Orange Goblin - "A Eulogy For The Damned"

Par Scred | le 14/02/2012 | Les autres articles sur le Métal

Opération Stoner
Ils commencent à être nombreux les groupes qui se tirent la bourre sur l’autoroute désertique du Stoner, en bon ordre derrière le président Kyuss… Parfois psychédéliques, à tendance Doom, certains transpirant le blues, d’autres le métal en fusion, la meute est parvenue à faire suffisamment de boucan pour se tailler une place de choix dans le petit monde du rock énervé, et ce n’est que justice.
Orange Goblin - "A Eulogy For The Damned" À ce petit jeu là, les anglais d’Orange Goblin ont longtemps fait figure d’outsiders de luxe, dans l’ombre du grand frère Electric Wizard, portant très haut la flamme d’un rock psyché fleurant bon l’herbe fraichement coupée et l’huile de moteur, à base de riffs compacts et de rythmiques qui donnent envie de bouffer du ruban des mouches plein les dents.

Cependant, après le très réussi « Healing Through Fire » (2007), le groupe avait semblé peiner à trouver un second souffle, repoussant sans cesse la sortie d’un nouvel album, allant même jusqu’à abandonner toute communication autour de celui-ci, une situation inquiétante qui n’a pourtant pas freiné les ardeurs de nos sympathiques gobelins oranges.

Travaillant dans l’ombre, ils nous avaient réservé une surprise de taille intitulée « A Eulogy For The Damned », un brûlot de dix titres sans la moindre fausse note qui va rassurer les fans autant que le groupe lui-même sur sa capacité à faire cramer le bitume autant que les scènes qui vont accueillir une machine Orange Goblin sacrément bien huilée et en ordre de marche.

Dix titres donc, le chiffre magique qui évite tant de remplissage inutile et permet d’aller à l’essentiel, dix petits bijoux d’inexorabilité sonore comme autant de bulldozers musicaux avec pour objectif une décharge d’énergie communicative qui donne envie d’abattre des murs de rock n’ roll tiède à en mourir, du stoner rock brutal et efficace si on résume l’affaire.

« Red Tide Rising » ouvre le feu en évitant soigneusement de faire dans la dentelle… La basse vrombit comme un moteur de cylindrée, les guitares semblent entrainées dans une spirale ininterrompue et la voix de Ben Ward tient la baraque qui donne pourtant de dangereux signes d’écroulement car enfin, les lois de la physique existent bel et bien ! On en oublie presque de respirer depuis l’intro jusqu’au final orgasmique, du grand hard !

« Stand For Something » poursuit son entreprise de destruction de tempo sur un tympan un peu plus lent, ou est-ce l’inverse ? On ne sait plus trop… Les riffs tournoyants se font hypnotiques, obsédants, la palme revenant au littéralement hallucinant « Acid Trial » qui achève de désorienter l’auditeur avant de revenir sur du rock n’ roll plus basique avec « The Filthy And The Few ». J’ai dit basique, synonyme de fondamental. Qui sert de socle, tout comme le blues fiévreux de « Save Me From Myself » qui clôt la première partie de l’album sur une note faussement apaisée.

Car c’est presque un autre disque qui commence avec « The Fog », plus sombre, plus doomesque, avec des thèmes chers au genre (fantômes, extra-terrestres et démons divers et variés), exploités sur des rythmiques lourdes et puissantes (« Death Of Aquarius ») pour finir dans une explosion psychédélique sur le morceau titre, « A Eulogy For The Damned », qui résiste à peine à la tentation progressive avant d’exploser le compteur de décibels.

S’il aura fallu cinq années à Orange Goblin pour sortir cet album des entrailles de leur terre d’Albion, il ne faudra pas moins de cinq minutes à quiconque l’écoute pour en tomber amoureux, c’est garanti sur facture ou alors je change de métier. Nos perfides gobelins aux visages pâles seront au Hellfest cette année, autant vous dire que si vous les ratez, vous aurez raté votre festival !
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