Les Têtes Raides au Bataclan - 28/03/11

Par Scred | le 30/03/2011 | Les autres articles sur le Rock Indépendant

Têtes Rock
Les Têtes Raides au Bataclan… Autant dire les sardines à l’huile ou le Picon bière tant le groupe de Christian Olivier reste indissociable de la salle parisienne ! Question d’ambiance, de chaleur, d’histoire aussi et dieu sait s’il y en a à raconter des histoires sur ce lieu et sur les litres de sueur que les Têtes Raides ont fait couler dans ses murs, la leur et la nôtre…
Les Têtes Raides au Bataclan - 28/03/11 Squattant le Bataclan une fois par semaine depuis un mois, comme un rendez-vous inédit et original, ils avaient ce soir choisi Chet Nuneta pour chauffer la salle en douceur. Entre Dead Can Dance période « Spirit Chaser » et musique Gnawa en passant par des chants traditionnels roumains ou napolitains, Chet Nuneta donne une résonnance particulière au terme « musiques du monde »… C’est en effet un voyage passionnant qui est proposé au public, ainsi qu’une invitation à la réflexion sur l’importance de s’ouvrir aux autres et à leurs cultures, ce qui en cette période nauséabonde où certains mal finis déclareraient ne plus reconnaître leur France, est assez salutaire.

Choix judicieux donc de la part des Têtes Raides qui vont pourtant prendre à contre-pied l’atmosphère rêveuse qui s’était installée dans la foule en entamant leur concert bille en tête (forcément) avec un « Fulgurance » tonitruant ! Qu’on se le dise, les Têtes Raides sont un groupe de rock et ce plus que jamais ! Bien décidés à jouer la carte de l’énergie, ils vont d’ailleurs s’appliquer à appuyer là où ça fait mal, guitares en avant, en piochant allègrement dans les titres les plus remuants de leurs derniers albums (« Angata », « So Free », « J’m’en fous », « Civili ») et en exhumant quelques vieux souvenirs tels que les très jouissifs « Journal » et « Les Prisons » tirés du préhistorique « Mange tes morts » ou encore l’inévitable « Gino » repris en cœur par un public toujours complice.

La part belle sera cependant donnée à « L’an demain », dernier chef d’œuvre en date du groupe qui sera joué presque dans sa totalité avec en bonus quelques chansons extraites du nouvel EP inédit « Les Artistes » dont le morceau titre qui justifierait à lui seul l’écoute du disque !

C’est déjà le rappel (le premier de trois, chose suffisamment rare pour le souligner) et le moment que choisit Christian Olivier pour évoquer la mémoire d’un ami commun, le très regretté Mano Solo… Coutumiers des reprises inattendues, les Têtes Raides lui rendent hommage avec une version malgré tout joyeuse de « Pas du gâteau » car s’il est vrai qu’on fera pas de vieux os, il n’y a pas de raison de pleurer sur notre sort. Je sais que l’intéressé aurait apprécié. Et puis « Ginette », bah oui Ginette, parce que si lui est parti, nous on crève à rester là...

De plus en plus liquides, les Têtes Raides enchaînent avec les chansons favorites du public, celles qu’il attend pour donner de la voix, « Emily », « L’iditenté » (copieusement massacré par un Soan visiblement imprévu mais que voulez-vous, il faut bien que jeunesse se passe), l’hilarant « Lesson N°6 », « Le Phare » et en guise de conclusion, une version crépusculaire de « St Vincent », interprétée tout en retenue dans un silence quasi religieux.

Je n’en démords pas, les Têtes Raides devraient être déclarées d’intérêt général, on devrait emmener les écoliers par cars entiers à leurs concerts histoire de leur montrer à quel point la poésie peut être excitante, combien les mots ont un sens et que c’est justement lorsqu’ ils semblent ne plus en avoir qu’ils sont les plus beaux… Car c’est bien de cela qu’il est question. Avec énergie et élégance, les Têtes Raides sont les derniers poètes du rock. Ou pouêt, c’est selon. Un peu des deux sûrement…
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