Opeth - "Heritage"

Par Scred | le 04/09/2011 | Les autres articles sur le Métal

Baroque 'n Roll
Chaque album d’Opeth recèle son lot de surprises, le groupe suédois étant en perpétuelle évolution depuis le death metal sanglant de ses débuts jusqu’au heavy metal de plus en plus progressif qu’il pratique aujourd’hui. « Heritage » ne fait pas exception à la règle et enfonce même le clou d’un cran. Si la noirceur est toujours au programme, elle s’exprime désormais d’une manière beaucoup plus aérienne et subtile, à la manière d’une symphonie ténébreuse et baroque, et ce pour notre plus grand plaisir.
Opeth - "Heritage" Car en effet, c’est bien de plaisir qu’il s’agit. Après une brève introduction au piano qui donne son nom à l’album, « The Devil’s Orchard » nous invite sans attendre au cœur du sujet, une guitare saturée presque médiévale secondée par un orgue naviguant entre deux eaux troubles, empruntant autant à Deep Purple qu’aux Pink Floyd, viennent soutenir le chant de Mikael Akerfeldt, débarrassé de tout gimmick death. Le timbre du leader d’Opeth n’en apparaît que plus intense et poignant et c’est comme une renaissance à laquelle nous assistons.

« I feel the dark » va encore plus loin dans ce registre, avec son orchestration légère faisant lentement monter la tension dramatique du morceau. L’auditeur est plongé dans un univers lugubre situé quelque part entre fantasy et romantisme, où l’on se doute bien que l’histoire risque de mal tourner à chaque instant… Et de fait, l’histoire finit par déraper sur « Slither », cavalcade effrénée où l’héritage (à juste titre) de Judas Priest se fait sentir tout autant que les racines obscures du métal scandinave qui coule dans les veines d’Opeth.

C’est d’ailleurs le seul moment réellement énergique de l’album, puisque de « Nepenthe » à « Marrow of the earth », Opeth va plonger encore plus profond dans les abysses d’un rock progressif inspiré aux frontières du psychédélisme (« Famine », « The Lines in my hand »), flirtant même avec les frontières du pagan (« Häxprocess », le sublime « Folklore ») tout en conservant une unité mélodique qui fait de cet « Heritage » une œuvre d’une grande cohérence.

Une œuvre, c’est le maître mot. Si « Heritage » risque de dérouter les amateurs de death metal avides de vocalises gutturales, il pourrait bien ouvrir l’esprit de ceux qui auront la volonté d’aller plus loin et de comprendre la démarche artistique du gang scandinave. Pour les autres, ceux qui découvriront la musique du groupe de Mikael Akerfeldt par le biais de cet album, c’est tout un univers qui s’offrira à eux pour peu qu’ils remontent le temps en sens inverse.

Qui sait ? Au prochain concert d’Opeth, on pourra peut être croiser des quinquagénaires en t-shirts Pink Floyd ou Yes et voir quelques affreux hirsutes se presser à un concert des Moody Blues ? J’extrapole un poil mais allez savoir… Toujours est-il qu’Opeth nous offre avec « Heritage » un album splendide, certainement l’un des plus ambitieux de leur carrière qui présage du meilleur pour la suite des aventures des fougueux suédois. Disque du mois, sans hésiter.

    Dîtes nous si vous avez aimé cet article.