Paul Simon - "Graceland - 25th Anniversary Edition"

Par Scred | le 11/06/2012 | Les autres articles sur le Rock

Universel
25 ans déjà… Il faisait quoi le gamin de onze ans que j’étais à l’époque ? Au hasard, je dirais qu’il était probablement assis à l’arrière de la bagnole familiale, sur la route des vacances ou du supermarché, en train d’écouter l’album de Paul Simon que son paternel avait ramené en vinyle d’un récent voyage. Dûment copié sur cassette, « Graceland » passait en boucle dès qu’il s’agissait d’avaler des kilomètres.
Paul Simon - "Graceland - 25th Anniversary Edition" C’est amusant, ce souvenir qui ressurgit du passé… Dans le documentaire « Under African Skies » qui accompagne la réédition de l’album qui nous intéresse aujourd’hui, les membres du groupe Vampire Weekend, qui doivent être à peine plus jeunes que moi, évoquent exactement la même anecdote ! Comme quoi…

C’est peut être la clé du génie de « Graceland », une musique qui donne envie d’avancer, de voir défiler le paysage, un truc qui a rapport avec la notion de liberté. Car c’est bien de cela qu’il est question, de liberté… Replaçons-nous dans le contexte historique, nous sommes en 1984, Paul Simon est lui aussi en voiture (décidément) et écoute une petite cassette intitulée « Gumboots : Accordion Jive Volume II » du groupe sud-africain The Boyoyo Boys. Cette musique le fascine au point qu’il enregistre une maquette du morceau titre en y rajoutant des paroles de sa composition.

Convaincu qu’il tient là quelque chose de nouveau, il décide de partir en Afrique du Sud rencontrer ces musiciens et d’autres afin de réaliser un projet collaboratif, la première fusion de ce que l’on appellera bientôt la World Music. Seulement voilà, en ces temps pas si reculés, l’Apartheid sévit encore et un boycott culturel drastique empêche tout artiste international de travailler avec des sud-africains, fussent-ils noirs et complètement étrangers à la ségrégation instituée par les blancs, ces mêmes artistes ne pouvant pas non plus exporter leur musique hors des frontières d’Afrique du Sud.

Avec du recul, on a du mal à comprendre l’intérêt de cet embargo… Paul Simon, quant à lui, n’a pas l’intention de se faire dicter sa conduite par un parti politique ou quelque organisation internationale. Persuadé du bien fondé de sa démarche, de son aspect artistique et humain, il transgresse l’interdit et débarque à Johannesburg où il rencontre les Boyoyo Boys, Ladysmith Black Mambazo, l’accordéoniste Forere Motloheloa ou encore Joseph Shabalala, avec qui il enregistre en une semaine une série de mélodies inspirées par la musique traditionnelle du Township mêlée à sa propre sensibilité occidentale.

De retour à New York, il commence à écrire des paroles sur ces musiques et décide de prendre un parti décisif pour le reste des évènements. Malgré le choc qu’il a reçu devant le drame de l’Apartheid, les privations de liberté, les injustices, les paroles de « Graceland » ne seront pas politiques. Entre le voyage initiatique et poétique proposé par le morceau titre, la galerie de personnages tantôt émouvants (« Diamonds On The Soles Of Her Shoes »), tantôt drôles (« You Can Call Me Al ») et les histoires d’amour compliquées propres au style habituel de Paul Simon (« I Know What I Know »), aucun misérabilisme à l’horizon, pas plus que de dénonciation.

Seules quelques titres évoquent explicitement le continent africain, le sublime « Under African Skies » avec sa rime devenue célèbre, « this is the day we begin to remember » (« voici le jour où nous commençons à nous souvenir ») en forme d’hommage à l’influence de la musique africaine, et « Homeless » même si cette dernière pourrait s’appliquer à tous les déshérités de la planète.

25 ans après sa sortie, « Graceland » n’a rien perdu de sa magie, de sa force faite de simplicité et de sa force d’attraction et démontre à quel point Paul Simon avait raison de ne tenir aucun compte des mecs en costume et de leurs désir de soumettre à l’artiste au politique… Grâce à cet album, la culture sud-africaine a explosé sur le devant de la scène internationale, servant la cause du peuple mieux qu’aucune mesure de rétention, et permis à des artistes comme Johnny Clegg & Savuka ou le sénégalais Youssou N’ Dour (qui chante sur l’album) de connaître une popularité mondiale.

Album du mois, c’est le moins, et probablement l’un des disques les plus important des trente dernières années, « Graceland » fait partie de ces œuvres universelles qui rendent l’homme un peu moins moche. Rendez-vous très bientôt à Hyde Park au festival Hard Rock Calling pour célébrer en compagnie des musiciens cet anniversaire historique !
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