Opeth – Le Trianon – 17/10/2015

Par Scred | le 20/10/2015 | Les autres articles sur le Métal

Rêve Éveillé

Vingt cinq ans d’existence pour un groupe, cela se fête, particulièrement lorsqu’il s’agit d’Opeth qui nous a déjà habitué par le passé à de semblables célébrations, immortalisées lors de leur passage au Royal Albert Hall de Londres en 2010 sous le titre « Evolution XX », un petit chef d’œuvre de coffret DVD aujourd’hui difficilement trouvable, ce qui est fort regrettable.



Rebelote ce soir donc, dans l’enceinte vénérable du Trianon de Paris, pour célébrer dignement ce nouvel anniversaire qui est en fait double, 25 ans pour Opeth et 10 ans pour « Ghost Reveries » (2005), un album qui marqua un tournant pour le groupe pour plusieurs raisons. L’arrivée sur un label majeur d’une part (Roadrunner pour ne pas les citer), le départ de deux membres historiques (le batteur Martin Lopez et le guitariste Peter Lindgren) d’autre part et par conséquent, l’arrivée de deux nouvelles recrues qui ont depuis imprimé leur marque au sein d’Opeth, le touffu Fredrik Åkesson à la guitare et l’incontournable Martin Axenrot derrière les fûts.



Quelle meilleure façon de se souvenir de ce petit chef d’œuvre du Death Prog que de le proposer dans son intégralité à son public ? Ainsi soit-il ! Dérogeant à leur habituelle intro de concert extraite de la bande originale du film Nosferatu signée par Popol Vuh, Opeth monte sur scène à la lumière des candélabres sur les chœurs lugubres de moines à coup sûr défroqués mais ayant gardé le sens de l’harmonie… Très jolie scénographie par ailleurs, des chandeliers, des bougies évoquant la pochette de l’album, on a presque envie de chuchoter tant l’impression d’être dans un lieu de culte se fait sentir.

« Ghost Of Perdition » vient rompre le charme pour en jeter un autre, plus puissant, plus dévastateur, presque une malédiction ! « You have to live before you die young », tel est exactement le conseil que le public s’empresse de suivre… Mikael Åkerfeldt est radieux (voire même rougeoyant, la faute à un sévère coup de soleil), s’amuse toujours autant avec la foule, jamais à court de vannes, et prend un plaisir manifeste à replonger dans cet album qui a toujours fait partie de ses favoris.



Les titres s’enchaînent et l’on voyage de l’enfer au paradis, de la violence crue de « The Baying Of The Hounds » à la douce majesté de « Hours Of Wealth » en passant par le complexe et toujours passionnant en live « Harlequin Forest », sans oublier une version hypnotique de « Atonement » qui verra Åkerfeldt lâcher la bride à ses fantassins au cours d’une longue improvisation claviers/guitare, lui-même restant impassible au centre de la scène, un léger sourire sur les lèvres, profitant manifestement de la beauté de l’instant.



Après une courte pause, retour à la normale, Opeth nous offrira un set original, émaillé de titres tirés de « Pale Communion » (« Eternal Rains Will Come », « Cusps Of Eternity », « Voice Of Treason ») parce qu’il faut bien faire la promotion du petit dernier, tout en ménageant une place de choix à des titres plus rares (« To Rid The Disease » et « Master’s Apprentices », extrait du tandem « Deliverance/Damnation » qui fait l’objet d’une réédition imminente), sans oublier les classiques, « The Leper Affinity » et un final orgasmique sur « The Lotus Eater ».

Mentionnons également un petit moment de détente où le groupe a daigné se plier aux réclamations du public en improvisant quelques couplets de divers titres (« Face Of Melinda », « Hope Leaves »…) juste pour la blague, rappelant avec élégance qu’au delà de l’image un peu rigide et mystérieuse que cultive Opeth, il y a derrière le logo des musiciens qui prennent un plaisir non feint à jouer ensemble pour le plus grand bonheur de leurs fans.



Deux heures et demi de bonheur en l’occurrence, c’est le temps qu’il aura fallu pour s’assurer que la musique qui faisait vibrer les murs du Trianon n’était pas tirée d’un rêve, fantomatique ou non, mais bien issue d’un groupe hors normes, hors étiquettes, profondément sincère et à des kilomètres des contingences commerciales qui prédominent aujourd’hui. Quel dommage qu’il faille se réveiller.




Photos
© P.Cremin - Blackstage Photography
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