Lou Reed and Metallica - "Lulu"
Metal up your Lou
Voici que nous arrive l’album de toutes les craintes… La chose est suffisamment rare pour être soulignée. Il est peu courant en effet d’avoir la trouille d’écouter un disque ! C’est pourtant bien de la peur qui a envahi les cœurs des fans de Metallica lorsqu’ils ont appris le lancement du projet « Lulu », collaboration hautement improbable entre les thrashers californiens et Lou Reed…
Il faut les comprendre aussi. Quel point commun peut-on trouver entre le poète maudit de New York et nos quatre cavaliers de l’apocalypse ? D’autant plus que l’ami Lou Reed n’a pas vraiment sorti de musique potable depuis, voyons… « Transformer » ? (Qui a dit « Loaded » ?) Et paradoxalement, c’était peut-être cette apparente incompatibilité d’humeurs qui pouvait donner naissance à un album aussi étonnant qu’inclassable. Inclassable, « Lulu » l’est sans le moindre doute. Se présentant sous forme d’un double album composé de dix titres, il vous prend en traitre dès la première écoute en laissant à l’auditeur un drôle d’arrière goût dans la bouche, une impression confuse qui peut se traduire par « c’est quoi ce truc ? », sans vraiment arriver à définir si ce que l’on écoute est bon ou pas !
Car on s’y perd un peu, déstabilisés par un mélange de spoken word de la part d’un Lou Reed qui se rêve en Johnny Cash période « American » et des Metallica qui naviguent entre riffs consensuels (« Brandenburg Gate » qui revisite « Knockin’ on Heaven’s Door », « Iced Honey ») et purs moments de thrash avec du poil sous les aisselles (le furieux « Mistress Dread », « Dragon », « Frustration »), le tout entrecoupé de morceaux réellement intéressants comme l’envoûtant « Little Dog », « Cheat on me » où Lou Reed se décide enfin à pousser la chansonnette, ou encore le titre fleuve ( 19 minutes !) « Junior Dad », belle collection d’ambiances apaisées qui évoquent quelques souvenirs du Velvet Underground dans l‘utilisation qui est faite d’un violon en souffrance.
Accordons cela aux musiciens, même si « Lulu » n’est pas le genre d’album que l’on remet dix fois de suite sur sa platine, le travail accompli méritait de l’être. Même si Lou Reed comme Metallica en sont à un point de leur carrière où ils peuvent se permettre à peu près toutes les excentricités, ils fallait oser sortir de leurs tripes cette musique étrange qui ne tombe pourtant pas dans le piège de ce que l’on peut qualifier d’expérimental (chiant en d’autres termes) et qui méprise cordialement toutes les contingences commerciales.
Ceci dit, c’était bien marrant les gars, mais maintenant il serait temps de donner un petit frère à « Death Magnetic », d’arrêter de traîner aux cérémonies officielles (le groupe avait rencontré Lou Reed au Rock n’ Roll Hall Of Fame) histoire de ne pas nous ramener un Elton John qui traînerait par là, et surtout, surtout, de trouver un bon illustrateur pour la prochaine cover parce que celle-là pourrait obtenir le prix de la pire pochette d’album de la décennie ! Mais bon, on ne juge pas un livre, etc.
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