Robert Cray - "Nothin But Love"

Par Scred | le 06/09/2012 | Les autres articles sur le Blues

Gentleman
Dans la grande famille du blues, je voudrais le gentleman. A bientôt soixante ans, Robert Cray continue son petit bonhomme de chemin en homme discret qu’il est, sans se préoccuper des modes, fidèle à son style mêlant l’élégance du blues de Chicago hérité d’un BB King avec la touche soul typique de sa Georgie natale.
Robert Cray - "Nothin But Love" Si « Nothin But Love » ne recèle pas de réelle surprise, il mérite cependant le coup d’oreille à plus d’un titre… La production pour commencer, assurée par Kevin Shirley (encore lui !) qui délaisse pour l’occasion les saturations orageuses et les envolées flamboyantes d’un Joe Bonamassa pour sublimer les phrases claires et précises chères à Cray.

Il faut dire que l’ami Robert est le contraire d’un frimeur. Pour lui, la guitare est avant tout une compagne au sens propre du terme et non pas une arme de destruction massive. Chaque solo vient souligner la mélodie, épouser le piano et la basse, et embrasser la voix suave de l’artiste sans jamais imposer de démonstration de force. Pas le style de la maison.

Du coup, l’auditeur averti peut se concentrer sur l’essentiel, les chansons et ce qu’elles nous racontent de l’amour (forcément) déçu (« Won’t Be Coming Home », « Sadder Days ») sans jamais tomber dans le pathos, comme avec « I’ll Always Remember You » où un homme découvre son lit vide un matin avec comme lettre d’adieu cette unique phrase au lieu des traditionnels « Je te quitte » ou autre « Je pars avec Stevie Ray, lui au moins il sait jouer de son vibrato », etc. Gentleman je vous dis !

Mais Robert Cray vit avec son temps et sait aussi chanter le monde qui l’entoure, cette Amérique de la crise gouvernée pour la première fois par un président noir (« A Memo » se réfère explicitement à Barack Obama, comme une déclaration d’amour Rythm n’ Blues d’un homme pour son peuple).

Un titre comme « Great Big Old House » transpire la douce nostalgie d’un pays où les gamins pouvaient encore jouer dans le jardin de leur maison avant que des huissiers ne viennent la saisir quand « I’m Done Cryin’ » nous propose une ballade sombre au cœur de la descente aux enfer de la récession, sur un blues d’un classicisme absolu ponctué par ses mots définitifs, « je n’ai plus de larmes, vous ne pouvez plus m’atteindre désormais ». C’est pas la fête, je vous l’accorde, mais ça change des refrains finissant par « baby » !

En une dizaine de morceaux, Robert Cray se faufile tout en élégance sur cet album qui, s’il ne révolutionnera certainement pas le genre, a le mérite de ne contenir aucune fausse note, uniquement des « blue notes »… On a la classe ou on ne l’a pas ! Et Robert Cray en a à revendre.
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