Phil, un mauvais coton

Par Scred | le 01/02/2016 | Les autres articles sur le Métal

a commence comme une mauvaise blague… Un entrefilet dans les pages news d’un webzine américain, « Phil Anselmo raciste ? », un de plus, combien de fois l’a-t-on entendue celle-là ? On clique en se disant que c’est encore une connerie, un malentendu, Philou a dû (encore) être un peu grossier ou lourdaud et ça fait pleurer le journaliste en mal de scandale, terriblement politiquement correct de l’autre côté de l’atlantique…
Phil, un mauvais coton Et puis en fait non. Cette fois c’est la bonne. Cette fois, il va falloir ouvrir les yeux sur un fait tristement évident, Phil Anselmo est un gros enfoiré de merde. Je n’aurais jamais imaginé écrire cette phrase et pourtant elle est là, bien réelle sur mon écran qui semble, lui aussi, avoir honte. Car c’est bien de honte qu’il s’agit…

L’ami Phil, je l’ai défendu contre vents et marées, depuis des années. Les déclarations un peu limites, les drapeaux confédérés, les paroles de chansons discutables (« 5 Minutes Alone », « Stealing A Page Or Two From Armed And Radical Pagans »), je lui ai toujours trouvé des excuses, des explications, et je ne suis pas le seul… Comme si son immense talent et l’aspect indéniablement attachant du personnage lui conférait un statut à part. Ce qui était le cas d’ailleurs…

Mais là, ce n’est plus possible.

Entre le salut nazi, le « white power » beuglé très distinctement sur scène lors d’un concert en hommage à Dimebag Darrel (en plus !) et les excuses bidons après gueule de bois, Phil Anselmo a définitivement brisé le charme. Point final, on passe à autre chose. Cela ne m’empêchera pas d’écouter Pantera, Down ou SUperjoint Ritual, j’arrêterai juste de regarder Mr Anselmo comme quelqu’un de bien, y’a pas mort d’homme.

Ça aurait dû s’arrêter là. Sauf que…

Sauf qu’en allant lire un peu ce qui se disait sur les pages officielles des réseaux sociaux de quelques magazines français, mon envie de pleurer s’est transformée en envie de vomir. Pas à cause des journalistes qui partagent à 100% mon opinion sur le sujet (mais peut-il seulement y’en avoir une autre ?), mais des lecteurs…

Moi qui me revendique métalleux depuis mes plus jeunes années, fier d’appartenir à une communauté que je pensais ouverte, tolérante, haute en couleur et prompte à la provocation pour choquer le bourgeois sans arrières pensées malsaines (mis à part les quelques détraqués adeptes d’un black métal à tendance fascisante, ultra minoritaires), je me suis retrouvé plongé dans la fange réactionnaire jusqu’au cou !

Apparemment, il y a du Zemmour et du Dieudonné dans le hardos de 2016 !

Ça fait mal. D’autant plus que c’est inattendu. À lire certains des commentaires des lecteurs, Phil a dérapé, certes, mais c’est pas grave… Ce qui le serait en revanche, c’est de s’en offusquer, car dans ce cas on serait des « tapettes », des « bien pensants » ou pire, des « gauchistes » ! Putain depuis quand être gauchiste c’est une insulte ?

En allant regarder de plus près les pages Facebook desdits commentateurs, ma nausée s’est teintée de sang… Entre le minet qui affiche des croisés comme photo de couverture proclamant « Babtous Solides » (sic) entre autres horreurs (mais qui couche avec une asiatique, comme disait MC Jean Gabin, « y’a rien de pire que de tringler ce qui rebute »), le complotiste de base, antisémite et paranoïaque et le gars d’apparence normale qui distille de temps à autre une référence aux « quenelles », tout le spectre de la fachosphère est représenté…

Point commun de ces petites pourritures ? On trouve sur chacune de leurs pages des photos du Hellfest. On a peut être fait la queue pour avoir une bière ensemble, partagé un pogo ou une petite minute d’émerveillement devant la prestation d’un groupe, on était peut être assis l’un à côté de l’autre en train de manger une tartine au fromage…

Ouvrir les yeux sur Anselmo, oui. Ouvrir les yeux sur le milieu du métal, prochaine étape. Au final, et c’est bien triste mais c’est comme ça, il y a des cons partout. Et je dois me l’avouer avec un dégoût infini, même chez nous.
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