Motocultor Festival 2015 - Jour 2

Par GnoK | le 09/10/2015 | Les autres articles sur le Métal

Saturday Night Ferveur

Le réveil est difficile, mon corps est fourbu, mes oreilles bourdonnent encore. Note pour plus tard : ne pas oublier ses bouchons d’oreille. Mon cerveau embrumé à du mal à se mettre en route, je passe hélas les premiers concerts dans une belle nappe de brouillard breton. Ma tête ressemble à une meule de foin, ça pèse des tonnes et pique comme des aiguilles. Je me dis que je vais me refaire une santé en mangeant quelque chose, mais devant les multiples files d’attente devant les différents stands, j’ai la désagréable impression de me retrouver à la sécu un jour de gros rush.



Putain Sodom ont rajouté un accélérateur de particules au sound system ? Le son à l'air plus dense, plus lourd qu'hier. À quel moment un groupe devient-il UN groupe ? J'ai ma petite idée : à priori quand le public devient un tas de chair palpitant et indépendant qui n'a plus besoin de son groupe-hôte pour vivre. Ou alors quand les slameurs se déversent à grands flots dans la gueule béante du pit. Prises sous la mitraille du son furieux, des vagues humaines incessantes s'écrasent sur l'inexpugnable forteresse Sodom, qui telle la Révolution, dévore ses enfants, les digère et les recrache par le sphincter de la République. Enfin je digresse, mes oreilles ont pris leur pied, d’autres malchanceux ont sûrement pris des pieds dans leurs oreilles vu que le pit ressemble à un chaudron bouillonnant.



Changement de scène et d’ambiance avec Bombers où je suis parti me reposer les acouphènes sur du bon Heavy classique. La prestation est bonne, la carrosserie semble moins vaillante que le châssis malgré l’évident kilométrage. C’est huilé et ça ronronne comme du Motorhead. Ça me ramène en arrière dans les années 80 quand je faisais mes armes sur Led Zep. Quand Abbath balance au public des piques croustillantes comme: « Turn around... so I can shoot you in the back. », je me demande s’il est anglophone vu son manque de réaction. À moins que justement il ne souhaite pas louper le spectacle. Le public connaît bien les paroles, ce qui change des sempiternels mugissements bovins accompagnant le chanteur.



Avec un nom comme Carcass, ça ne peut que meuler, tronçonner, débiter de la bidoche à la chaîne. J'ai la vague sensation de risquer une chute d'organes à chaque riff rageur, bourrinage de batterie ou hurlement caverneux. Rien à (re)dire.



Mes petits chouchous d'Ultra Vomit ont réussi le tour de force d’être à la fois dans le report général et la rubrique WTF. Il est difficile de les classer dans un genre tellement ils en sont un à eux tout seuls. C’est osé, mais je dirais du Happy Metal. C’est un grand fourre-tout de grand n’importe quoi, pour moi le groupe représentatif du Motocultor, une ambiance festive, du joyeux bordel à l’état pur, mes détracteurs diraient comme mes reports. C’est rafraîchissant de voir un groupe qui ne se prend pas au sérieux. C’est tellement con et tellement bon et le public le sait bien, il entonne avec allégresse des titres improbables remplis de jeux de mots à la limite du scabreux et vaseux. Avec au final un épique et scatologique Wall of Chiasse avec le Pipi et le Caca face à face. Je ne suis pas fan pour rien j’imagine. Ah oui au fait « Guillaume tu n’es qu’un pauv’ connard ».



On peut être une tête d’affiche et ne pas me faire bouger un cil. Hier c’était Eluveitie, ce soir c'est Death DTA. Pourtant les ingrédients sont là, riff endiablés, son lourd et gras. On pourrait même dire que les poncifs sont usés. Mais plus je m'immerge dans leur univers, plus je me rends compte qu'il faut prendre son temps, comme une bonne mayo qui monte doucement. Après tout pour le groupe précurseur du genre Death il aurait été con de passer à côté à cause d'une première impression. Surtout que le groupe s’est reformé pour les 20 ans de leur album Symbolic : bel hommage à Chuck Schuldiner décédé il y a plus de dix ans.



C’est plutôt rare de croiser des groupes de métal instrumental, mais tant mieux, car parfois quand le chanteur commence à l’ouvrir, mes oreilles pleurent du sang. L'ambiance est contemplative, les musiciens de My Sleeping Karma semblent enfermés dans leur bulle, le rythme est lent, le public est statique, voire plutôt en transe, se laisse bercer par les mélodies. Et soudain surgit une éruption de rythme furieux et psychédélique. C’est particulièrement jouissif de se laisser entraîner dans leur monde.



Et en parlant d’un autre monde retentissent au loin les clameurs du public de Brujeria, groupe mexicain bourrin à souhait, si je devais les définir en deux mots ça serait : Apocalypse Tijuanow. Ou Tequila frappée. Avant même de te les enquiller, tu sais que tu va avoir mal, que tes tripes seront remuées. Tu sais d’avance que tu n’en sortiras pas indemne et pourtant tu y fonces quand même tête baissée. À la seule différence que tu es la tequila et que le pit est le verre.



Avec God Seed, la messe noire est dite. On se finit avec du Black métal en mode Power brutasse. Gaahl, le frontman, apparaît comme un gourou des temps anciens, un prophète des âges sombres au visage peint à l’image des divinités païennes. Chacune de ses paroles est un prêche balancé à ses ouailles. Le son est violent comme il faut, façon Black & Decker. Le pit ressemble à l’établi d’un savant fou qui aurait abusé de stimulants, ça meule, ça perce, ça martèle.



Photos :
© P.Cremin - Blackstage Photography
© WBP - Wild Bear Photography
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