Nirvana - "Nevermind (20th anniversary Super Deluxe Edition)
Par Scred | le 22/09/2011 | Les autres articles sur le Rock Indépendant
Cobain de jouvence
Quoi, 20 ans déjà ? Il faut croire. Comment sait-on que l’on est en présence de l’album d’une génération ? Et bien pour être honnête, sur le moment, on ne le sait pas. Dans le cas de votre serviteur, âgé de quinze ans à l’époque des faits, c’était même plutôt le contraire… Je trouvais la musique de Nirvana brouillonne, inachevée et pour être tout à fait honnête, le fait que la majorité de mes condisciples qui écoutaient de la dance music peu de temps auparavant se soient mis au rock bruyant grâce à ce groupe ne m’aidait pas à en devenir fan. Ce que c’est qu’être snob tout de même…
Malgré tout, je n’étais pas le seul à penser cela… Kurt Cobain lui même avait une piètre opinion de « Nevermind » et n’appréciait que très moyennement le succès de l’album. Trop policé à son goût, trop bien produit, trop de gens dans le public étrangers au fameux « teen spirit » évoqué dans la chanson, le blondinet avait le sentiment d’avoir vendu son âme et la symbolique du bébé nageant après le billet d’un dollar sur la couverture de l’album ne l’aidait certainement pas à être en paix avec lui-même. En voulant dénoncer une chose, il devenait lui même ce qu’il haïssait, éternel paradoxe.Il aurait pourtant dû voir le coup arriver. En choisissant le nom de l’album en référence au « Nevermind the Bollocks » des Sex Pistols, Nirvana avait ouvert la boîte de Pandore, le disque culte des punks londoniens n’ayant été rien d’autre qu’une opération commerciale savamment orchestrée à l’époque. Le fait que l’album en question soit un chef d’œuvre autant musical que politique ne change rien à l’affaire ! « Nevermind the Bollocks » a été pensé pour se vendre, il en sera de même pour « Nevermind », et tant pis pour l’esprit de rébellion. Et comme de bien entendu, l’un et l’autre ont causé un séisme dont on ressent encore les effets aujourd’hui.
La question reste, comment ont-ils fait ? Comment un groupe obscur de la non moins obscure Seattle a pu réaliser ce tour de force en signant l’album qui donnera le ton de la décennie à venir ? La réponse est simple, en étant là au bon moment. Les années 80 avaient été marqué par le sceau du matérialisme le plus total sous prétexte de modernité. La New Wave avec ses machines froides avait bien failli tuer le rock n’ roll et ce qui restait de rockeurs purs et durs s’abîmaient dans la grandiloquence, la technique à outrance, les shows monstrueux, la démesure pour finir par devenir presque caricaturaux.
Nirvana revenait aux fondamentaux, on passait des stades sponsorisés par Pepsi au bon vieux garage et chacune des chansons de « Nevermind » transpirait tellement la sincérité et la fraicheur que la jeunesse avide de changement ne pouvait que voir en ces trois mousquetaires la relève salvatrice qui allait enterrer les groupes adorés par leurs parents, tout comme les Sex Pistols creusèrent la tombe des géants des années 60/70.
Vingt ans et un suicide plus tard, que reste-t-il de « Nevermind » ? Un totem devant lequel les générations à venir n’ont pas fini de se prosterner et un single, « Smells like teen spirit », qui n’a toujours pas trouvé son équivalent depuis, à part peut-être le « Seven Nation Army » des White Stripes, et encore… D’où l’intérêt de se plonger dans cette édition « Super Deluxe » (il fallait au moins ça) qui nous propose pas moins de 70 titres, un minimum pour faire le tour de l’objet du culte.
Passons rapidement sur la remasterisation de l’album ainsi que sur le live au Paramount de Seattle, même si ce dernier présente l’avantage d’aligner la setlist parfaite, avec d’excellentes versions de titres présents sur le premier album de Nirvana (« Bleach » - 1989) tels que « Love Buzz », « School », « Negative Creep » ou encore « About a girl », ainsi qu’une version électrique du génial « Jesus doesn’t want me for a sunbeam » de The Vaselines.
Le principal intérêt de cette édition réside en effet dans les deux autres disques, l’un comprenant une série de morceaux enregistrés en répétition ainsi que des sessions primitives où l’on découvre un groupe en pleine recherche créative, et l’autre contenant la première version de l’album produit et mixé par Butch Vig, une version « naked » de « Nevermind » qui n’aurait certainement pas eu le même impact que celle sortie dans la commerce mais qui à l’avantage de nous proposer l’album comme Nirvana l’avait voulu au départ, brut de décoffrage. La force des chansons est toujours présente mais leur habillage déroute de par son agressivité beaucoup plus marquée (« Drain You », « Territorial Pissings », « Stay Away ») et on se prend à redécouvrir un album que l’on croyait connaître par cœur.
Un bien bel objet donc, pensé comme devrait l’être toutes les versions « Deluxe » qui fleurissent dans les bacs depuis quelques années ! A réserver aux fans cependant, en quête d’un (Co)bain de jouvence…
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