Rance / Point Mort - Le Buzz - 25 juin 2016

Par Scred | le 30/06/2016 | Les autres articles sur le Métal

Six Pieds Sous Terre
On insistera jamais assez sur l’importance de la mouvance underground dans l’évolution et la pérennité de cette pulsation cardiaque qui permet au rock n’ roll de rester vivant (merci Christophe). La musique naît rarement dans un salon bourgeois entre la poire et le dessert, elle aime plutôt fleurir dans les caves suintantes, à l’abri des regards et de la lumière du soleil.
Rance / Point Mort - Le Buzz - 25 juin 2016 Or, c’est précisément ce que permettent les salles comme Le Buzz de Belleville, un rade informe, « trou dans le mur » comme dirait les américains jamais avares d’images parlantes, muni d’un bar à la sélection limitée, de toilettes douteuses et d’une salle en sous-sol probablement dédiée initialement à stocker de la marchandise. Étroite comme une pucelle jésuite, mal sonorisée, basse de plafond et munie d’une scène rachitique, c’est l’écrin idéal pour se concentrer sur une seule chose, la musique !

Et ce soir, c’est Rance qui invite. Supposés tenir la tête d’affiche, le groupe finira par jouer en milieu de programmation pour cause de retard et d’ambiance faite d’improvisation totale, tout ce qu’on aime ! Pratiquant un Black Metal lumineux (dixit les intéressés) évoquant les californiens de Deafheaven, Rance noie ses riffs dans un torrent d’effets et de reverb, le courant étant canalisé par une basse sombre soutenue par une batterie hypnotique, sortant de sa léthargie pour blaster l’ensemble à intervalle régulier, avec en renfort un chant fait de hurlements primaires et de hululements morbides… Expérience intéressante et, avouons-le, pas mal prenante !

Mais le groupe qui m’intéresse en premier lieu ce soir, c’est Point Mort. Issu de la fusion de divers membres de formations venant du stoner comme du métal progressif (on y retrouve l’ancien leader d’In The Guise Of Men comme le guitariste d’Escape From Paris), Point Mort se définit lui même comme Post Hardcore, ce qui en soi ne veut rien dire, et se traduit dans les faits par un entrelacement de riffs complexes alliant dissonance douloureuse et efficacité presque punk, le tout servant de cocon à des vocalises aussi puissantes que déchirantes.

Un mot sur Sam puisqu’on en parle, petite perle de chanteuse découverte par hasard qui impose sa présence à la fois lugubre et attirante de lutine goth dès les premières notes de « Ophelia ». On a du mal à réaliser qu’une telle agressivité puisse sortir d’un corps aussi menu ! Et pourtant… La taille réduite de la scène pousse le groupe à partager l’espace réservé au public, tu parles d’une communion !

L’envoûtant « Make The Loop Circle Flat » enfonce donc le clou dangereusement rouillé d’une manière plus intime encore avant d’ouvrir grandes les vannes avec « Plastic Rainbow », dernière composition du groupe qui annonce le meilleur pour la suite des évènements au regard des réactions du public (certes restreint) présent ce soir, mais qui gardera un souvenir marqué au fer rouge de leur expérience.

Car c’est aussi ça, c’est surtout ça l’underground. Une poignée d’âmes, avides d’une musique différente, de sensations nouvelles, loin des sentiers battus, six pieds sous terre.




Photographie © Entité Anonyme
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