Mano Solo 1963 - 2010

Par Scred | le 11/01/2010 | Les autres articles sur le Rock

Mano, salaud !
Et ben voilà, fallait que ça arrive... Depuis le temps que tu nous la promettais, ta mort.
Mano Solo 1963 - 2010 Depuis le temps que tu nous chantais ton départ, que tu nous chialais ton lent pourrissement, et bien c’est fait. Espèce d’enfoiré, tu l’a bien choisi ton moment pour nous laisser tout seuls... Est-ce que c’est ton pays qui commençait à te dégoûter de la vie ? Toi qui nous parlait de ce qui se passe de Barbès jusqu'à place de Clichy, tu n’as pas dû l’encaisser avec le sourire cette histoire d’identité nationale. Tout comme ces sans-papiers explusés, ces sans-abris oubliés, tous les sans-quelque chose en fait...

La première fois que j’ai entendu ta voix, j’habitais depuis peu chez une jolie blonde aussi hippie qu’on peut l’être, dans un appartement grenoblois où tout se trouvait au niveau du sol... C’est donc allongé sur un coussin indien que j’ai entendu « La Marmaille Nue » pour la première fois, conditions idéales s’il en est. Et chose incroyable, j’en ai oublié le temps d’une écoute les doux yeux de ma partenaire pour t’écouter me raconter tes histoires de misères, de chagrins, de colères et de mort.

Loin de casser l’ambiance, et en cela la très chère blondinette savait parfaitement ce qu’elle faisait, tes mots ont rempli la pièce et mon coeur d’images familières et pourtant inconnues, d’un sentiment d’intimité très fort, comme si par ta bouche s’exprimaient des vérités enfouies au plus profond de moi. J’ai été ému, ravi, troublé, en un mot transporté... Moi qui n’avait jamais rien attendu de la chanson française depuis la mort de Léo Ferré, je me suis vu obligé de réviser mes opinions.

La suite, tu la connais. Chaque album de toi qui sortait amenait son lot d’histoires de paumés magnifiques, d’errances sublimes, de cris de rage et d’injustice face à ta vie qui foutait le camp, à celle des autres autour de toi, toxicos, séropos, marginaux de tous poils qui ne valait guère mieux. Mais c’était ta vie, leurs vies, la vie quoi...

Ta vie, tu l’avais commencée sous le signe de la révolte. Fils du dessinateur Cabu, l’une des dents les plus dures de Charlie Hebdo et d’Isabelle Monin, fondatrice du magazine écolo « La gueule ouverte », tu n’a jamais cessé de l’ouvrir, ta gueule, et de te montrer digne de l’héritage famillial. D’abord punk au sein des Chihuahuas, tu as vite senti que ta sensibilité et ta poésie s’exprimeraient mieux dans un cadre moins agressif, sans être moins violent pour autant... Alors la chanson. Réaliste, engagée, écorchée, vraie.

Pour lieu de prédilection tu avais choisi « la p’tite scène » du Tourtour, un rade confidentiel vers les Halles à Paris, un endroit à taille humaine qui te ressemblait. Depuis ces planches couvertes de ta sueur et de tes larmes, tu nous a offert quelques disques inoubliables, « Je sais pas trop », « Internationale Shalala » entre autres. Et puis grâce aux nouveaux traitements contre le SIDA, tu as pu gagner un peu de temps sur la fatalité, faire s’éloigner la faucheuse quelques années de plus et remplacer parfois toute ta tristesse par une joie sincère, sans jamais oublier cette colère qui te faisait tenir debout.

En 1997 dans ta chanson « Je suis venu vous dire », tu nous avais donné un mode d’emploi pour ce moment de merde que nous vivons aujourd'hui, tu disais « Mes amis, ne pleurez pas. Le combat continue sans moi. Tant que quelqu'un écoutera ma voix, je serai vivant dans votre monde à la con »

Ainsi soit-il Emmanuel dit « Mano » Solo, bonne route vers un ailleurs moins moche.

Pendant ce temps là, moi je reste collé sur le pavé avec un sacré coeur gros comme toi...
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