Leonard Cohen - "Old Ideas"

Par Scred | le 17/02/2012 | Les autres articles sur le Folk

Bonnes Idées
Comme beaucoup d’artistes de sa génération, Leonard Cohen n’a plus grand chose à prouver… Cela peut être un sentiment à double tranchant surtout lorsque, comme lui, on a besoin de faire rentrer des sous dans la machine. Après quelques albums décevants et un retour sur scène ordonné par son conseiller financier comme un médecin vous prescrirait une cure d’antibiotiques, le vieux renard semble avoir sorti la tête de l’eau et nous propose enfin avec « Old Ideas » un album digne de sa légende.
Leonard Cohen - "Old Ideas" Fidèle à son personnage, conteur de l’ombre obsédé par Dieu, les femmes et les différentes interactions entre ces deux forces qui font tourner le monde, Cohen endosse à nouveau son costume de « lazy bastard » pour rentrer à la maison (« Going Home ») au moyen d’une auto interview touchante, jetant un regard tendre et réaliste sur lui-même avant de retrouver les accents familiers de « I’m Your Man » sur « Amen », suite logique tant les deux chansons se renvoient la balle, autant musicalement que phonétiquement.

Arrive « Show Me The Place », classique immédiat, single évident tant elle reprend les codes qui ont fait le succès de Leonard Cohen, une poésie simple, grave et romantique, servie par une voix d’outre tombe où transpire à la fois souffrance, délicatesse et capacité partagée avec l’ami Dylan de trouver le bon mot au bon moment pour transformer une idée simple en fulgurance. Des chœurs aériens, un violon qui transperce une âme déjà grande ouverte par la qualité du texte, tout est là.

« Darkness » nous renvoie sur la route désertique empruntée par « The Future » en son temps, un blues sensuel souligné par un discret saxophone et un orgue plaintif, soutenu par une rythmique feutrée qui permet à Cohen d’emmener sa voix unique au sommet de son art. Chaque mot se détache de l’ensemble comme un pétale tombant d’une rose noire et on ne peut que constater que le bonhomme, tout décrépi qu’il se prétend être, en a encore sous le pied.

« Anyhow » et « Crazy To Love You » nous reparlent d’amour, avec humour pour la première et une solennité bienvenue pour la seconde où Leonard Cohen renoue avec un style presque primitif, seul avec une guitare acoustique comme à ses débuts, ce qui est fort à propos pour une chanson profondément nostalgique et contraste magnifiquement avec « Come Healing » où il se place volontairement en retrait face à ses choristes qui livrent une partition impeccable, évoquant presque un chant de Noël angélique au pouvoir guérisseur évident.

« Old Ideas » termine sa course de fond entre country paresseuse (« Banjo ») et blues optimiste (« Different Sides ») sans la moindre fausse note, redorant du même coup le blason d’un Leonard Cohen que l’on croyait en perdition et qui démontre de la plus belle des manières qu’il ne faut jamais enterrer trop vite un poète à la dérive… Par définition, le courant peut toujours changer et de vieilles idées se révéler meilleures que beaucoup de nouvelles faussement bonnes. À bon entendeur…
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