Paul McCartney - "Kisses On The Bottom"
Lorsque l’on évoque les racines de Paul McCartney, on pense immédiatement aux premiers standards du rock n’ roll des années 50 qui ont alimenté les débuts des Beatles, les classiques de Chuck Berry et de Little Richards qui ont propulsé les quatre garçons dans le vent vers le succès planétaire que l’on connaît. Mauvaise pioche, « Kisses On The Bottom » ne pourrait être plus éloigné du bruit et de la fureur puisqu’il s’agit d’un album de jazz…Car bien avant que le jeune adolescent de Liverpool n’endosse un perfecto en cuir et une guitare électrique, Paul Mc Cartney a été enfant, un môme bercé par la musique de ses parents comme tout un chacun et chez les Mc Cartney, on écoutait de la variété des années 30, des chansons jazzy signées Cole Porter, Frank Loesser ou Mort Dixon, une musique qui faisait les beaux jours de Broadway à cette époque.
Avec « Kisses On The Bottom », Paul McCartney nous ouvre les portes de sa petite cuisine intime, « les chansons derrière les chansons » d’après ses propres termes, qui ont marqué le jeune garçon de manière indélébile et posé les bases de son style futur, le différenciant de celui de son acolyte John Lennon qui ne partageait pas le même background musical, ce qui agaçait d’ailleurs prodigieusement ce dernier, qui considérait McCartney au mieux comme un ringard lorsqu’il débarquait avec une nouvelle mélodie suave et sucrée. « Une chanson de grand-mère » d’après lui.
Des titres des Beatles comme « Honey Pie », « Blackbird », « Here, There and Everywhere » ou encore « Your mother should know » sans parler de ses propres compositions comme « My Love » ou « Ebony And Ivory » proviennent en droite ligne de ces chansons d’avant guerre, jouées au piano par papa McCartney à son gamin qui absorbait cet art de la mélodie comme une éponge encore inconsciente des conséquences de ses actes, s’il avait su ! On retrouve donc sur cet album une douzaine de reprises aux airs familiers même si Macca a soigneusement évité les standards du genre trop évidents, privilégiant des titres moins connus afin de maintenir un certain effet de surprise…
Et le résultat est, objectivement, plus que réjouissant. Accompagné dans son travail de mémoire par Diana Krall et son orchestre, Paul McCartney revisite ces quelques chansons comme on revient dans son quartier d’enfance en retrouvant chaque chose à sa place. Uniquement concentré sur sa voix, une première pour lui en plus de cinquante ans de carrière, McCartney livre une performance élégante et délicate, susurrant chaque mot avec légèreté sans rien perdre de son timbre inimitable, le tout enregistré en live par souci de spontanéité et d’authenticité.
Cerise sur le gâteau, on a même droit à deux inédits, des compositions maison dans l’esprit de l’album, « Only Our Hearts » et le magnifique « My Valentine », qui bénéficient de la présence de deux vieux complices de Macca, Stevie Wonder et Eric Clapton. Rien que ça. Au final, on passe un délicieux moment en compagnie de ces chansons qui flirtent avec le siècle, et qui apportent un éclairage diffus mais indéniable sur l’inspiration de l’un des plus grands compositeurs modernes. Qui n’a décidément pas fini de nous étonner.
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