Motocultor Festival 2015 - Jour 3

Par GnoK | le 12/10/2015 | Les autres articles sur le Métal

Sunday Grindy Sunday

La dernière ligne droite ça y est ! Bon sang j’ai hâte que ça finisse pour retrouver mon lit et en même temps j’ai la grosse pression parce qu’une fois le festival fini, je vais devoir concocter un report aux petits oignons. Mais ne boudons pas notre plaisir, la programmation du jour est alléchante.



D'entrée Antropomorphia impose sa présence, maquillage de série Z, posture tout en puissance. C'est du super heavy, dense comme un kouign-amann. Le rythme endiablé déchaîne le public. Devant moi un mec complètement cramé bat la mesure avec son pichet de bière vide, tel un automate démembré, traversé par des soubresauts de vie. Pantin désarticulé par trois jours de festin sonique. Le froid et la fatigue commencent à doucher l’ardeur de ces cohortes furieuses. Ambiance! Pour le dernier morceau, le guitariste fait monter sur scène un gamin qui gratifie le public d'un \m/ plein de conviction. Il déclenche ainsi une ovation générale et fait la fierté de ses parents. La prochaine génération est en marche.



L’intro de Kataklysm m’évoque un blockbuster hollywoodien : c’est épique. Une définition qui colle plutôt bien au Melodic Metal même si cela peut sonner comme un oxymore aux non-initiés. Les groupes francophones ont globalement une meilleure interaction avec le public, cette formation québécoise ne déroge pas à la règle. Avec les provocations de Maurizio Iacono comme : « Faut bouger c est pas les Back Street boys. C'est Kataklysm tabernacle ! » il est inconcevable que le pit ne se démène pas pour signifier son avis divergent. Les spectateurs sont des offrandes humaines amenées devant l'autel de sacrifice. C’est rugueusement efficace.



Krysium à peine lancé ça pogote direct. La foule s'agglutine, comme des mouches attirées par l'odeur envoûtante d'une carcasse pourrie. Le pit est en pleine combustion spontanée, ça circle pit instinctivement. Chaque riff rageur est une rafale de mitrailleuse lourde destinée à nous déchirer les tympans. La pauvre batterie se fait bourriner par un véritable Moissoneur-Batteur en surrégime. Un autre circle pit s’est formé spontanément, la foule en colère a décidé d'en exécuter un à chaque morceau. La pluie commence à tomber, encore un circle pit, ça finit par ressembler à une grande essoreuse humaine. Je ressors lessivé avec une très grosse et bonne impression.



On ne présente plus Sepultura, ils le font tout seuls. Exit les frères Cavalera, mais l’âme est-elle toujours là avec un line-up profondément modifié ? Ne reste plus de la formation originelle que XXX le guitariste. C'est avec Slayer un de mes groupes phares, les types que tu suis depuis leurs premiers albums, un peu comme des oncles bourrins qui ont accompagné ton adolescence. Étrange sentiment, les titres de Sepult sont devenus tellement « classiques » qu’on pourrait les écouter comme la Macarena. J’efface immédiatement ces pensées hérétiques en récitant comme un mantra Refuse/Resist. Le nouveau crew s’est réapproprié l’héritage, en le mettant à jour, un peu plus péchu, plus acéré, toujours aussi efficace. La foule ne s’y trompe pas, le pit ressemble à une grosse bétonneuse. J’ai quand même le sentiment que c’est du réchauffé, que c’était meilleur avant le passage aux micro-ondes.



Psycroptic nous sert encore du bon gros et gras hardcore bourrin, mais pas que, la voix est moins... ou plutôt plus... harmonieuse. Toute proportion gardée, la perf ressemble quand même à une surenchère de beuglements et onomatopées. Mais étonnement en fin de festival cela me semble tout à fait anodin.



Un peu de mélodies gracieuses d'Agalloch pour sécher le sang qui me coule des oreilles.



Alors que les musiciens de Trivium ne sont pas encore sur scène, le public déjà acquis à leur cause scande leur nom comme une invocation. Il est toujours délicat de donner son avis sur un sujet non maîtrisé ou sans intérêt propre, Trivium fait partie de ces nombreux groupes qui me sont inconnus, et malgré les ingrédients respectés (décor, jeux de lumière, qualité de la musique, orchestration efficace) je n’accroche pas trop. Un peu trop plan-plan, trop carré, trop propre: j’ai l’impression de me trouver devant une machine bien huilée avec un marketing efficace.



Orange Goblin is the new Black. Ah la bonne claquasse, une vraie voix de bonhomme, un style inclassable oscillant entre le hard, le heavy, le black, une palette complète. Pas de temps mort, tout s’enchaîne sans répit. Le public est ferré et ne sera relâché qu’à la fin du set.



Avec un nom comme Septicflesh, je m’attendais à quelque chose de cradasse, une fosse septique quoi! Eh bien non, la voix est posée, c'est carré, propre, efficace. Le son est puissant, riche, les arrangements symphoniques, à la limite de l'épique. Étonnante découverte.



Opeth clôture le festival par du métal progressif, une note douce et moelleuse comme un dessert. La montée en puissance est lente, inversement proportionnelle à mon ennui. Le public me semble statique, contemplatif, pas étonnant d’ailleurs c’est le service minimum pour l’interaction avec la foule. Le rythme commence à s’accélérer, entendons-nous bien, au rythme d' un tracteur en côte. Mes premières impressions furent trompeuses, ces enfoirés m’ont bien eu, car techniquement rien à redire c’est pointu, ils connaissent leur boulot. Le rythme part en crescendo et je suis soudain immergé dans leur son, dans leur monde. Un peu hébété, je mets du temps pour revenir au monde réel. C’est une très bonne découverte, même si j’ai trouvé la prestation un poil courte et un peu froide.


Tout ce qu'il mérite... c'est un bon coup de pit


Impossible de clôturer ce report, sans parler de la substantifique moelle, de la définition d’un festival, des raisons qui nous poussent à nous lancer dans cette folle équipée sauvage. Personnellement la rencontre improbable qui suit le décrira parfaitement.


Un inconnu au t-shirt barbouillé m'aborde, me dit qu'il aime bien les Asiatiques. Mon sphincter se raidit naturellement. La dernière fois qu'on m’a dit ça, j'étais dans le Marais (quartier parisien avec une connotation marquée pour un transit intestinal déviant) et je vous épargnerais les détails scabreux. Il m'offre une gorgée de sa bière, dont la composition douteuse recèle quelques cendres de cigarette et de la matière organique en suspension. La politesse m'enjoint de siroter doucement et de m'envoyer une prudente gorgée au fond de mon gosier asséché.


S'ensuit un monologue croustillant sur le temps jadis de ces 15 ans chez ses parents, du film crypté de Canal+ le premier samedi soir du mois (mimé s'il vous plaît, de façon fort imagée et sonore). Je vous ferais grâce des détails oscillatoires de sa levrette improvisée avec sa/son imaginaire partenaire. « C'était de la branlette méritoire, pas comme maintenant où tu peux ouvrir YouPorn avec n'importe quel ordinateur ». Ses mots résonnent encore dans ma tête. L'essence même d'un festival par rapport à l’écoute d’un CD ou aller à un simple concert : de la branlette méritoire !


Le mot de la fin sera attribué à un confrère photographe, plus exactement à son pied, sur le chemin de la sortie : « Putain, il y a quelqu'un qui a chié sur la route ! ». À l'année prochaine, les deux pieds dans la boue !



Photos :
© P.Cremin - Blackstage Photography
© WBP - Wild Bear Photography
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