Philippe Manoeuvre - "Rock n' Roll, la discothèque rock idéale 2"

Par Scred | le 09/10/2011 | Les autres articles sur le Rock

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Il y avait un paquet de bonnes raisons pour aimer le premier volume de cette « Discothèque idéale » au moment de sa sortie il y a (déjà) six ans… L’auteur pour commencer, Philippe Manœuvre étant un personnage terriblement attachant dans son rôle de grand frère rocker with attitude, une image d’Épinal cachant savamment un fin lettré à la culture musicale encyclopédique, tous ceux qui ont grandi en lisant ses écrits savent de quoi je parle.
Philippe Manoeuvre - "Rock n' Roll, la discothèque rock idéale 2" Le format ensuite, ces reproductions gourmandes de pochettes au presque format vinyle consolaient le lecteur de ne posséder qu’en CD certains des albums chroniqués dans le livre et tranchaient assez nettement avec les autres ouvrages du même genre qui se contentaient souvent d’une petite vignette pour laisser aux auteurs des articles la place de s’épancher sur leurs 500 albums favoris.

C’était d’ailleurs la troisième grande qualité du tome 1, cette volonté de limiter le choix à 101 albums. Pourquoi 101 ? Parce que c’est bougrement malin. Cent albums mythiques, plus un parce que le rock n’ roll déteste les trucs carrés, bien ordonnés. Oui mais voilà, même avec un bonus track, une centaine de galettes c’était un peu léger pour avoir le sentiment d’avoir tout dit, au point que le Phil Man se retrouvait très souvent à causer avec ses lecteurs des disques absents de son recueil plutôt que de ceux qui y figuraient ! Ce qui, entre parenthèses, est le plus grand plaisir d’un rock critic qui se respecte… « Comment t’as pu oublier ça, attends, je te le refait écouter, manière que tu te rendes bien compte… »

Il est donc enfin arrivé, ce volume 2, à temps pour nous en apprendre de belles sur notre musique fétiche avant la fin du monde d’après le sous-titre, et le mode d’emploi est toujours le même. On commence par feuilleter l’objet avec avidité, histoire de repérer les textes consacrés à nos albums indispensables que l’on lira en priorité, on réalisera au passage que l’on était persuadé que certains d’entre eux faisaient partie de la première fournée (« London Calling », le premier Led Zeppelin, « Kick out the Jams » du MC5 ou encore le « Are you experienced ? » de Jimi), et on exulte à la vue de certains autres que l’on pensait être le seul à avoir envie de caser (« Live after Death » d’Iron Maiden, « Degüello » de ZZ Top, le « Happy Trails » de Quicksilver Messenger Service).

Par souci d’une certaine exhaustivité, certains grands disques de tel ou tel artiste avaient été écartés du premier tome afin de privilégier d’autres albums majeurs de leur discographie… Philippe Manœuvre en profite donc pour corriger certaines injustices et rendre « Abbey Road » aux Beatles, « Let it Bleed » aux Rolling Stones, « Ziggy Stardust » à Bowie et « Wish you were here » aux Pink Floyd, ce qui était bien la moindre des choses.

Pour le reste, le jeune lecteur profitera de cette collection pour parfaire sa culture générale du rock avec quelques perles jusqu’alors réservées aux seuls connaisseurs, des Sonics aux Slits en passant par les 13th Floor Elevators, et y trouvera le moyen de trier ses quelques milliers de MP3 téléchargés au nez et à la barbe d’Hadopi pour en extraire la substantifique moelle en répondant à la question : quel Stevie Wonder écouter en priorité dans mon dossier « intégrale » ?

Le style du journaliste aux Wayfarer reste fidèle à lui-même, tantôt historien du rock, se souvenant d’une anecdote que l’on pourra faire sienne tant on aura l’impression de l’avoir vécue après l’avoir lue sous sa plume, tantôt habité par la musique, jetant aux orties la proverbiale objectivité journalistique pour plonger avec délices dans le feeling pur… Phil Man jamme avec les mots, comme si son clavier était une vieille Stratocaster, et on en redemande.

Bon, il en manque encore (toujours pas de Depeche Mode ni de Slayer, et elles sont où Joan Osborne et Ani DiFranco ?) mais ce n’est pas grave car pour les réclamations on trouvera le mail de l’intéressé à la fin du livre ! Ce qui lui donnera de la matière pour un volume trois et, n’en doutons pas, quelques uns des fous rires hystériques dont il a le secret devant son ordinateur, tard le soir, à peu près à la même heure où j’écris ces lignes en écoutant « Exile on Main St ».

Page 97 du volume 1.
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