Entretien avec les responsables de la sécurité des fosses du Hellfest

Par Manu Le Barbu | le 07/02/2013 | Les autres articles sur le Métal

Petits conseils pour Slammer dans le bonheur...
Ecrit initialement le 27/06/2011 mais toujours tellement bon qu'il n'est pas superflu de rappeler à quel point ces gars sont tops - Durant les concerts, on en voit des vertes et des pas mures : des slams à tire larigot, du crowd surfing, des circle pits, des bravehearts (ou wall of death pour les intimes), nouvellement des catapultes comme disent nos interlocuteurs du jour... Et au passage, on observe un gros lot de comportements divers et variés qui rivalisent de crétinisme... Néanmoins, le pit et son activité sont indissociables de la culture des musiques extrêmes. Alors, comment s'amuser sans se blesser ou blesser les autres ? Ou comment ne pas ruiner son week end dès le vendredi soir ?
Entretien avec les responsables de la sécurité des fosses du Hellfest Pour avoir la réponse, nous nous sommes dit qu'aller en discuter avec les responsables de la sécu des fosses du plus gros festival de France pouvait être intéressant. Cela nous a aussi permis de découvrir une organisation atypique qui contribue à la bonne humeur des festivaliers.

Nous avons rencontré Benoit (aka Benito) co président de Challenger, association aidant la réalisation de soirées événementielles sur Nantes et sa région, et Stéphane (aka Fury), également co président, et responsable des 2 Main Stages du Hellfest : fosses et accès scène. Challenger ne s'occupe pas du reste du site qui est géré par une société de sécurité (NATS), mais ils peuvent intervenir en cas de problème grave ayant un caractère d'urgence. Pour les distinguer durant le Hellfest, c'est simple, les équipes de NATS portent des vestes rouges et les membres de Challenger des tee shirts bleus.

Actumusic  :  Quels sont les objets à prendre ou à éviter pour slammer ?

Stéphane  : Par rapport aux objets, c'est assez classique, les slammers ont souvent des grosses New Rock avec métal et pointes, des cartouchières, des bracelets à clous... Donc on a briefé nos gars pour qu'ils écartent les pieds et qu'ils évitent de se déchirer les bras avec les cartouchières. Mais sans ces accessoires, c'est plus pratique. Les slammers doivent arrêter de gigoter quand ils arrivent sur nous afin que l'on puisse les attraper facilement. Notre objectif est de les aider à sortir et éviter les crash bars, pas de les mettre dehors du Fest !

Benoit  : Pour éviter qu'ils tombent sur les crash bars, au risque de se blesser grièvement, il faut qu'ils se laissent attraper et rediriger vers les sorties sur les côtés de la scène. Concernant les objets, il vaut mieux éviter les cartouchières, les objets à clous. C'est mieux pour eux, pour nous et pour les gens qui sont en dessous des slammers. Au niveau des objets à ne pas avoir : il vaut mieux aussi avoir les poches vides. Si je compte les portefeuilles perdus sur le week end, je suis facilement à plus de 50. Le portefeuille est le plus souvent ramené et rendu mais il vaut mieux faire attention... Les objets précieux sont également à éviter...

Actumusic  :  En matière de slamming, quelles sont les consignes de sécurité ?

Benoit  : Au niveau des règles, il faut savoir qu'au bout d'un slam, il y a la sortie. Quand les slammers arrivent sur les crash bars, on les redirige vers une sortie, le mieux c'est qu'ils sortent le plus rapidement possible car d'autres slammers arrivent et il faut que l'on puisse les récupérer. C'est important pour la sécurité des slammers qui arrivent derrière. C'est bien d'être content et fier d'arriver devant son groupe préféré mais il ne faut pas bloquer le passage et il faut nous laisser faire notre job. Au niveau du comportement, il vaut mieux éviter de boire et mettre de la bonne volonté quand on demande de sortir. On a besoin que les gens sortent vite. On est là pour qu'ils passent un bon moment et pour protéger tout le monde. Plus vite on sort un slammer, plus vite on y retourne, et c'est important car on doit pouvoir se concentrer sur les suivants.

Stéphane  : La plupart du temps quand on a attrape des gars en slam, ils ont plus facilement tendance à nous faire un gros sourire. J'ai déjà reçu , rien que sur Cavalera Conspiracy, quatre bisous ! Très bonne ambiance à ce niveau-là.

Benoit  : Par contre, il y a un truc à éviter : ne pas essayer de monter sur la scène car là, on peut devenir très désagréables.

Stéphane  : Il y a des groupes qui incitent à monter sur les scènes, comme Suicidal Tendencies. Dans ces cas là, on est briefés par les stage managers. On laisse monter mais une fois sur scène, ce n'est pas notre responsabilité. On ne peut pas gérer 200 personnes sur la scène. Par contre, on essaye de faire en sorte que ça se passe bien. On aide les gens à descendre et éviter qu'ils se fassent mal. Mais on ne s'oppose pas au fait que les gens montent si un groupe les invite. Et généralement, tout se passe bien. J'ai été deux fois en fosse sur des concerts où le chanteur a fait monter les spectateurs sur la scène et ça s'est bien passé. Et mis à part un couvercle de boite, personne n'a rien volé.

Benoit  : Par contre, il y a une question de sécurité. Une scène n'est pas faite pour accueillir 250 ou 300 personnes. Donc il vaut mieux éviter d'y aller.

Actumusic  :  En ce qui concerne les activités pratiquées (slam, circle pit...), certaines sont-elles plus dangereuses ?

Benoit  : Dans les choses à éviter dont on n'a pas parlé, il a un nouveau phénomène dangereux : nous, on appelle ça la catapulte. Un gars s’accroupit et fait un marche pied pour projeter un autre vers la scène. Quand c'est pratiqué à trois rangs de la scène, c'est très dangereux. Nous pouvons intervenir facilement quand un slammer part à quinze rangs de nous, car on a le temps de le voir arriver. En catapulte à 2/3 rangs, c'est ingérable surtout quand il y a un rythme de slam assez soutenu. C'est ce qui est arrivé hier soir (ndlr : samedi 18 juin 2011). Un slammer a été projeté par catapulte à 3 rangs, on n'a pas pu le récupérer et il est tombé violemment avec un choc sérieux à la tête et a été évacué.

Stéphane  : En règle générale, tout se passe bien. L'état d'esprit des festivaliers est très bon et on sait que quand on vient là, c'est vraiment pour prendre du plaisir. On passe de très bons moments avec les gars. On passe de très très bons moments avec les groupes que l'on a derrière nous également. C'est mon 7ème festival depuis 2003 et il m'est arrivé de mettre une personne dehors (couper le bracelet). Sur une moyenne de 20 000 personnes par jour, on est bien !

Benoit  : Par contre, hier, j'ai failli mettre quelqu'un dehors car il a fait quelque chose de très dangereux, qui est signalé comme tel avec risque d'expulsion du festival : grimper aux mats des chapiteaux des tentes, protégés par des coffrages en bois qui en plus rappellent les consignes ! Hier, j'ai été récupérer quelqu'un qui était monté en haut du mat. Dans un cas comme ça, c'est tellement dangereux, que j'ai failli le mettre dehors, mais je ne l'ai pas fait. Par contre, il est prévenu si il refait la moindre connerie, il sera dehors.

Actumusic  :  Avez vous des relations avec les forces de l'ordre ? Avez vous déjà eu à faire appel à eux ?

En choeur : aucune ! On les salue quand ils passent mais on n'a jamais eu besoin d'eux. Tout se passe très bien sur le Hellfest, aucun incident à déplorer en ce qui nous concerne.

Benoit  : Si on a besoin d'un renfort, on se tournera plus vers NATS, la société de sécurité qui gère le reste du site et avec qui on travaille main dans la main.

Actumusic  :  Y a-t-il des groupes avec lesquels vous avez des relations particulières ?

En choeur : Oui !

Stéphane  : Elles sont généralement bonnes mis à part avec quelques big stars américaines... C'est comme dans toute partie artistique, il y a des mecs qui ont le melon et d'autres qui ne l'ont pas. La plupart des groupes sont super gentils. Quand je suis en arrière scène, ça se passe très bien avec les groupes et les managers. On peut discuter avec eux, faire des photos... C'est très bonne ambiance !

Benoit  : on a aussi noué des relations privilégiées avec certains. Il y en a que l'on a fait plusieurs fois et qui nous connaissent. Ils savent que si ils partent en slam, ils peuvent nous faire confiance pour qu'on les récupère. On l'a fait avec Madball. On était là quand le chanteur de Punish Yourself a sauté de la scène et s'est raté, se cassant les côtes sur les crash bars. On connait les habitudes des groupes, comme Watain qu'on a fait 2 fois avec leur habitude de jeter du sang. On va voir les groupes et leur manager avant les concerts pour que tout se passe bien. On est souvent remerciés par les groupes pour notre travail et ce qu'on fait pour eux.

Actumusic  :  Merci beaucoup à tous les deux pour votre temps et vos conseils. Bonne fin de Hellest !


Merci à Benoit et Stéphane pour leurs explications. Et petit message aux slammeurs : n'hésitez pas à slammer au Hellfest. Si vous venez dans un bon état d'esprit pour vous marrer, il n'y aura aucun soucis, les gars en tee-shirt bleu devant la scène sont dans le même mood. Surement parce que c'est une asso de passionnés et pas une boîte de sécu parisienne...
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