Radiohead - "The King of Limbs"
Par Scred | le 19/02/2011 | Les autres articles sur le Rock Indépendant
Panne des Sens
En règle générale, je m’accorde le week-end pour me reposer. Une critique par jour en semaine, ça vide un peu la plume, je mets donc à profit ces deux petits jours pour recharger les batteries. Mais voilà, ce week-end est un peu particulier puisqu’il y a une semaine, Radiohead annonçait la sortie surprise de son nouvel album pour aujourd’hui, disponible uniquement en téléchargement sur leur site officiel, après quatre ans de silence expérimental. Pas le choix donc, au boulot !
Car Radiohead, ce n’est pas n’importe quoi. Quand on a à son actif des albums comme « The Bends », « OK Computer » ou le tandem « Kid A/Amnesiac », cela force le respect. Certes, depuis quelques temps le groupe s’est enfermé dans des postures diverses, maniant l’expérimentation sonore à outrance avec pour résultats une poignée d’albums assez indigestes (« Hail to the Thief ») voire inaudibles (« In Rainbows »), tout en adoptant une attitude résolument politique de court-circuit du système de distribution classique en s’émancipant des majors de l’industrie du disque, mais bon. C’est toujours Radiohead.Un mot cependant sur cette façon de rejeter le système, un système qui a fait d’eux ce qu’ils sont devenus tout de même. C’est bien beau de cracher sur les maisons de disques, les labels et les distributeurs au nom de la liberté et de l’indépendance artistique. Encore faut-il garder en mémoire que tout ce petit monde travaille, vit de ce système et que sans lui, nombre de groupes débutants n’auraient aucune chance de se faire connaître. Pour se permettre de faire ce qu’ils font, Radiohead a dû devenir Radiohead et ce grâce au système qu’ils dénoncent aujourd’hui… Bref, passons, après tout ils font ce qu’ils veulent et l’aspect un peu arrogant et populiste de leur démarche ne regarde qu’eux et doit s’effacer devant la qualité de leur musique.
C’est bien là que ça coince… « The King of Limbs » n’est pas l’album que les fans de Radiohead étaient en droit d’attendre après quatre ans d’absence et un tel déploiement d’autosatisfaction de la part de Thom Yorke et cie autour du statut de leur groupe. Pour tout dire, ce disque manque cruellement de chansons, dans tous les sens du terme. Huit titres pour moins de quarante minutes de musique, ça fait pas lourd ! Mais c’est surtout en terme de qualité que le problème se pose car si ces huit morceaux étaient géniaux, on ne viendrait pas se plaindre de la quantité !
« The King of Limbs » se divise en deux faces clairement délimitées, une première franchement expérimentale où Radiohead plonge allègrement dans un magma électro jazzy arty d’où ne ressort que le titre « Morning Mr Magpie » (et encore après plusieurs écoutes vaillantes) et peut-être vaguement « Bloom » avec son thème de contrebasse récurrent qui finit par faire son petit effet et une seconde où, enfin, quelques véritables chansons commencent à pointer le bout de leur nez.
Et là, pardon, mais on respire ! Renouant avec un son électro-rock proche de celui inventé sur « Kid A », « Lotus Flower » (premier single extrait de l’album) est certainement le meilleur titre enregistré par le groupe d’Oxford depuis « Amnesiac ». Une ligne de basse entêtante mêlée aux vocalises légères d’un Thom Yorke qui évite de larmoyer et nous voilà en présence du son que l’on attendait, une impression renforcée par la semi déception engendrée par les premiers morceaux de l’album.
On enchaîne sur « Codex », petit chef d’œuvre aérien à placer aux côtés de titres comme « Exit Music (for a film) » ou de « Morning Bells ». Un piano noyé d’échos, une voix angélique, une mélodie envoutante, on touche enfin à l’état de grâce. « Give up the Ghost » enfonce le clou avec sa guitare acoustique qui ressemble fort à une bouée de sauvetage tant le son d’un authentique instrument de musique fait l’effet d’un phare dans la nuit au milieu de cet océan électronique, avant que le fantôme ne retourne dans la machine sur « Separator », une chanson qui aurait fait une face B fort honnête à la grande époque de « Ok Computer ».
Au final, « The King of Limbs » est plutôt meilleur que son prédécesseur mais voilà, on attend beaucoup plus d’un groupe comme Radiohead qui, s’il n’est pas encore moribond, présente tout de même de sérieux signes de panne d’inspiration dans l’ensemble. Une sorte de panne des sens, mise en relief et accentuée par tout le tapage que fait le groupe autour de son statut d’exception culturelle. Et c’est bien dommage.
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