Pink Floyd - "The Wall (Immersion Edition)"

Par Scred | le 28/02/2012 | Les autres articles sur le Rock

Fissures
Chaque amateur de rock aura une histoire différente à vous raconter sur la façon dont il s’est pris « The Wall » en pleine figure… Certains ont vu la lumière, d’autres ont détesté la grandiloquence du projet, d’autres encore ont mis plusieurs écoutes avant de trouver un passage entre les gravats de l’esprit de Roger Waters, plus que jamais âme damnée d’un Pink Floyd alors au bord de l’explosion. Et puis il y a ceux qui, comme moi, ont attendu de voir le film d’Alan Parker pour tomber en adoration devant le monument.
Pink Floyd - "The Wall (Immersion Edition)" Étonnamment, c’est bien la seule chose qui manque à ce coffret Immersion, troisième du nom après « The Dark Side Of The Moon » et « Wish You Were Here », ce fameux film que l’on peut considérer comme le plus long clip de l’histoire du rock. C’est fort dommage mais après tout, chaque amoureux de « The Wall » le possède déjà non ? Inutile de faire des doublons.

« The Wall » donc, double concept album ayant servi de thérapie (ratée) à un Roger Waters dépassé par la popularité de Pink Floyd. Nous sommes à la fin des années 70, le groupe est à son apogée et Waters vit très mal cette situation, l’hystérie des fans qu’il n’arrive pas à comprendre, cet obstacle psychologique qui semble devoir le séparer du reste du monde et en définitive de lui-même. Il décide donc de lâcher la bride à sa créativité et de donner une forme concrète à ses angoisses…

Ce sera un mur immaculé, symbolisant son désordre mental et la folie ambiante qui entoure Pink Floyd, matérialisation physique de l’isolement de la rock star qui sollicite un droit d’inventaire sur sa propre vie et en profite pour régler ses comptes avec sa mère, la politique, le système scolaire, le fanatisme, la guerre, la liste est longue.

Que nous propose donc cette édition luxueuse, bientôt trente cinq ans après la parution originale de l’album ? Autant le dire tout de suite, « The Wall – Immersion » recèle beaucoup plus de trésors cachés que ses deux grands frères cités plus haut. Là où les précédents coffrets ne faisaient qu’effleurer le travail de création du groupe, cette « Immersion » porte bien mieux son nom.

En plus de l’album remasterisé accompagné d’une réédition du double live « Is There Anybody Out There ? », nous voici gratifié de deux disques supplémentaires composés de démos enregistrées par Roger Waters et le groupe en préparation de l’enregistrement du chef d’œuvre. Et là, c’est un peu comme si Pandore n’avait pas ouvert une boîte mais une malle de voyage ! Au programme, une série d’extraits de démos où nous retrouvons Roger Waters seul, passant en revue le squelette de « The Wall », comme un medley couvrant la totalité de l’album. Expérience fascinante pour qui connaît le disque par cœur… Tout est déjà là, la souffrance, la mélodie, et n’ayons pas peur des mots, le génie.

Le reste des bonus reprend par le menu chaque chanson de « The Wall » en nous présentant des versions de travail, parfois inachevées (« The Doctor », version primitive de « Confortably Numb », une version radicalement différente de « Run Like Hell », toute une série de recherches sur « Another Brick In The Wall » où l’on découvre une chanson passant d’un folk mélancolique au fameux riff funky que l’on connaît aujourd’hui), parfois très proches des versions finales, et même quelques inédits (ô miracle) tels que « Sexual Education », un blues étrange assez décalé par rapport à l’ensemble de l’œuvre, ou encore « Teacher Teacher », excellent morceau évoquant The Who période Tommy. On n’en demandait pas tant…

En complément de cette orgie musicale, le coffret contient un DVD comprenant le documentaire « Behind The Wall » qui revient brièvement sur la carrière du groupe et se concentre sur l’écriture et surtout la série de concerts qui a suivi la sortie de l’album ainsi que la réalisation du film, le clip promotionnel d’ « Another Brick in the Wall » et une interview très détaillée de Gerald Scarfe, l’illustrateur qui a donné à « The Wall » ses animations et son graphisme devenu légendaire.

Un bien bel objet donc, qui a la bonne idée de revenir sur le devant de la scène au moment où la démagogie galopante recommence à envahir la politique, de Poutine à Sarkozy en passant par Berlusconi. « The Wall » sonne comme un rappel à l’ordre salutaire et n’a malheureusement pas pris une ride depuis sa sortie… De quoi ressortir les marteaux et pratiquer quelques fissures dans nos propres murs.
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