"Rock Français" présenté par Philippe Manœuvre

Par Scred | le 24/12/2010 | Les autres articles sur le Rock

Rock Fort
Petit frère de « La discothèque rock idéale » paru il y a quelques années, « Rock Français » reprend le même format vinyle fort agréable à tenir entre ses mains, un format qu’apprécie tout particulièrement Philippe Manœuvre, grand ordonnateur de cette anthologie du rock français qui méritait bien que l’on s’attarde un peu sur son cas, tant il peut parfois sembler être la dernière roue du carrosse rock n’ roll.
"Rock Français" présenté par Philippe Manœuvre Mea culpa, j’ai moi-même bien souvent persiflé sur son compte, préférant me nettoyer les oreilles avec des mots anglo-saxons, toujours plus directs et efficaces (puisque moins variés), et des groupes issus de la perfide Albion ou du nouveau monde… Je persiste et signe d’ailleurs, le rock est né en anglais et il mourra en anglais lorsque notre petite planète se rendra compte que « Here comes the sun » et qu’il sera temps de prendre congé.

Il n’empêche… Depuis 1961 et les premiers remous suscités par les adaptations en français des premiers titres d’Elvis Presley, Eddie Cochran et autres Gene Vincent par des groupes météores nommés Chaussettes Noires et Chats Sauvages, sous le haut patronage d’un certain Jean-Philippe S., Johnny pour les intimes, le rock en français a écrit quelques belles pages que l’on est heureux (et curieusement assez fier) de retrouver dans cet ouvrage.

Sous la plume de nombreux spécialistes du genre, on retrouve donc une grande partie de ces albums mythiques classés par année et on identifie ainsi chaque période assez facilement, comme un écho de ce qui se passait outre-manche avec souvent un petit temps de décalage… La variété des auteurs ajoute d’ailleurs à la qualité de l’ensemble. Quand Chalumeau parle de La Souris Déglinguée, cela n’a pas la même saveur que lorsque Tonton Zegut évoque le souvenir émouvant de son père en chroniquant le « Répression » de Trust, tout comme Beigbeder qui nostalgise sur ses premières boums autour du premier album de Téléphone.

Excellent article puisque l’on en parle, où j’ai pu découvrir que nous partagions la même passion pour « Flipper » que j’ai toujours considéré comme l’un des summums du rock en français, et qui m’a donné immédiatement l’envie d’en refaire une petite, gratuite… Réflexe qui revient régulièrement à la lecture des papiers qui s’enchaînent, de l’album « Eddy in London » au « Puta’s Fever » de la Mano Negra en passant par « Les Wampas vous aiment » ou le « Concerto pour détraqués » de Bérurier Noir et voilà comment on se retrouve à beugler « Voilà des paroles faciles à comprendre » de Gogol 1er dans son salon à quatre heure de l’après-midi !

À propos du Maître, pendant que j’y pense, Hervé Deplasse écrit qu’une édition originale du vinyle de l’excellent « Retour de la Horde » figure « parmi les pièces les plus recherchées du rock français »… Ah bon ? Pourtant ce n’est pas compliqué à obtenir, il suffit d’écrire à Gogol et il vous l’enverra avec une petite dédicace sympatoche ! Il est comme ça le Maître…

Il y a également quelques enseignements à tirer de cette succession d’albums mis bout à bout. Le premier, c’est qu’il y a des périodes plus riches que d’autres et que, au hasard, la grande vague du rock alternatif ayant sévi entre la fin des années 70 et le début des années 90 (la fin de la récré ayant été sonnée par Noir Désir) nous manque beaucoup… La seconde, c’est que depuis lors, c’est un peu mort. Mis à part quelques fulgurances signées Billy Ze Kick, M, Dionysos ou Izia qui ferme la marche, le rock français a légèrement abdiqué, se laissant engluer les guitares par la fameuse « French Touch » dont le nom même laisse entrevoir la source du problème…

Alors les gars, vous savez ce qu’il vous reste à faire, « formez des groupes de rock… libres ! » comme disait Béru. En avant !
    Dîtes nous si vous avez aimé cet article.