Peggy, Maggy, Jean-Pierre et les autres…

Par Scred | le 14/11/2015 | Les autres articles sur le Métal

J’ai rencontré Peggy il y a bientôt 20 ans, petite puce habillée de noir avec ses grosses baskets de skateuse, se faisant toute petite au milieu du tournage d’un court métrage dirigé par l’une de ses meilleures amies… Je devais avoir l’air fin avec mon costume de flic de la BAC pour les besoins du film mais ça n’a pas eu l’air de la déranger. Il faut dire que nous nous sommes « trouvés » comme on dit, comme une petite sœur clandestine, partageant les mêmes goûts musicaux, la même passion pour gonfler nos potes avec des discussions sans fin sur les mérites comparés de tel remix de Björk, de tel pressage allemand d’un single de Metallica, etc.
Peggy, Maggy, Jean-Pierre et les autres… Maggy, c’était à une dédicace de Korn au défunt Virgin Megastore des Champs-Elysées… Elle aussi m’a plu tout de suite. Maline, cultivée, culottée, elle officiait alors en tant que chroniqueuse pour plusieurs webzines, une collègue donc ! Après plusieurs interviews partagées, de nombreux concerts et pas mal de bières bues ensemble, elle m’a rejoint sur mon lieu de travail pendant un temps pour mettre de côté quelques brouzoufs ! Je me souviens même du soir où elle s’est décidée à écouter son cœur pour suivre un mec qui est depuis devenu son mari… Ça crée des liens !

Jean-Pierre, c’est autre chose. Je lisais les articles du bonhomme dans Hard Rock Magazine quand j’étais môme. Quelques uns de ses papiers ont changé ma vie, sans exagérer, m’ont donné envie de poser mes fesses derrière un clavier pour faire ce que je fais en ce moment même, écrire, partager mon amour de la musique, servir de médiateur entre ces groupes qui nous font vivre mieux et vous qui nous lisez, sur le web, dans la presse, tout ça. Et puis un beau jour, je l’ai rencontré le Jean- Pierre, dans le backstage d’un concert de Motörhead et on est devenus potes, juste comme ça.

Chacun à leur manière ont contribué à faire exister Actumusic. Maggy a écrit pour nous, Jean-Pierre a ranimé la flamme sans même s’en rendre compte quand elle vacillait, Peggy est désormais la rédactrice en chef du site, qu’elle illustre et illumine régulièrement avec ses photographies…

Hier soir, Maggy était sur place, heureusement proche de la scène. Elle a pu s’échapper par miracle avant que le carnage ne prenne l’ampleur que l’on connaît aujourd’hui… Jean-Pierre lui, n’a pas eu cette chance. Planqué dans un local technique, il a dû écouter la tuerie sans pouvoir rien faire, et rassembler un courage inouï pour pouvoir s’en sortir indemne, physiquement du moins car les images et les sons qui doivent aujourd’hui tourner dans sa tête, j’ose à peine les imaginer.

Peggy n’y était pas, mais elle aurait pu… Elle a toujours rêvé de photographier Josh Homme, ça s’est joué d’un rien.

Et puis il y a les autres… Tous les autres que j’ai essayé de joindre, ou dont j’ai pu glaner des nouvelles grâce aux réseaux sociaux. Ça fait du monde, j’ai la bonne fortune d’aimer beaucoup de gens.

Tout ça pour dire que ce qui s’est produit la nuit dernière, vendredi 13 novembre 2015, nous a touché en plein cœur.

Une bande d’animaux décérébrés a cru pouvoir imposer ses idées absurdes et sa vision du monde à notre société. Ils nous traitent d’idolâtres, de pervers, de mécréants pour ce que nous aimons faire, notre bonheur les fait vomir, probablement parce qu’ils en sont jaloux. Ils s’en sont pris à des gens désarmés, probablement parce qu’ils n’auraient pas le courage d’affronter des vrais combattants. Ils se sont fait sauter, probablement parce qu’ils n’ont pas le courage d’assumer leurs actes. Ils l’ont fait au nom d’un dieu imaginaire, probablement parce qu’ils n’ont pas le courage de vivre dans le monde réel.

Le monde réel, c’est le nôtre. C’est boire des verres entre potes, aller jouir d’une musique qui bouscule les convenances depuis les premiers accords plaqués par Robert Johnson sur sa guitare, c’est aller regarder un match de football où, soit dit en passant, nos p’tits gars ont collé une pile aux champions du monde en titre. C’est être libres d’être qui nous sommes.

Et libres, nous le sommes encore, parce que nous n’avons pas peur. Demain, nous retournerons nous intoxiquer avec des boissons interdites, nous nous ébattrons avec délices dans cette perversité si douce qu’en d’autres termes nous appelons « plaisir », nous continuerons à nous moquer avec intelligence (ou pas) de ce dieu fantoche que les faibles d’esprit convoquent quand leurs tripes leur font défaut.

Nous continuerons à être tous ce que EUX ne sont pas. Libres.

Photographie Jean-Pierre Sabouret, prise pendant le concert d’Eagles Of Death Metal, 13/11/2015
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