Motocultor Festival - Saint Nolff - 16 17 18 Août 2013

Par Manue Fée C. | le 30/12/2013 | Les autres articles sur le Métal

Deuxième Jour: Quand la Bretagne s'embrase...
Avec une programmation débutant à 13h, Le Motocultor nous autorise une grasse matinée bienvenue avant d'attaquer cette seconde journée de festival, qui s'annonce des plus fournie en poussière et décibels !
Ce sont les Rennais de Collapse Machine qui ouvrent le bal depuis la Supositor Stage. Et malgré cette heure tardive, ils ne doivent pas lésiner sur les moyens pour parvenir à réveiller l'ambiance, et le camping avec ! Battant le rappel des troupes à l'aide de leur Hardcore musclé, ils parviennent toutefois à secouer les festivaliers les plus matinaux, qui profitent joyeusement de l'espace clairsemé pour se lancer dans le premier circle pit de la journée.

Lever de poussière sur la Dave Mustage avec Jungle Rot. Dès les premières notes de « Utter Chaos » l'ambiance monte d'un cran. Riffs acérés, growls rauques typiquement death, accélérations rythmiques prenantes, c'est violent, mais aussi mélodique. Et le nombre grandissant de headbangers le confirme : le set des américains, trop rares sur le sol français, est percutant. Un belle salve de death old school en guise de petit déjeuner !

Les poètes teutons déjantés d'Extrementory Grind Fuckers, (tout un poème on vous dit!) sont présents en France pour la première fois, s'en excusent « We Suck ! 12 years to come in France ! », et montrent pour se faire pardonner qu'ils sont bons élèves et qu'ils ont bien révisé leurs classiques « Baguette ! Fromage ! ». Déchaînés, enchaînant les blagues, mélangeant grindcore, musique de foire, électro, ska, pop, dance, leur soupe « fun métal ? » met une ambiance de récréation chez les fous, sur scène et devant, atteignant des sommets avec leurs reprises de « No limits » et « The Final Countdown ». Ils ont tout l'air ravis de l'accueil qui leur est réservé, parions que nous n'aurons pas douze ans à attendre avant leur prochain passage en France. Un set original et festif, à l'énergie positive irrésistiblement communicative.

Changement d'atmosphère radical avec un Hacride au line up modifié (chanteur et batteur remplacés), qui enchaîne avec un son lourd de Death progressif. Armé de son nouvel album « Back To Where You've Never Been » sortit quelques mois plus tôt en 2013, et très attendu depuis le succès du précédent « Lazarus », le combo poitevin envoûte son public, venu en nombre, de ses atmosphères planantes et ses riffs puissants.

Le climat s’allège à l’arrivée de Big Jim (basse/chant) et les trois frères Motor Ed (chant/guitare) Trint Eastwood (chant/guitare) et Daff Lepard (batterie) d’Uncommonmenfrommars, qui investissent la scène de leur Punk Rock old school. Dynamiques et souriants, les quatre martiens enchaînent riffs tapageurs et blagues sympatoches avec une pêche d’enfer. Ils font monter sur scène un festivalier déguisé en moine zombie, qui se voit même invité par le frontman à gratter le manche de sa guitare. Ce dernier finira d’ailleurs ce set très convivial dans le pit, avec son micro et sa guitare, offrant à boire au public et esquivant les slammers en joie, qui continuent à être récupérés par les agents de sécurité qui l’encadrent.

Entrée sur scène fracassante pour les membres de Gorod, qui se précipitent vers le public pour le saluer, avant même de récupérer leurs instruments. Déjà présents en 2010, ils sont contents d’être là, ça se voit, et le public est également au rendez-vous pour ces retrouvailles. Leur Death est lourd et brutal, le chant grave et écrasant, les compos diversifiées et techniques. Les festivaliers et les musiciens sont en transe. Le rythme des slammers est aussi infernal que celui des décibels, et l’équipe de sécurité effectue un travail de titans pour assurer l’atterrissage en douceur des grappes de furies qui débordent des crashs bars. En cadeau de clôture, « Almaghty’s Murderer » est annoncé comme le dernier morceau, qui n’était pas prévu au départ.

Vainqueurs de l’édition lyonnaise du tremplin Headbang Contest 2013, les jeunes membres de Sustaincore savent qu’ils ont tout à gagner, et tentent de prouver que la relève est assurée, donnant tout ce qu’ils ont avec une belle énergie, devant un parterre dynamique, mais très clairsemé. Notez que le jeune frontman, sans un poil au menton, grinde en français, avec un coffre digne des plus velus.

C'est un Nick Oliveri en grande forme qui déboule torse nu, la basse aux genoux et la grimace facile. Après son passage la veille sur la scène du Glazart à Paris, et désormais dévoué à Mondo Generator, la légende de Kyuss et de Queen of the Stone Age honore le Motocultor de son Stoner lourd et puissant, aux accents bruts plutôt punk. Assez peu communicatif et plutôt statique, le combo, malgré une complicité visible, semble bien plus concentré sur ses instruments que tourné vers son public, qui d'ailleurs n'est plus aussi dense sur le parterre de la Dave Mustage qu'auparavant. Mais les titres s'enchaînent comme un chapelet, la rythmique est prenante, la hargne dégagée par le frontman à la voix éraillée et l'énergie du batteur, qui semble tabasser ses fûts directement de ses poings, ne peuvent laisser indifférent et offrent une belle démonstration de puissance. Le titre de QOTSA "You Think I Ain't Worth a Dollar, But I Feel Like a Millionaire" donnera un bon coup de fouet au public, qui en redemande.

Pionnier du Grindcore anglais, et pour la première fois en vingt-quatre ans d'existence présent sur le sol français, c'est accompagné d'un beau crachin breton qu'Extreme Noise Terror investi le Motocultor, pour y faire déferler toute la sauvagerie de leur Crust Punk. La formation est originale, composée de deux chanteurs qui rivalisent de hurlements : Dean Jones, au style punk à clous mais à l'attitude très sympathique, semblant vraiment touché par la tempête de pogos soulevée par leur prestation ; et John Loughlin, au style plus Hardcore, se donnent la réplique dans un déluge de décibels, en cohérence totale avec le nom du groupe : C'est extrême, c'est bruyant, et ça devrait en effrayer plus d'un !

L'esprit punk qui plane depuis quelques heures sur le Motocultor s'intensifie encore d'un cran, avec l'arrivée de la légende à crête rouge, The Exploited! Déroulant une setlist aux morceaux d'anthologie étalée sur trente ans de carrière, comme un passage en revue historique, mais hors d'age, culte et indémodable : Punk is not dead ! Et les écossais le prouvent, « Let's Start a War (Said Maggie One Day) », « Fuck the USA », « Holiday in the sun », « Beat the Bastards », « Dogs of War », « Sex and Violence »... Simple et terriblement efficace. Il est irrésistible de hurler les refrains le poing levé. Nick Oliveri, qui profite du concert depuis les backstages, semble apprécier lui aussi, et fini par rejoindre le combo sur scène pour participer aux réjouissances. Sourire vissé aux lèvres et à l'énergie communicative, Wattie Buchan ne s'économise pas, déambulant à travers la scène, descendant dans le pit, s'élevant sur les crash-bars pour tâter la chaleur de la foule. Côté parterre, c'est la fête, c'est la guerre, ça slamme et ça pogote à tout va. Le travail des anges gardiens de la sécurité est admirable. Et la pluie fine qui s'est intensifiée, arrosant depuis plus d'une heure la prairie du Motocultor devenue champ de bataille, ne suffira pas à faire retomber la poussière soulevée par la furie du public.

Accalmie météo, et musicale, avec le métal oriental mélodique d' Orphaned Land. Mais le début du set souffre de réglages sonores saturés de basses, de larsens qui résonnent, et la voix de Kobi Farhi s'en trouve difficilement audible. En prenant du recul sur le terrain ça s'améliore, pendant qu'une danseuse parée de soie flamboyante exécute une danse du voile, hypnotisant les fans massés en nombre devant la Supositor Stage. « I Look like a Jesus style ! You think we use religion in our music, but the only religion that we share is heavy metal !! » . La messe est dite, vêtu de sa djellaba noire, le frontman pacifiste, chaleureux et communicatif est des plus convainquant, et le public au headbang empressé, semble conquis par leurs compositions à la fois aériennes et techniques, à la frontière entre Folk, Doom, Death et métal progressif.

La pluie a enfin cessé, et un beau lever de lune est apparu derrière un filet de nuages qui défilent... ah non, c'est en fait les restes du nuage de poussière encore en suspension devant la Dave Mustage... dont s'empare énergiquement Impaled Nazarene. Précédés de leur réputation sulfureuse et présents pour leur seule date en France depuis cinq ans, les finlandais attirent la foule, malgré un son plutôt brouillon qui manque de relief. Mais les riffs sont structurés et violents, et la voix aigüe de Mika Luttinen, originale dans le monde du Black Metal, ravi les amateurs d’extrême.

La mise en place de Banane Metalik demande un peu de temps, et c'est massés en nombre devant la Supositor Stage que les festivaliers observent en attendant, le drap blanc ensanglanté tendu pour cacher les décors, pendant que les balances sont effectuées derrière, par les musiciens du groupe eux mêmes. Enfin, bruitages et grognements effrayants retentissent, accompagnant les notes du thème du Parrain, gimmick d'ouverture de cette tournée « The Gorefather Tour ». Le rideau tombe, le combo apparaît grimé en zombies rockabilly, et le set GoreN'Roll démarre sur les chapeaux de roues. Ces morts-là sont bien vivants, et leur Punk-Rock à la sauce macabre déchaîne le public. Arpentant la scène, s'armant d'accessoires différents à chaque morceau, descendant jusque dans le public, le combo est très chaleureux et communicatif. Peut être même trop communicatif, quand il s'agit de tchatcher entre deux morceaux, de commenter le travail des agents de sécurité, ou de déclarer son amour au public. C'est long et ça fini par casser le rythme. Mais les hits s'enchaînent, « Maniac », « Nice to Meat You », « Pussycat », « L'Immaculée Érection », et l'ambiance restera très festive du début à la fin.

Le Motocultor fait la part belle au Thrash Metal en accueillant ce soir les cousins Canadiens Annihilator comme tête d'affiche. C'est un réel plaisir de pouvoir observer le charismatique Monsieur Jeff Waters, extrêmement sympathique et plein d’humour, interagissant sans cesse avec le public, baragouinant dans un français à l'accent des plus chou, tout en balançant ses riffs dantesques. Une belle complicité semble unir le combo qui se partage le devant de la scène, Jeff Waters et James Padden laissant sa place dans la lumière à chacun, et ce malgré les déboires de changement récurrent de line up connus depuis les débuts. Vocalement, les graves et les aigus s'enchaînent et se relaient harmonieusement. Le set débute sur « Smear Campaign » et « No Way Out », issus de leur nouvel album « Feast » à sortir dans les jours prochains (le 23 août en Europe, le 27 pour l'Amérique du Nord). « Est-ce qu'on peut jouer encore une petite chanson pour vous ?! » le « Yeeeaaaah » hurlé par la foule arrache un frisson de par son intensité. Le groupe pioche dans toute son histoire : « King of the kill », « Ultra-Motion », « Set the world on fire », « W.T.Y.D », « Fiasco », « The Fun Palace », et termine le show avec l'indispensable « Alison Hell », qui n'a pas pris une ride en vingt ans. Rythmique et dynamisme, technique et rapidité seront les maîtres mots de ce set. En octobre à Paris et au Hellfest en juin 2014, des rendez-vous à ne manquer sous aucun prétexte !

Et c'est Rotten Sound, dont les balances n'ont pas été des plus discrètes pendant le set d'Annihilator, qui va clôre cette seconde journée du Motocultor. Mais le set débute par un « Technical problem : we broke the drums !! » … c'était bien la peine ! Mais ça repart immédiatement, et les garçons fraîchement débarqués du Summer Breeze la veille, ont l'air bien énervés! Grindcore bourrin et blasts infernaux d'une batterie transformée en sulfateuse, arrosent ce qui reste de vitalité sur le parterre, encore bien animé, et comptant bien s'éclater dans les moshes des cinquante dernières minutes de la journée.


Photos
© P.Cremin - www.blackstage-photography.com
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