Paul Simon - "So beautiful or so what"

Par Scred | le 12/04/2011 | Les autres articles sur le Pop

Mondial Park
Nombreux sont ceux qui, comme moi, furent traumatisés par « Graceland », le chef d’œuvre de Paul Simon sorti en 1986, qui fût pour beaucoup le point de départ de la démocratisation de ce que l’on a appelé la « World Music », faute de meilleur qualificatif. Sur cet album, Paul Simon mélangeait avec bonheur ses mélodies finement ciselées à l’esprit de la musique traditionnelle sud africaine, avec chœurs zoulous et instruments locaux de rigueur. Depuis lors, Simon a poursuivi son voyage musical et ses expériences avec beaucoup de brio sur une poignée de disques sans cependant retrouver la magie de « Graceland »… Jusqu’à aujourd’hui.
Paul Simon - "So beautiful or so what" « So beautiful or so what » renoue en effet avec la recette magique de « Graceland », des chansons simples et brillantes ensoleillées par des influences traversant le continent africain jusqu’en Inde pour finir quelque part, à l’ombre des arbres de Central Park, le tout survolé par la voix toujours aussi limpide d’un Paul Simon approchant pourtant allègrement les 70 printemps. C’est d’ailleurs cette voix qui crée l’enchantement, liant les mélodies et les paroles toujours inspirées de Simon dans une sorte de miracle intemporel car son timbre n’a pas changé d’un millimètre depuis « Mrs Robinson ».

L’album s’ouvre sur « Getting ready for Christmas day », une réflexion syncopée sur la guerre en Irak qui trouvera son écho quelques titres plus loin dans « Rewrite », racontant l’histoire d’un vétéran du Vietnam sur fond de Kora. La fusion des genres opère à merveille et l’apparente légèreté de la musique contraste intelligemment avec les textes d’un Paul Simon qui n’a toujours pas oublié de réfléchir à son époque en écrivant ses chansons.

Mais Simon a également d’autres préoccupations, son âge en particulier et la suite des évènements. « The Afterlife » par exemple nous conte avec humour sur un air de griot l’ambiance dans la file d’attente menant au paradis avant de poser le problème de la foi d’une autre manière sur le sublime « Questions for the Angels », une rêverie proche du style qui l’a rendu populaire, cette folk new yorkaise à la fois élégante et nostalgique qu’il explore également sur le délicat « Love and hard times ».

Citons également au rayon des petites merveilles ce « Dazzling Blue » à mi-chemin entre New Dehli pour ses percussions et Soweto pour sa guitare, évoquant les meilleurs moments de « Graceland » (notamment « Under African Skies »), « Love is eternal sacred light » au rythme métronomique qui invite autant à la danse qu’au dépaysement, ou encore « So beautiful or so what » avec son atmosphère de blues du bout du monde…

Paul Simon nous offre donc avec cet album la suite tant attendue et espérée de son « Graceland », une collection de chansons lumineuses où brillent tout autant son talent d’écriture, l’intelligence de ses textes et sa voix unique qui s’apprête à bercer une cinquième génération de fans. Pourvu que ça dure !
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