Lenny Kravitz - "Black & White Amercia"

Par Scred | le 22/08/2011 | Les autres articles sur le Rock

Noir c'est noir
Lenny Kravitz est noir… Première nouvelle ? Il semblerait ! Après une longue carrière passée à tenter de s’affranchir du cliché du musicien afro-américain en ressuscitant (souvent avec bonheur) l’esprit des sixties incarné par un certain John Lennon, Lenny Kravitz vire sa cuti et nous offre avec « Black and white america » une sorte de manifeste soul funk teinté de rock vintage (on ne se refait pas).
Lenny Kravitz - "Black & White Amercia" La principale critique que les puristes ont toujours adressée à Kravitz concerne sa propension à déterrer des cadavres. Plagiaire de talent, certes, mais plagiaire tout de même. Lennon, Hendrix, les plus grands sont passés par la moulinette du new-yorkais pour finir par arriver au même résultat, un carton dans les charts, une jeunesse à genoux et les adultes ronchonnant, « c’était mieux avant » ou « tu ferais mieux d’écouter les Beatles ».

Votre serviteur faisait d’ailleurs partie de la seconde catégorie, dénigrant à plaisir l’apollon qui se rêvait à l’Apollo, le chanteur à minettes qui se croyaient hippies parce qu’elles portaient un pantalon pattes d’eph, l’usurpateur en somme même si, au fond de moi, je ne pouvais que concéder que le monde de la musique avait une plus belle gueule après une chanson comme « Let Love Rule », une confidence qu’on ne m’aurait soutirée que sous la torture.

Or donc, Lenny nous revient aujourd’hui, la belle affaire ! Sauf que voilà, « Black and white America » est un sacrément bon album, aussi difficile à admettre que cela puisse être ! Le titre d’ouverture qui donne son nom à l’album annonce la couleur d’entrée de jeu, noir c’est noir et Isaac Hayes n’est pas très loin. Agréable surprise ! Ça groove comme jamais, les guitares cocottent comme si Shaft venait d’apparaître au coin d’une rue brumeuse, les violons sont à l’unisson des cuivres et la basse tabasse, boum ! Bon, les paroles dégoulinent de bons sentiments et enfoncent des portes ouvertes en grand mais Lenny Kravitz est assez coutumier du fait et a toujours fait preuve d’une immense sincérité dans la niaiserie qu’on lui pardonne assez facilement ce défaut.

D’autant plus que la musique suit admirablement, « Liquid Jesus » nous susurre ses gémissements à la Marvin Gaye d’une manière plus que convaincante tandis que « Superlove » nous replonge dans la plus pure tradition de la Blaxploitation en version remasterisée avant que « Life ain’t ever been better than it is now » nous refasse le coup du papa qui vient de s’acheter un nouveau sac si vous me suivez… C’est moite, terriblement funky, et réellement crédible, et ce même sur les sempiternelles ballades qui arrivent à nous faire fredonner le refrain avec un certain plaisir coupable (« The Faith of a child », « Push »).

Et puis il y a les tubes en puissance, les trucs immédiatement accrocheurs qui, s’ils n’atteignent pas la qualité de fond du reste de l’album, s’en sortent très bien lorsqu’il s’agit de faire taper du pied (« Stand », « Everything »), même lorsque Lenny se met en tête de singer Kiss (« Rock Star City Lights ») à sa sauce, ce qui promet un joli parcours à ce disque.

Un très bon album donc, peut être parce que l’on en attendait pas tant de l’ami Kravitz, peut être parce que l’overdose de R n’B nous pousse à être plus indulgents lorsque l’on traite la soul de la manière qu’elle mérite, peut être parce que la pochette est choucarde, peut être parce que la mort d’Amy Winehouse m’a ramolli, va savoir… Peut être aussi que Lenny Kravitz a enfin trouvé la bonne formule, il était temps !
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