Ray Charles - "Rare Genius, The Undiscovered Masters"

Par Scred | le 19/10/2010 | Les autres articles sur le Blues

Hi Fi Génie
Il en va avec Ray Charles comme avec d’autres (peu nombreux) artistes, on n’a quasiment jamais écouté leurs albums sortis depuis la fin de leur âge d’or et maintenant qu’ils ont disparu, on se jette comme des morts de faim sur le moindre disque nous promettant de l’inédit, du jamais entendu, du truc déniché sous une caisse qui n’avais pas bougé depuis le mort du génie…
Ray Charles - "Rare Genius, The Undiscovered Masters" C’est humain, voilà tout. Parce que Ray Charles nous manque, parce qu’il a toujours un peu fait partie de la famille quand on y pense, parce qu’on se souvient d’avoir écouté « Hit the road Jack » et « What’d I say » aussi loin que l’on se rappelle, parce qu’on pleure encore en écoutant « Georgia on my mind » et qu’on pleurait de la même manière le jour de sa mort.

Alors lorsque l’on nous donne la possibilité de passer une petite heure de plus en compagnie du Genius, que voulez-vous que je vous dise, on ne se pose pas la question deux fois et on plonge, juste pour entendre à nouveau cette voix unique, revoir dans sa tête le petit homme se dandiner sur son tabouret un sourire illuminant son visage magnifique, sa peau noire et ses cheveux blancs comme les touches de son piano. J’en fais trop ? Attend, c'est pas fini.

Parce que ce serait trop facile de résumer tout cela à une histoire de sentiments. « Rare genius » est un disque formidable, qu’on ait grandi bercé par le Rythm and Blues ou pas. L’album s’ouvre sur « Love’s gonna bite you back », un petit chef d’œuvre soul flamboyant de bonnes vibrations, rythmé en entrainant qui vous donne envie de le remettre encore et encore sur la platine. Et pourquoi pas du reste, on a le temps non ?

D’autant plus que la suite vaut le détour tout pareil… « It hurts to be in love » promène sa douce mélancolie sur un blues qui nous emmène quelque part entre la cinquième avenue et Broadway, tout comme « Wheel of Fortune », la neige sur Central Park en prime. La voix de Ray Charles est fidèle à elle-même, chaude, toujours juste, familière, rassurante. Qu’elle ronronne sur « There will be some changes made » (soutenue par un solo d’orgue à faire pâlir d’envie l’ami Booker T) ou qu’elle swingue sur le diaboliquement funky « I’m gonna keep on singing », elle reste l’une des valeurs sûres, un piller indéboulonnable de ce qui reste le seul et unique R’n B ayant droit de cité.

Il n’y a d’ailleurs pas que le timbre de Ray Charles qui soit à la hauteur de la légende sur ce disque, ses mains n’avaient rien perdu de leur agilité au moment d’enregistrer « She’s gone » ou le déchirant « A little bitty tear ». Mais le titre qui justifierait à lui-seul l’achat de cet album est sans conteste celui qui le conclut (bien trop vite), un duo inexplicablement inédit avec un autre monument dans son genre, l’immense Johnny Cash.

Si ! Deux pour le prix d’un. « Why me lord » que ça s’appelle, et la question que je me pose c’est plutôt why now ? Depuis l’intro au piano électrique aux refrains chantés voix contre voix par deux des plus grands artistes américains de tous les temps sans parler des paroles bourrées d’émotion et de sincérité, tout est parfait dans cette chanson. Est-ce le contexte éminemment spirituel du morceau ? Toujours est-il qu’en l’écoutant, je n’ai pu m’empêcher d’imaginer les deux hommes quelque part ailleurs, confortablement installés sur un nuage douillet et drôlement fiers de leur coup. Normal, « Genius loves company » pas vrai ?


Note : Je tiens à remercier du fond de la barbe Turk et De Groot pour m’avoir soufflé le titre de cette chronique, je suis d’ailleurs persuadé que Léonard aurait adoré cet album, à défaut de l’avoir inventé !
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