Pearl Jam - "Vs & Vitalogy"

Par Scred | le 05/04/2011 | Les autres articles sur le Rock

20 ans du matin
Je me souviens parfaitement de ma première écoute de « Vs ». Tous mes potes ne juraient que par le « Nevermind » de Nirvana, s’acharnant à reproduire sur leur guitare les quatre fameux accords qui sentaient l’esprit adolescent (ce qui tombait bien, vu notre âge) et de mon côté, j’avais envie d’être différent. Plus intelligent. Moins con que l’abruti qui avait séduit mon ex en lui susurrant « Come as you are » sur une corde en tous cas… Du coup, je suis allé voir la concurrence.
Pearl Jam - "Vs & Vitalogy" C’est amusant cette manie de toujours opposer deux groupes qui n’ont rien à voir en fonction des périodes. Après les Beatles et les Stones, les Pistols et les Clash, Depeche Mode et The Cure et avant Blur et Oasis, nous étions sommés de choisir entre le punk noisy de Nirvana et le rock énervé de Pearl Jam alors qu’il n’y avait absolument rien de commun entre les musiques respectives des deux combos, si ce n’est le timing de sortie de leurs albums !

« Vs » donc… Brûlot magnifique fait de sauvagerie débridée (« Go », « Blood »), de mélodies héroïques (« Dissident », « Rearviewmirror »), de ballades imparables (« Daughter », « Elderly woman behind the counter in a small town ») et d’introspections planantes (« W.M.A », « Indifference »), le deuxième album de Pearl Jam faisait mieux que toucher la perfection, il l’atteignait chanson après chanson avec une précision métronomique. De la voix profonde d’Eddie Vedder au son des guitares aussi sale que travaillé en passant par l’excellence de la production (Brendan O’Brien, déjà), « Vs » avait tout. J’étais fan, et moins bête que les autres, mission accomplie.

Deux ans plus tard, alors que mes camarades faisaient encore le deuil de leur idole fraichement suicidée, je recevais « Vitalogy » comme un parpaing sur la nuque. Le troisième album de Pearl Jam semblait vouloir partir dans tous les sens, comme si le groupe avait compris qu’il n’irait pas plus loin dans la voie tracée par « Vs ». Plus rock (« Spin the black circle », « Corduroy »), plus expérimental aussi (« Bugs », « Aya Davanita »), émaillé des plus belles ballades jamais composées par Eddie Vedder (« Better Man », « Nothingman »), « Vitalogy » nous expliquait tout ce dont est capable un groupe qui sait oublier l’étiquette qu’on lui avait collée sur le dos.

Et puis voilà, vingt ans ont passé, je ne revois plus ni mon ex ni mes potes et je n’avais plus posé ces deux galettes sur ma platine depuis belle lurette… Quelle connerie. Dans tous les cas. Heureusement, la sortie du coffret anniversaire célébrant (avec deux ans d’avance) la sortie de ces deux albums légendaires me donne une bonne occasion de rattraper le passé.

Peu d’inédits au programme, seules quelques chutes de studio, mais quelles chutes ! Pour « Vs », une sublime version acoustique du titre rare « Hold On », un instru signé Mike McCready (« Cready Stomp ») et ce « Crazy Mary » à la beauté dangereuse, sublimé par sa production sommaire alors que « Vitalogy » nous joue la carte des démos, avec trois versions brutes de « Betterman », dépouillée de tout sauf de l’essentiel (voix et orgue), « Corduroy » et « Nothingman », encore plus poignante dans sa version de travail.

Mais attends, c’est pas fini ! Devine ce qui se trouve sur le disque bonus… Un Live ! Nooon… Ben si, le 857ème live de Pearl Jam, au moins. Mais qu’importe. Enregistré à l’Orpheum de Boston le 12 avril 1994, soit une semaine après la mort de Kurt Cobain, il témoigne de l’énergie dévastatrice du groupe sur scène du temps de sa jeunesse et de la nôtre (« Sonic Reducer » avec Mark Arm de Mudhoney en invité surprise, « Rats », la reprise du « Fuckin’ up » de Neil Young) et de l’intensité émotionnelle qu’il pouvait dégager (« Immortality », « Oceans »). Pas énormément de surprises sur ce live mais une photographie d’un groupe au sommet de son art, avec un répertoire encore restreint aux meilleurs titres de leurs premiers albums, ce qui ne gâche rien.

Ce coffret a enfin le mérite de répondre à la question cruciale, qu’avez-vous fait de vos vingt ans ? Pour ma part, la réponse est dedans.
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