Rétro-CD: Joe Cocker - "Mad Dogs & Englishmen"

Par Scred | le 09/12/2009 | Les autres articles sur le Rock

Haute Fidélité
L’autre jour, je flânais dans les allées d’une grande surface culturelle vers Saint-Lazare (celle qui commence par un F et qui finit par un C vous voyez qui je veux dire ?) et je suis tombé sur une conversation tout simplement hallucinante entre deux vendeurs.
Rétro-CD: Joe Cocker - "Mad Dogs & Englishmen" Le premier disait à l’autre en rigolant : « elle est pourrie la musique que tu passes » ! Et le second de lui répondre : « Normal, ça va avec le lieu »... J’ai été scotché. Il faut vous dire que, naïvement, j’avais posé ma candidature pour ce job au même endroit quelques années plus tôt et qu’on m’avait gentiment indiqué la sortie sous prétexte que je n’avais pas une âme commerciale...

Ben mon con, je commence à comprendre ce que le recruteur voulait dire par là !

Forcément, j’aime la musique. Du coup, c’est évident, je n’ai rien à faire dans un endroit où l’on vend des disques, ça tombe sous le sens, mon rôle à moi c’est d’acheter.

Monde de merde...

Je me souviens pourtant d’un gars qui bossait sous la même enseigne à Bastille, au début des années 90. Ce mec était incroyable ! Toujours disponible, il savait vous aiguiller sur un disque, vous raconter l’anecdote qui tue à propos d’un album, vous dire combien de fois le guitariste avait changé ses cordes pendant l’enregistrement de telle chanson, la mine d’or ! Et pas snob avec ça, je ne l’ai jamais entendu parler de haut à un kid qui lui demandait où il pourrait trouver le nouveau Pet Shop Boys, il se débrouillait au contraire pour lui conseiller un truc dans la même veine avec un petit surplus de qualité. Un vrai disquaire quoi.

Un disquaire du calibre de Dominique ou Larry, les patrons d’« Exodisc », un petit Record Shop de la rue du Mont Cenis dans le XVIIIème à Paris chez qui je me suis retrouvé peu de temps après la mésaventure citée plus haut.

Rhâââ, le bol d’air salvateur !

Chez Exodisc, il y a toujours un client au comptoir qui taille une bavette avec la patronne, Dom, elle même toujours en train de changer le disque sur la platine. Il y a des vinyls originaux de Led Zeppelin et des Beatles, des coffrets CD introuvables dans le commerce, des maxis oubliés et des caisses d’occasions qui s’entassent un peu partout, ça sent bon, c’est comme à la maison...

C’est au milieu de ce bordel très rock n’ roll que j’ai déniché une superbe réédition de « Mad Dogs & Englishmen », le live culte de Joe Cocker sorti l’année qui a suivi Woodstock. Deux CD de pur bonheur rock & soul comme il se doit, qui devraient n’avoir plus de secret pour personne dans un monde parfait mais le monde étant ce qu’il est (et pour les plus jeunes), un petit retour en arrière s’impose...

En 1970, Joe Cocker termine une tournée qui le laissera dans un état lamentable, tant physiquement que mentalement... L’enchaînement des dates, la fatigue, l’isolement le poussent dans les bras accueillants de la bouteille et de diverses substances peu recommandées pour les gens dépressifs. Mais le résultat est là, brillant et boulversant. La voix de Cocker déverse des torrents d’émotion sur une collection de standards habilement choisis, du rock pur et dur (« Honky Tonk Women »), du blues animal (« Feeling Alright », « Let’s go get stoned ») ou déchirant (« I’ll drown in my own tears ») en passant par un hommage à Bob Dylan (comme tout le monde à l’époque) sur « Girl from the north country » et bien sûr de la Soul, avec la meilleure reprise jamais faite du « Bird on a Wire » de Léonard Cohen ou encore ce « The Letter » des Box Tops qui atteint là des sommets rarement explorés depuis.

Soutenu dans sa tâche par un groupe en béton armé (mené à la baguette par le fameux Leon Russel) et un choeur made in Stax (avec notamment Don Preston dans le lot), le plombier de Sheffield livre ici une partition d’une puissance de feu éblouissante en une toute petite heure de plaisir. Le prix à payer pour cette perfection fût lourd pour Joe Cocker qui en restera marqué à vie... Le moins que l’on puisse faire quarante ans plus tard pour honorer ce sacrifice sur l’autel du rock est bien de rendre hommage à cet album mythique, évidemment absent des têtes de gondole de grands magasins qui osent encore prétendre agiter les talents, mais toujours bien visibles chez les disquaires dignes de ce nom.

Dom et Larry, ces quelques lignes vous sont dédiées car si le rock a une âme, c’est dans les boutiques comme la vôtre qu’elle peut encore s’exprimer.

Keep on the good work !
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