de sages bluettes !

Ajoutez à cela un documentaire sur le bonhomme constitué d’une interview entrecoupée d’extraits de concert enregistrés en 1972 au cinéma Savoy de Limerick où l’on retrouve entre autres titres le génial « Pistol Slapper Blues » qui nous démontre que Rory Gallagher était aussi à l’aise en acoustique qu’avec une guitare électrique, et vous saurez pourquoi il faut vous précipiter sur ce DVD, témoignage vibrant du passage sur cette terre d’un mec pas ordinaire, trop modeste pour devenir le plus grand guitariste du monde mais qui l’était peut-être, après tout. C’est pas moi qui le dit, c’est Jimi.
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