Rich Robinson – « Through A Crooked Sun »

Par Scred | le 15/10/2011 | Les autres articles sur le Rock

Oiseau de malheurs
Fascinante combinaison que celle formée par les deux frères Robinson au sein des Black Crowes, Chris le chanteur habité et Rich, le guitariste discret et taciturne qui ne rechigne pas à poser une voix douce et mélancolique sur quelques titres à l’occasion. Ensemble et en dépit de rapports conflictuels, ces deux là ont offert au monde une poignée d’albums inoubliables mais séparément, malgré quelques disques de qualité (de la part de Chris Robinson notamment), la magie est moins présente. Jusqu’à aujourd’hui.
Rich Robinson – « Through A Crooked Sun » Deuxième véritable album solo de Rich Robinson après « Paper » en 2004, « Through A Crooked Sun » risque en effet de changer la donne. Dans la grande tradition du « Blood On The Tracks » de Bob Dylan, le guitariste a décidé de faire l’économie d’un psychiatre et de déposer le fardeau de ses angoisses, de ses doutes et des moments sombres de sa vie en les exorcisant au moyen de douze titres impressionnants de charge émotionnelle.

La quarantaine approchant, Rich Robinson avoue avoir tout eu et presque tout perdu. Ses illusions, son mariage, sa jeunesse, la liste est longue et le corbeau est bien décidé à solder son compte avec son arme de prédilection, une guitare trempée dans l’âme des glorieuses sixties mêlée à sa voix définitivement aux antipodes de celle de son frère aîné. Tant Chris Robinson transpire la soul d’Otis Redding, tant Rich s’inscrit dans la tradition country folk, à mi-chemin entre Crosby, Stills, Nash & Young et Paul Simon.

Cela est manifeste sur des titres comme « All Along The Way », superbe ballade sudiste traversée par une pedal steel aussi légère qu’une plume ou encore « I Don’t Hear The Sound Of You » où Rich Robinson vampirise Simon sans se préoccuper de savoir comment Garfunkel va le prendre. Touché par la grâce, le guitariste aligne les morceaux de bravoure en piochant dans tous les registres, du rock psychédélique californien à contenu spirituel (« Gone Away »), aux ambiances latino chères à Santana (« It’s Not Easy ») avec solo électrique de rigueur et message anticonsumériste à la clé, en passant par une country folk ensoleillée (« Falling Again », « Hey Fear »), un style où Robinson a toujours excellé.

On notera quelques hommages appuyés aux grandes idoles du guitariste, comme ce « Lost And Found » fortement inspiré par le « Can’t Find My Way Home » de Blind Faith ou le terriblement stonien « Station Man », les chiens ne font pas des chats, encore moins des corbacs ! Mais loin de hurler au plagiat, on goûte avec bonheur ces sonorités d’un autre temps à peine réactualisées par un musicien qui n’a jamais dévié de sa route en plus de vingt ans de carrière…

Si « Through A Crooked Sun » semble avoir fait du bien à son auteur au moment de l’enregistrer, il en fait donc encore plus à l’auditeur et au fan des Black Crowes sevré de musique depuis que le groupe s’est une nouvelle fois mis en sommeil… Pour combien de temps ? Seuls les frères Robinson le savent. Cependant, il se pourrait bien que, pour une fois, ce hiatus ait des conséquences bénéfiques pour tout le monde.
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