Motocultor Festival - Saint Nolff - 16 17 18 Août 2013

Par Manue Fée C. | le 31/12/2013 | Les autres articles sur le Métal

Troisième Jour: Epic Day
Après Regarde les Hommes Tomber, jeune combo nantais montant, au métal puissant, planant, et à l'atmosphère aérienne hypnotique, ce sont les parisiens de Bukowski qui assurent un réveil des plus énergique à cette troisième journée du Motocultor 2013.
Leur Métal Rock rugit, à l'image du backdrop tendu en fond de scène, aux couleurs de leur nouvel album « hazardous Creatures », sorti le 15 avril dernier. Les premiers circle pits réveillent donc le festival dès 12h30, une belle ambiance pour entamer ce dernier round !

Avec Ataraxie, qui affiche ses couleurs normandes en installant le drapeau rouge sang aux griffons d'or sur la scène bretonne, l'atmosphère se couvre, recouverte d'une chape de Doom, lourde et planante. Morceaux à l'intensité progressive, tellement longs qu'ils ne prendront le temps de n'en jouer que quatre : « L'Ataraxie », « Walking through the Land of Falsity », « Face the Loss of your Sanity » et « Slow Transcending Agony », sur les quarante-cinq minutes de show qui leur sont imparties. L'Ataraxie, définie comme un état de tranquillité de l'âme, de profonde quiétude due à l'absence de troubles, cher aux épicuriens notamment, semble bien s'emparer des amateurs. Accalmie également du côté du staff sécurité, qui en profite pour souffler avant la suite des réjouissances.

Pause Conférence de presse où nous retrouvons une partie de la direction de l'organisation, afin de prendre la température du déroulement du festival en interne, dont la santé semble s'améliorer d'année en année, ainsi que les perspectives d'avenir qui s'en dégagent. Ils nous annoncent déjà 1000 entrées supplémentaires qu'en 2012, c'est bon signe !

L'annonce de l'annulation de Eyehategod à la dernière minute, pour cause de déboires de tournée semble-t-il, est accueillie avec déception dans les rangs des festivaliers. D'après le communiqué de l'organisation, programmés à Clermont-Ferrand le lendemain, ils s'y seraient rendus directement, omettant leur étape en pays breton …

C'est Jumping Jack qui enchaîne, profitant du trou dans la programmation pour offrir un quart d'heure de rab' au public en joie. Au menu de leur rock/stoner décoiffant : Riffs massifs, mélodies hargneuses et énergie brute, le tout copieusement arrosé par les pogos et les slams du public. Prestation vraiment pêchue, d'un côté de la scène comme de l'autre !

Les italiens d'Ufomammut profitent également de l'absence d'Eyehategod pour nous offrir une dizaine de minutes supplémentaires de leur Sludge psychédélique. Très peu de chant, la voix d'Urlo est plutôt comme un bourdonnement qui s'accorde à sa basse, aux riffs répétés lourdement et aux effets sonores issus du clavier. La rythmique est percutante, véritable invitation au headbang. C'est transportés la tête dans les étoiles par l'ovni pachydermique que les fans passeront ce set !

Après une séparation en 2009, The Old Dead Tree s'est reformé pour fêter les dix ans de leur premier LP « The Nameless Desease », dans une tournée qui les a déjà menés cette année au Hellfest, et qui les entraînera sur les routes jusqu'à fin octobre pour présenter leurs adieux. C'est sans surprise donc qu'ils nous offrent une setlist correspondant à l'album, à l'atmosphère sombre et calme, leur Death Métal Progressif plutôt mélancolique dédié à l'époque à Frédéric Guillemot, leur batteur décédé. Les musiciens bien en place, le set est rodé, et Manuel Munoz, en voix, alterne avec facilité les passages de chants clairs et de growls graves. Les titres s’enchaînent et l’émotion est présente, notamment sur « We cry as one », bien repris par un public qui ne se presse pourtant pas en nombre devant la Dave Mustage.

Vainqueurs du Headbang Contest de Paris, les gaulois de Lutece plantent leur micro, chapelet de crânes empalés sur le pied, en guise de décor. Et déversent leur Black Pagan, qu'ils définissent eux-même comme du « Métal épique ». Leur son est agressif et conquérant, accompagné de quelques passages plus mélodiques, presque mélancoliques sur certaines intros. Mais ça, c'est avant que la double pédale ne se mette en route et ne soulève une tempête de poussière de ses blasts tout-puissants. Les riffs de guitare ne sont pas en reste, et achèvent de déchaîner le parterre. A tel point qu'un Wall of Death sera lancé sur « Alesia ». Après un premier album démo suivi d'un EP en 2008, un nouvel album est annoncé par les guerriers gaulois « ...Our ashes blown away », dont ils nous offrent le morceau éponyme, ainsi que « Living my Funeral » et « Melted Flesh ». L'enthousiasme du public prouve, s'il en était besoin, que c'est un groupe à suivre, digne représentant de la scène Métal française.

Place au Heavy Rock old school de Mustasch. Déjà présents au Hellfest cette année, et après la tournée européenne des festivals estivaux, les suédois reviennent pour un rappel devant le public français, avec une patate d'enfer. Même si l'extrême-métalleux peut s'interroger sur la présence d'un groupe de rock dit plus « classique », qui n'entre pas dans les critères habituels de ses esgourdes, il ne pourra toutefois manquer d'admirer l'énergie dégagée par le combo, et risque d'être surpris à marquer le tempo du bout du soulier, voir même d'opiner du chef de manière satisfaite... Pour les autres, c'est slams et cornes levées assurées par ce hard rock accrocheur des plus groovy. Ralf Gyllenhammar, charismatique frontman à la voix phénoménale, au look de routier, et équipé de sa grosse ... moustache, évidemment, prouve qu'il connaît quelques mots de français en entonnant un « Voulez-vous coucher avec moi » des plus charmeur, qui, plus surprenant encore, ne semble pas faire fuir le public ! Avant de terminer son show dans le pit, sur « I will always love you ». Leur prochain concert français est programmé le 27 novembre à Paris, avant la sortie de leur nouvel album « Thank You For The Demon », prévue pour le 15 janvier 2014.

Retour à l'extrême, avec le Death sauvage de Decrepit Birth. Bill Robinson, patriote, affiche fièrement les couleurs du Motocultor en montant sur scène pour le show, le t-shirt du festival sur le dos. « Of Genocide » débute le set, mais l'ambiance devient réellement explosive avec le second morceau, « The Infestation », qui déclenche circle-pit sur circle-pit. Le chanteur est impressionnant, alternant growl, grunt et cris avec une aisance déconcertante, et un dynamisme des plus communicatif. La cohésion du groupe est palpable. Et ça headbangue de bon cœur derrière les guitares. La technicité et la puissance des compos, alternance de brutalité et de mélodie, offrent un set efficace vraiment accrocheur. Les californiens concluent en apothéose avec leur reprise de « Crystal Mountain » de Death, plus brutale que l'originale, mais pas moins vibrante. Ils nous ont offert un des grands moments du festival, et l'ouverture des têtes d'affiches de cette troisième et dernière journée de l'édition 2013.

Un soleil de plomb brille encore dans le ciel à l'arrivée de Moonspell. Casqué comme un gladiateur, le charismatique Fernando Ribeiro fait une entrée théâtrale, et débute avec « Axxi Mondi », dans une atmosphère gothique chère au combo. Mais leurs compositions ont tôt fait de repousser les frontières, ne se laissant pas enfermer dans un genre, mais jonglant comme à leur habitude avec le Black et le Death métal, une touche de Doom par ci, un écho de Pagan par là. La setlist fait la part belle à leur dernier album « Alpha Noir », sorti en avril 2012, mais n'oublie pas pour autant les hits qui ont fait la renommée des représentants du Métal portugais, et qui sont à chaque fois accueillis avec plus de ferveur de la part du public, de plus en plus dense sur le parterre de la Dave Mustage : « Ataegina », « Alma Mater », « Opium », « Vampira » et sa danseuse orientale. Le frontman porte le show, alternant avec aisance chant clair maîtrisé et growls puissants, selon les ambiances des morceaux. Communicatif, il fait même l'effort de s'exprimer (plus ou moins) en français, avec un accent tout à fait charmant, gagnant sans nul doute en capital sympathie auprès du public. Le set se conclue alors que le soleil décline et que la lune presque pleine, répondant à l'appel, fait son apparition, au son du morceau habituel et donc très attendu de clôture, « Full Moon Madness ». Épique !

Pilier du Death américain, Dying Fetus prend possession de la Supositor Stage, encore en pleine tournée de présentation européenne de son dernier album, « Reign supreme », sorti fin juin 2012. Le trio reste plutôt statique et concentré, ne bougeant pas beaucoup. Mais puissance et technique sont irréprochables. Se relayant au micro, John Gallagher à la voix profonde, active les riffs destructeurs de sa guitare, et Sean Beasley, à la voix plus éraillé, growl en matraquant sa basse, pendant que Trey Williams ne s'économise pas derrière ses fûts, mitraillant des baguettes. Les changements de tempo sont incessants, avec des parties ultra blastées qui s'enchaînent avec des passages ralentis. Le spectacle du public, violent mais bon enfant, répondant à l'appel du headbang et du moshpit, lançant un wall of death sur « Homicidal Retribution », est aussi réjouissant à observer que ce qui se passe sur scène. L'organisation devra d'ailleurs réaménager la fosse en réservant un couloir de sortie balisé pour évacuer le nombre impressionnant de slammeurs qui franchissent par les airs les barrières de protection. Comme l’annonce le titre de leur dernier album, Dying Fetus règne en maître et sans effort sur la fosse, qui s’est activée dès le premier riff, pour ne s’éteindre qu’à la conclusion une heure plus tard.

Place au thrash, avec un de ses grands représentants : Exodus, qui offre ce soir au Motocultor la dernière date de leur tournée européenne, démarrée au printemps dernier. Le set démarre sur « The Ballad of Leonard and Charles » suivi de « Piranha », « Children of a Worthless God » et « Blacklist », avant d'offrir le terrible enchaînement de « A Lesson in Violence » et « Bonded by Blood », dédié dans un bel hommage à Jeff Hanneman de Slayer. Les riffs et les solos sont enivrants, et les californiens ne laissent aucun répit à leur auditoire. Le très imposant chanteur Rob Dukes se charge de motiver les troupes, « Cicle pit Motherfuckers ! » Il se fait obéir au doigt et à l’œil par le parterre de la Dave Mustage en feu, et au moins, le temps du circle pit calme la houle des slammers qui ne cesse sinon de déferler sur une équipe de sécurité, à laquelle nous adressons un salut épaté pour le travail titanesque qu'ils ont assuré ! Le combo achève son set avec « Toxic Waltz » et un « Strike Of The Beast » très agressif, avant de quitter définitivement la scène en saluant les copains d'Orange Goblin, qui passent juste derrière.

A peine le temps de reprendre son souffle que les anglais d'Orange Goblin déboulent sur le Motocultor. Le charismatique frontman Ben Ward est généreux, tout sourire et le courant passe vraiment bien. « You're beautiful ! Woaw, Fucking amazing ! » Il a l'air aussi retourné par l'accueil qui leur est fait que son auditoire par leur puissance de feu. Accompagné d'un lightshow alternant orange et bleu, le groupe ne fait pas dans la dentelle, avec son Stoner inclassable mêlant Blues, Heavy Metal et Doom. Une sacrée performance à l’énergie dévastatrice, notamment sur « Coup de Grâce », « The Fog » ou un « Cities of Frost » dédié à Lemmy, qui soulèvent les slammeurs depuis la régie, malgré l'heure tardive et trois jours complets de festival dans les pattes. Prestation technique et puissance massive, le combo se pose en vainqueur de la prise de contrôle de la Supositor Stage pour sa clôture ce soir.

Changement radical d'ambiance avec Therion. Le dernier set de l'édition 2013 du Festival sera donc symphonique. Explosion d'effets lumineux et de fumées, le light show est énorme. Le nombre de musiciens sur scène, les costumes, les chants lyriques, les chœurs, les chorégraphies, on assiste là à une véritable représentation d'opéra métal. Durée réduite du set oblige dans le cadre d'un festival, la setlist sera concentrée, sous forme de best-of : « Rise Of Sodom And Gomorrah », « Son Of The Sun », « Abraxas » et « Ginnungagap » sont des hits très applaudis, aux refrains repris en cœur dans le public. Le groupe n’oublie pas de flatter ses fans français, en les gratifiant de leur célèbre reprise de France Gall « Poupée de cire, poupée de son », très efficace ! Le set est bien rodé, et laisse du coup peu de place à la spontanéité, mais les musiciens, bien que très concentrés, restent conviviaux. Le circle-pit ne se prêtant pas véritablement à la musique de Therion, le public, espiègle et toujours inventif malgré l'heure tardive, a trouvé la parade, et profite de « Call Of Dagon », pour se lancer dans... une chenille ! L'une des chanteuses, Lori Lewis, fait d’ailleurs remarquer que c’est la toute première dans l’histoire de Therion... Elle confirme ainsi que l'ambiance au Motocultor n'est semblable à nulle autre ailleurs !

Côté programmation, si le festival met toujours l’accent sur les groupes extrêmes, avec du death old school (Vader, Rotten Sound) et moderne (Aborted, Gorod) et du black (Endstille, Impaled Nazarene), on remarque que les horizons continuent de s'élargir, avec la présence cette année de représentants de Thrash Métal (Annihilator, Exodus), de Métal Symphonique (Therion), de Folk Métal (Eluveitlie, Orphaned Land), et même de Punk (The Exploited). Alors on y retourne l’année prochaine ? Tout d’abord, d’après la première annonce faite en ce début décembre pour l’édition 2014 du Motocultor, il semblerait bien que l’organisation soit parvenue à convaincre les élus locaux d'occuper ce même terrain de Kerboulard, à Saint Nolff. Il faut en effet savoir que ce dernier est beaucoup plus favorable à l’organisation du festival, car les investissements en matière d'aménagements nécessaires sont bien moindre : en effet, en comparaison d'autres sites déjà occupés ou envisagés, les installations électriques et l’eau courante sont déjà existantes sur place. Il y a tout l'espace nécessaire pour le parking et le camping, même si le festival continue de grandir. L'accès au site est direct et facile, car accessible directement en sortie de voie rapide. Et éloigné des zones d’habitations, ce qui limite les éventuelles nuisances au voisinage. Et le chemin balisé à travers les bois offre une balade bucolique pour ceux qui souhaitent retrouver la civilisation à pied. Bref, des commodités qui sont presque indispensables pour que le festival puisse devenir pérenne, permettant à l'organisation de concentrer temps et budget sur la programmation, les partenariats, la communication, et tous les aspects organisationnels à gérer pour le bon déroulement et le développement du festival. En tous cas chez Actumusic :.com on leur souhaite, car on espère vraiment pouvoir être au rendez-vous en août 2014, et les années suivantes !


Photos
© P.Cremin - www.blackstage-photography.com
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